mardi 15 décembre 2009

Mon doux nid

César est condamné aux apprentissages internationaux, il devra parler deux langues à la fois, comprendre deux cultures antagonistes, et selon l'endroit où il se trouve, apprécier en connaisseur les rillettes et le jambon serrano. Il vivra avec un pied dans chaque pays et avec une chambre dans chaque capitale. Tel est le lourd tribus d'avoir des parents de nationalité différente. Même s'il n'a pas encore deux ans, César connait déjà le blues du businessman, regrettant son lit, alors qu'il est à mille kilomètre de distance. Il n'a pas très bien dormi pendant ses vacances à Valladolid. Sa mère non plus d'ailleurs. Il criait tous les soirs pour protester ; la chambre qu'on lui avait ammngagé ne lui plaisait pas. Pour rassurer ses nuits, le doudou ne suffisait plus, il dormait appuyé sur les flancs de sa mère et grognait dès qu'il perdait le contact maternel, car il avait besoin de sentir un reste de familiarité dans cet environnement étranger. Cela n'a duré qu'une semaine, mais ce fut long...

Alors, lorsqu'il m'a revu dans l'aéroport, il était franchement heureux, même si le voyage l'avait fatigué, je lisais sur son visage qu'il était content de me revoir. De mon côté, moi aussi, qui avait passé une semaine dans un lit trop grand avec un emploi du temps beaucoup trop aéré, et j'étais content de revoir mes parts et demi et tirais avec enthousiasme les énormes valises vers le parking.
J'attachais César dans son siège bébé, à l'arrière de la Fiat Punto. Il se laissait faire et ne regrettait absolument pas la luxueuse Mercedes qui l'avait promené en Espagne. Tout gaga, je le surveillais dans le rétroviseur en lui faisant du grimaces. Lorsque la porte de chez nous s'est ouverte, comme tous les voyageurs de retour au bercail, il s'est figé dans l'encadrement de la porte avant de savoir quoi faire, j'imagine qu'il a du sentir l'odeur douceâtre du foyer ; l'odeur du parquet du salon, l'odeur de l'eau de javel des toilettes ; le parfum du panier à linge sale en train de fermenter dans la salle de bain, et ce délicat fumet de lasagnes refroidies flottant dans la cuisine. L'endroit où l'on rit et où l'on pleure est à la fois banal et unique. Toutes les exquises fragances du quotidien sont là. Il s'approche de son bacs à jouets et s'aperçoit qu'un détail ne colle pas avec ses souvenirs : ses jouets son rangés, ils ne sont pas répartis dans toutes la maison ! Alors, il commence le déballage. Sa mère, me montre ce que ses grand parents lui ont offert : un livre sonores qui chante des comptines espagnoles lorsqu'on appuie sur les boutons, un camion de chantier avec des vrais bruit de chantiers, etc. Mais pour l'instant, il boude ces nouveautés. D'autres nostalgies le détournent de sa tâche. Il me tend la télécommande de la playstation pour que je lui mette un peu de musique. Ce que vous avez de meilleur DJ ! Je m'execute. Blame It On The Boogie ! Mickael Jackson, the King of the Pop lui même est parmi nous ce soir. César rassemble ses dernière forces et se mets à danser devant les enceintes, il plies les genoux et tape des mains, il ira jusqu'au bout de la nuit et refuse d'aller se coucher ; "Non Papa ! Ce soir je ne vais pas au lit avant très tard !"

Un quart d'heure plus tard, il reposait dans mes bras les paupière mi-closes, béat. Nous l'avons déposé dans son lit, il s'est endormi en protestant à peine. Les sirènes de pompiers de la caserne voisine chantaient une berceuse familière tandis que les halos rouges et verts du feu de signalisation, filtrant au travers de la persienne, imprimait à son plafond un rêve heureux pace que connu, car rien ne vaut le doux nid de tous les jours. Le lendemain matin, il s'est invité dans notre lit, entre nous deux sous la couette, il avait chaud et était toujours à son bonheur d'être de retour. Spontanément, il nous a fait un bisou sur la joue ! Nous avons le souffle coupé – est-ce bien réel ? César a-t-il tellement grandi en une semainse s'il a compris qu'une baffe fait moins plaisir à recevoir qu'un calin ? Ou bien est-ce la magie de Nöel qui opère ?

