dimanche 23 août 2009

Un vieux rêve

Au moment du décollage, je n'étais pas vraiment anxieux, j'avais vidé mon esprit et je m'étais concentré sur la série de mouvements apprise et répétée sur la pente d'apprentissage. Alors que je m'apprêtais à réaliser un vieux rêve, j'étais étrangement calme. J'allais enfin voler. Au troisième pas en avant j'adoptais la posture de l'oiseau et sentais le sol se dérober sous mes pas. Le parapente déjà me portait dans le airs. La tension qui précède le décollage se relâche immédiatement après l'envol. J'évolue dans cette matière inconnue, mais je me sens comme un poisson dans l'eau. Le vide qui bée sous mes pieds me fait sourire, mais personne ne le voit. Je peux chanter ou parler tout seul, ici on ne vous emmerde pas. Je me laisse aller dans de grande lignes droites. Maintenant, je peux me figurer l'enivrante liberté que ressentent les hirondelles lorsqu'elle virevoltent dans airs. La troisième dimension, inconnue des terriens, permet de découvrir un monde où l'espace n'est pas compté. En altitude, les hommes se rétrécissent jusqu'à devenir d'insignifiantes fourmis, je m'oriente sur la piste d'atterrissage en m'axant sur le clocher de l'église, le reste est trop infime. J'oublie tout. Même à la merci des courants, il n'y a aucune raison de s'agiter : la météo est calme. Virage à droite. Virage à gauche. J'obéis aveuglement au instructions envoyées par radio. L'air est silencieux comme un aquarium.

Finalement, le plus difficile est d'atterrir. Le dénivelé du vol est de 350 mètres, le vol dure 5 minutes. A mesure que le sol se rapproche, le temps s'accélère, les actions de pilotage deviennent plus nécessaires et fréquentes. A nouveau, il faut se concentrer sur la chorégraphie. Sans y penser, je me retrouve à nouveau à terre.

Désormais j'appartiens à la classe des volants. Même à terre, je me sens différent comme si cette retraite temporaire dans les sphères aériennes avait imprimé durablement sa philosophie. Lorsque j'avance dans la rue, au coeur grouillant de la ville, les individus à portée d'aile ne paraissent plus aussi intérressants. Et je me demande : Ai-je vraiment atterri ?