Sur des airs de Villancicos – choeurs d'enfant chantant des chants traditionnels d'espagne – Cristina enroule une guirlande clignotante sur le sapin de noël qu'elle vient d'acheter à Carrefour. César l'aide à accrocher les boules. Il pense "C'est cool Nöel !" ; Le matin, dès réveil, il m'entraine près de la prise de courant et me demande allumer les lumière de l'arbre et appuie sur le modulateur pour tester toutes les options du clignotement. Les Pères Noël en chocolat disparaissent mystérieusement des branches, attrapé par un petit canibale, nous les retrouvons épars disséminé partout, sous le canapé, sur le sol de la cuisin. Le calendrier de l'avant que Momo l'épicier nous avait donné est vandalisé. César ne sait pas compter, il commence le mois de décembre en déchirant la trappe du onze, il insiste pour en prendre un autre ; "Non, non. Un par jour". Je lui explique patiemment, mais il ne sais pas compter, pas même jusqu'à un. Il veut du chocolat à gogo...

L'enfance de Cristina

Prenant quelques pas de recul, Emilia était encore plus convaincue d'avoir fait le bon choix. Elle se félicitait de son bon goût et plissait à demi les yeux pour admirer l'arlequin dans le cadre ; il avait les yeux dans le vague et semblait fixer un horizon incertains. Quoiqu'il paraisse légèrement triste, il apportait la touche finale à la décoration de la chambre pastel. En bas de la rue, elle avait acheté ce tableau pour contre quelques pesetas, dans un de ces bazar innombrable qui rendaient une multitude de service à ceux qui n'ont pas de voiture. Une dernière fois, elle vérifiait l'alignement du tableau, les deux lits étaient impeccablement faits. Dans le grand lit dormait Cristina et Natalia, l'ainé, Mariam, avait le bénéfice d'un lit pour elle seule. Emilia referma la porte en prenant soin de ne laisser aucun indice de son intrusion. Les filles auront la surprise au retour de l'école.

Elle venait de terminer toute ses tâches ménagères, alors elle se laissa tomber dans une chaise de la cuisine pour s'accorder un moment de répit, elle se laissait aller à une délicieuse d'inaction en grignotant des petits gâteaux, des roscones, ceux qu'elles préférait. Ces instants étaient devenus si rares dans ses journées interminables. L'entretien de la famille était pourtant devenu plus facile depuis que Natalia avait cessé de porter des couches, mais l'intendance du restait épuisante. Entre la préparation des repas, les achats alimentaires de la semaine, le nettoyage du linge, la vaisselle et la couture, l'oisiveté était devenue un rêve presque inaccessible. Mais elle aimait tellement sa famille, qu'elle acceptait sans condition ce travail incessant, non seulement sans résignation, mais avec fierté. Il y a longtemps. Elle avait du rêver dans sa jeunesse d'un destin romantique, d'un pays lointain et exotique. Mais cela n'avait plus d'importance, depuis qu'elle était devenu mère elle n'y pensait même plus. Et quoi que sa vie fut parfaitement ordinaire (toute les famille de l'immeuble se ressemblaient), elle s'y réalisait complètement. Cet appartement était le premier pas vers la sécurité matérielle, alors il fallait l'entretenir. C'était un de ces appartements au plan éprouvé que les promoteur avaient essaimé en masse dans les nouveaux quartier de travailleur. Mis-à-part le chauffage au charbon, l'appartement était doté tout le confort moderne, il comportait trois chambres en plus du salon et de la cuisine. On entrait par un vestibule au papier peint illustré de motif japonais, puis un couloir distribuait vers les différentes pièces derrière une porte vitrée. La chambre inoccupée servait de salle de jeu, elle n'avait pas de mobilier et les parois étaient brutes. Les filles avaient la permission d'écrire sur les murs, à condition de ne pas les abimer.

De ses trois enfants, Natalia était la dernière. Malgré son œil fou, cette petite fille avait un vrai talent pour apprendre rapidement. Natalia avait été propre à deux an, et elle avait commencé à parler avant même d'avoir une année et su précocement su séparer le vrai du faux. Elle parvenait admirablement à se faire comprendre pour obtenir ce qu'elle désirait, et était si maline qu'elle était parvenue à complexer sa sœur cadette Cristina.

Cette dernière avait le syndrome classique de la cadette, prise en sandwich entre la première et la dernière, Cristina se sentait lésée de son état intermédiaire, eclipsée par ses deux sœurs. L'émoi de de ses premiers pas avait été oublié à cause de la précocité de Natalia. Et Mariam l'indépendante n'avait pas besoin de sa soeur pour jouer à la poupée. Auprès de ses parent, elle éprouvait tout simplement de la difficulté à exister. Comme une page au milieu d'un livre, lue sans y penser, elle ne possédait ni le piquant de la nouveauté, ni l'attention du dénouement. Ce n'était évidemment pas une punition consciente de la part de ses parents, car sur le point de vue de la justice, ils mettaient un point d'honneur à aimer leur trois filles de la même manière. Mais comment doser l'amour ? Ces subtances sont aussi difficile à manifester qu'à estimer.

Alors, Cristina écoutait Mariam vanter la beauté de ses poupées Nancy, elle la laissait tenter des essais de coiffure sur ses propres poupées. Pour se faire une place dans la famille, Cristina utilisait d'autres rouages. La nuit, elle pleurait et jouait à demander de l'eau dès que les lumières s'éteignaient, à table elle refusait obstinément de manger ce qu'on lui donnait et n'acceptait d'avaler que du pain et du lait. Elle ne cédait pas.

Sa mère exaspérée de son comportement, la laissait méditer tout un après midi devant un beefsteak pour réfléchir à la valeur de la nourriture et se plaignait à son mari - Cette gamine est scandalisante ! Il arrivait qu'Emilia passe des heures à préparer un plat et que Cristina n'y touche pas, rien n'entrait dans sa bouche ! Les docteurs imaginèrent des solutions : un médicament pour développer l'apétit, un steak de cheval pour combler les carence en vitamine, mais rien ne changeait, le seul régime que la petite acceptait était à base de pain et de lait. Lorsqu'elle était contraint d'avalé, elle ressemblait à une condamnée à mort en train d'avancer vers la potence.

En plus de ceci, Cristina était anormalement silencieuse pour ses quatre ans. Le baragouin précoce de Natalia l'avait complexée. Les enfants en entendant Cristina parler demandaient souvent à leur mère : « Pourquoi elle parle mal Cristina !» Et depuis qu'elle savait son retard, elle se réfugiait dans le mutisme pour ne pas commettre de faute. Ses parents l'emmenèrent chez un orthophoniste pour qu'elle apprenne à prononcer les phonèmes espagnols. Sa mère la tirait par la main, elle s'amusait à sautiller sur ses pieds en faisant bouger ses couettes de droite à gauche, et sa mère lui demandait d'avancer plus vite. En attendant la venue du docteur, elle jouait avec ses pieds qui ne touchaient pas encore le sol et chantonnait ses chansons préférés : « Caracol, col, col.. Saca los cuernos al sol ». Cristina aimait sortir avec sa mère.

Un petit garçon venait aussi aux séances de rééducations, il s'appelait Victor. Son visage présumait d'un garçon doux, il portait des culotte courte et il jouait timidement en regardant les revue posée sur la table basse, Cristina en attendant que débute la séance le regardait intriguée en balançant ses pieds sous la chaise. Victor fut le tout premier amour de Cristina, un amour appareillé et passé en soupirant dans la salle d'attente du médecin. Le traitement orthophonique consistait à parler dans un appareil en métal destiné à former la bouche. Le docteur demandait gentiment eux enfants de répéter en roulant correctement les Rs : « perro », ce n'était pas follement amusant, mais ça ne faisait pas mal et puis ça occuppait.

Finalemenent, jusqu'au jour où ce docteur lui ôte « préventivement » ses amygdales. Elle aimait bien se rendre au cabinet pour répeter les mots qu'on lui disait, mais cette opération lui rappela que la fréquentation des docteurs comportait aussi quelques risques. On procéda à l'ablation sans anesthésie, tandis que Son père lui maintenait les bras attachés, le docteur avança son bistouri dans la gorge et tranchait d'un coup sec l'appendice. Puis, il posait délicatement le morceau sanguinolent sur un petit plateau en inox. Cristina criait et pleurait comme une possédée.

Même si mis longtemps à s'exprimer, Cristina comprenait parfaitement le sens des paroles qu'on lui adressaient, intégrant le point de vue des autres dans ses réflexions, son empathie avec les autres possédait un qualité assez exceptionnelle, et son sens inné du compromis et de la négociation lui permirent de bénéficier rapidement de la confiance des adultes. Dès qu'elle sut parler, il y eu rarement de conflits avec Cristina. Contrairement aux enfants butés qui refusaient à tout prix de prêter leur jouets, acceptait gracieusement le prêt pour obtenir en retour une compensation qui pouvait être d'une autre nature. Au lieu de feindre l'ignorance, elle demandait toujours la permission avant d'entamer une activité potentiellement répréhensible car Cristina intuitait que la vie des hors-la-loi n'avait rien de simple. Elle préférait les jeux tranquilles et comme toute les petite filles, elle aimait jouait à la poupée et aimait se coiffer les cheveux devant la glace. Sa petite sœur Natalia était une bonne compagnie. Ensemble, elles dormaient dans le même lit. Elles descendaient souvent dans la rue et jouaient avec les enfants du voisinage. Le quartier était calme, la résidence était remplie de jeunes couples fraichement mariés, décidés à fonder une famille. Dans le groupe d'enfant, la hiérarchie naturelle était souvent respectée, il y avait une chef et le reste de la troupe, Cristina préférait les hiérarchie subalternes. Emilia, à travers les rideaux, surveillait que tout allait bien de temps à autre, mais en général, il n'y avait pas à s'inquiéter. Les jeux des fillettes étaient paisibles, qu'il s'agisse de la dinette, de jouer au docteur où à la maitresse d'école.

La tribu qui se réunissait chaque jour après l'école formait une société en miniature avec ses règles et son commerce. Parmi les bons, les mauvais, Cristina aimait être au milieu, ni trop devant, ni trop en arrière. Elle avait si profondément intégré son classement intermédiaire, qu'elle avait finit par aimer le confort de la moyenne, rester au chaud et ne pas faire d'esclandre. Sa seule hantise était de créer des problèmes. Elle se laissait aller aux petits bonheur de la vie. Dans la rue, Cristina aimait surtout bavarder. Avec ses amies, elle colportait les derniers ragots. Elle organisait avec ses copines le marché des vers à soie. Chacun avait son élevage plus ou moins clandestin. Entre bonne amies, les œufs de vers à soie se donnaient ou s'échangeaient. Quand un ver était adopté, le nouveau propriétaire installait sa bestiole dans une boîte allumette, y percer trois petit trou pour laisser passer l'air et ramassait quelque feuille de murier pour fournir le déjeuner à la larve. Quand arrivait l'époque de la la mutation, le vers se transformait en chrysalide et se changeait en papillon, libérant les acheteurs du pénible entretien de leur bestiole, jusqu'à l'année suivante. Plus que le miracle de la nature, c'était l'organisation de la vente des insectes qui motivait Cristina. Avant de partir en tournée pour proposer ses insectes au voisin de l'immeuble, elle choisissait avec soins ses bijoux. Les adultes la complimentait sur sa robe, elle rougissait. Puis, contre quelques pièce de monnaie et un sourire, elle donnait un ver bien nourri à ses clients. Une bonne journée pouvait rapporter plusieurs centaines de pesetas. Avec l'argent, elle s'achetait quelques bonbons et quelques extras pour mettre dans ses cheveux. Elle aimait enfiler des robes et se regarder devant la glaces. Pour ses sept ans, sa mère lui avait offert une robe a pois sévillanaise, elle s'était maquillé les yeux et passé du rouge sur les lèvres. Devant l'appareil photo, elle prenait la pose, au milieu de ses deux sœurs. Son jour de gloire !

La famille vivait dans le quartier des Delicias, au cœur d'une banlieue dortoir de Valladolid. Beaucoup des ouvriers travaillant à FASA Renault dormaient ici. Jose était également employé dans cette entreprise (A cette époque il s'agissait de la plus importante de Valladolid). Grâce à cette quasi garantie d'un emploi stable, Les banques avait accordé facilement leurs crédits et la famille devint rapidement propriétaire. Une année seulement après leur mariage, les deux amoureux roucoulaient dans un appartement bien à eux. Pendant les première années, Jose emmenait sa femme et sa fille sur sa moto, puis peu à peu la famille s'est agrandie et il a acheté une voiture. Ouvrier assembleur chez FASA le jour et dépanneur de matériel électroménager le soir, Jose cumulait deux emplois pour gagner plus d'argent, mais il n'avait pas beaucoup de temps de à consacrer à ses filles, il partageait les activités familiale uniquement pendant le week-end. Le matin, il partait tôt, dès six heure, prenant le bus pour se rendre à l'usine il profitait du trajet pour s'endomir et cachait sa tête derrière un rideau pour pour que les gyrophares des éboueurs ne perturbent pas ses rêves. La plupart des ouvriers faisaient de même, tentant de poursuivre leur nuit alors que les premières lueurs du jour réveillait la ville frissonnante. Pendant huit heures, son travail consistait à assembler des sièges d'automobile pour Renault. Les journées étaient parfois longues, mais l'esprit de camaraderie permettait d'oublier la monotonie des tâches. Le soir, il gagnait l'atelier de ses frères et réparait de des appareils electro-ménager, là il se sentait le patron. Et pendant qu'il ramassait l'argent et conduisait la voiture, les tâches domestiques incombaient à sa femme. Le weekend, Jose étaient fatigué, alors il se reposait et toutes les activités s'organisait autour du loisir du mâle de la maison. Il était toujours défendu de commencer de manger avant qu'il ne fût rentrer de sa partie de tennis avec ses camarades de travail, et certains samedi, lorsqu'elles allumaient la télé, elles n'apercevaient que le générique du dessin animé qu'elles voulaient voir. La semaine, es filles allaient chercher leur père à la sortie du travail à 22h. Ce mode de fonctionnement avait fait ses preuves.

Cristina est parti du quartier de Delicias à l'âge de sept ans. Toute la famille déménagea sans cérémonie, ils chargèrent le camion avec l'aide de la famille, et mirent tout en remorque, même leurs espoirs, ils les emmenaient avec eux. C'était une progression assez logique, puisque Jose avait suffisamment d'argent, il s'achetait une maison « mieux ». Mais Cristina n'avait aucune idée de ce que signifiait « le mieux », pour elle « le mieux » aurait été de rester avec ses copines et continuer de jouer à la dinette dans la grande cours de l'immeuble, le soir en rentrant de l'école. Dans sa nouvelle maison, elle regrettait ses amies, mais personne ne voulu le remarquer. Sa mère, qui aimait plus que tout au monde les trépidations du centre ville voulait se rapprocher du centre, pas très loin de la voie ferrée, il lui était désormais possible de se rendre à pied au Campo Grande pour pousser des promenades jusque dans les grandes avenues commerçantes. Pour Cristina ce changement signifiait autre chose, laissant derrière elle un collège privé, elle entrait dans un collège publique et c'était comme un autre monde ! En Espagne, quand on a les moyen, il est de bon ton de mettre ses enfant dans les institutions religieuses pour avoir de meilleures chances de réussir ses études. A côté de la rue santa Rita, il n'y avait pas d'établissement catholique, alors, les trois filles furent envoyé dans un collège publique. Elle y découvrir la mixité. Toutes les mixités se conjuguaient : mixité des sexes et mixité sociales. Cela n'a duré que deux années pourtant ces années comptèrent beaucoup.

Dans le nouveau quartier, la nouvelle amie de Cristina s'appelait Elisabeth Mary Park. On repérait facilement qu'elle n'était pas du coin. Elle avait des cheveux roux et les attachait pour faire des couettes, elle s'habillait bizarrement avec des jupes longue et remontait ses chaussettes jusqu'au genoux, elle vivait dans une maison individuelle (ce qui était inhabituel à Valladolid). Une foule de petits détails la trahissait ses origines anglo-saxonne. Ses parents étaient venus fonder une académie de langue à Valladolid. Cristina adorait sa différence et elle la représentait souvent dans les marges de son cahier, et passant en orange carotte la couleur de ses cheveux. Ensemble, elles jouaient à collectionner des trésors et à amasser des centaines de pierres brillantes dans la cour de l'école. Leur trouvailles étaient entreposées dans sa chambre, précautionneusement rangées dans des boites.

Les trois sœurs se rendaient à pied à l'école de Sainte Rita en se donnant la main. L'ambiance dans les collège laïcs n'avait rien à voir. Les enfants y étaient plus indisciplinés. Les garçons jouaient au football et au bille, Cristina ne comprenait pas les règles mais elle admettait que ces activités avaient de l'enjeu, puisqu'il arrivait parfois qu'une interprétaion des règles puisse créer un bagarre. Et puis, il y avait ceux qui cherchaient à regarder sous les jupes des filles, ceux là, il fallait les fuir selon son père.

Ce ne fût pas le dernier mouvement de la famille, la trajectoire se poursuivait vers les centre de de la ville, toujours attirée par les vacarmes des boutiquiers, Emilia, qui ne savait pas conduire une voiture, souhaitait encore se rapprocher du centre ville. Ils partirent vivre rue Nuñez de Arce, pas loin de la Plaza Mayor et de la cathédrale. La séparation d'avec Elisabeth fut difficile, Cristina essaya bien de lui écrire, mais le temps eu finalement raison de ces amitiés enfantine. Une nouvelle vie beaucoup moins exotique commençait.

Emilia et José, souhaitant que leurs filles aient une bonne éducation, les inscrivirent dans un collège de filles toutes proche de leur nouvelle adresse, les filles pouvaient s'y rendre à pieds. L'établissement était dirigé par des nonnes françaises venue de Paris. L'enseignement était catholique, il y avait un crucifix dans chaque salle de cours et les garçons n'étaient bien sur pas admis pour l'influence corruptrice qu'il pourrait avoir sur les âmes pures des jeunes filles. Entre elles les sœurs parlaient en français et lorsqu'elle s'exprimaient en espagnol, leur accent trahissait grossièrement leur origines. Désormais, Cristina enfilait un uniforme pour aller étudier, sa jupe lui descendait en dessous des genoux et elle savait le pater noster, mais finalement elle ne pensait pas à ces choses comme à des contraintes. Malgré l'austérité des méthodes, les instituts catholiques avaient bonne réputation. Les sœurs enseignaient toutes les matières, en plus du catéchisme, elle cumulaient des spécialités les plus diverses. La Sœur principale, la sœur Noëlle, enseignait à la fois les mathématiques, la géographie et le français et parfois il lui arrivait même de donner cours d'éducation sexuelle. Elle apprenait aux jeunes filles à se méfier des jeunes garçons et de repousser « L'acte » autant que faire se peut, car, disait-elle la vertu d'une femme ne peut se perdre qu'une seule fois.

La scolarité des jeunes filles était jalonnée par les différentes étapes de la vie chrétienne et les semaines filaient paisiblement comme une déambulation monacale. Les élèves assistaient aux offices du mercredi et s'asseyaient sur les bancs de la chapelle. Dans le recueillement, tout du moins c'est vers cet état de paix que les sœurs tentaient de diriger leur élèves, le prêtre livrait son sermon aux jeunes filles qui lui faisait face. Mais Cristina écoutait d'une oreille distraite ces boniments trop entendus, elle étudiait une millième fois l'étrange encensoir qui reposait devant l'autel. Elle ne l'avait avait jamais vu fonctionner et pensait qu'un jour, pour sa communion, elle le verrait peut-être fonctionner. A la langueur des journées, Cristina trouvait toute sorte de petits atermoiements, elle tuait le temps en dessinant dans les marges de son dictionnaire, ajoutant des petits compléments rigolos aux illustrations. Elle dessinait sur les page du milieux où l'on détaillait dans l'anatomie comparée de l'homme et de la femme, mettait des mots à ces natures mortes : « Hola guapo, quieres un beso ? ». En de rare occasion, elle prêtait attention au cours auquel elle assistait, mais d'une manière générale, les études ne la fascinait pas. Elle deviendrait bien quelque chose, elle en était sûre, elle préférait juste que le destin prenne la décision à sa place. En un sens, les gribouillis qu'elle laissait dans ses cahiers comptaient plus que les leçons de latin. Regardant par la fenêtre, elle songeait à ses progrès dans la voie du seigneur, elle rêvait du jour où elle enfilerait sa robe de communiante, elle pensait au voile blanc et aux bijoux qu'on lui offrirait. Et quand l'enseignante recherchait un volontaire pour réciter sa leçon, elle se cachait derrière son livre et priait pour ne pas qu'on l'envoie au tableau. Elle voulait être discrète. Ses parents n'exigeaient rien de plus, il lui suffisait de se maintenir dans la moyenne.

Pourvu qu'elle ne fasse pas de vague et qu'elle soit sage. Le soir, elle se confiait à la vierge Marie. Elle lui réclamait bonnes notes, et pour montrer sa bonne volonté elle demandait pardon au seigneur – ainsi qu'on lui avait enseigné – elle s'accablait de peccadille pour avoir droit à sa miséricorde. Mais il fallait grossir un peu ses écarts pour parvenir à fabriquer un pêché digne de ce nom. Elle aurait bien aimé être sœur elle aussi. Particulièrement si elle devenait une de ces missionnaires pour lesquelles la collecte du Duomo était organisé. Tous les ans, l'institut récoltait des fonds pour envoyer au petit Africains, pour construire un puits, pour ouvrir une école etc. Cristina se chargeait de la collecte. A la sortie de l'église, elle tendait son tronc représentant une tête de nègre, et les fidèles laissaient parfois une ou deux pièces. Cristina se laissait grisée par un rêve romantiques. Pour aller en Afrique elle aurait accepté de prendre le voile.

A la différence de ses sœurs, Cristina n'était pas une nature rebelle. Les professeurs la félicitait de sa sagesse et ses parents citait son comportement en exemple, car cette fille qui faisait ce qu'on lui disait. Elle était soucieuse des convenances et créait rarement des problèmes. Peut-être le faisait-elle même trop bien, car à force d'adapter ses comportements en fonction de ce qu'on attendait d'elle, sa personnalité fini par être négligée. Alors, ignorant la révolte, elle s'adaptait souffrant en silence les misères de son quotidien, elle s'interrogeait parfois à propose de la religion. Qu'est ce donc que cet amour, si triste. Qui sont donc ces prophétesses de l'amour qui s'habillent de gris, si passionnées de monotonie. Les sermons de la sœur Noëlle toujours rébarbatifs ne débordaient pas de joie, les airs renfrognés de la principale dissimulait mal son aigreur de la vie. La plupart des sœurs se laissaient corrompre par des menus cadeaux, des pâtisseries, des fleurs à poser sur le bureau etc. Les présents étaient appréciés et les parents d'élèves attentifs au confort des sœurs, grappillaient pour leur enfants quelques bonus sur les appréciations, lesquelles seraient du meilleur effet pour l'admission au lycée.
Deux fois par an, les élèves étaient incités à se confesser. Les confesseurs étaient des hommes soupçonneux pourchassant le pêché et les mauvaises pensées, si malins à le débusquer à l'endroit où il n'était pas attendu qu'il y avait une forme de perversion dans leur méthode. L'objectif était de fournir des repères à la jeunesse, et pour baliser le chemin, ils utilisaient comme épouvantails des péchés, et les bonnes actions. Jugement dernier, les bons et les méchants...est-ce cela l'amour du Christ ? Dans cet univers, elle oubliait le monde luxuriant qu'elle avait perçu dans la cours des Delicias. Elle oubliait les garçons, leur brutalité, leur rires. Toutes ses fantaisies s'écrivaient en rose bonbon.

Le jour de sa première communion, est arrivé. Elle avait demandé à sa mère d'avoir une robe neuve et puis une nouvelle coiffure, mais sa mère n'a pas cédé. Elle a simplement arrangé sa robe en lui ajoutant un ruban confectionné par ses soins. Ainsi a-t-elle défilé parmi les communiants portant un cierge au fond de l'église depuis l'autel, les flash crépitaient. A vrai dire, la religion n'était pas vraiment ce qui intéressait, car après que les hommes ai pris un apéritif dans un café de la ville, toute la famille se réunirait dans un restaurant et on ferait une belle fête. Jose s'était mis sur son trente et un, lui qui portait le bleu trop toute la semaine, ne manquait jamais une occasion d'être élégant. Il circulait parmi les invité trouvant le bon mot pour chacun, faisant preuve de beaucoup de tact. Le moment le plus important serait celui où elle recevrait ses cadeaux. Mais elle n'eut pas de surprise, puisqu'elle reçu un vélo presque identique à celui de se grande sœur ainsi qu'une médaille.

Sa grand-mère, égale à elle même, avait refusé de mettre une robe spéciale pour occasion, à peine avait-elle abandonné sa blouse, il n'était pas question qu'elle s'habille autrement qu'en noir. Elle portait toujours le deuil de son mari qui était mort depuis plus de quarante ans. Elle regardait sa petite fille avec un air amusé, ne comprenant pas vraiment que toutes chez choses matérielles puisse lui tourner autant la tête. Tant de rubans sur une si petite fille ! Aujourd'hui, elle acceptait de ne rien dire. Elle aimait bien Cristina, c'était la seule qui intéressait autant à son passé. Elle demandait toujours -- c'était comment avant ?

"Avant pauvre petite, il n'y a rien a en dire, c'était différent et pareil à la fois." La grand mère ne voyait pas l'intérêt de raconter - ce qui est passé est passé est passé. Et puis qu'avait-elle à apporter à ce monde auquel elle ne comprenait rien, elle se foutait du progrès et ne désirait pas l'apprendre. La modernité ne la concernait pas elle qui était plus ridée qu'une pomme séchée au soleil. Depuis que son mari était mort, elle vivait dans une maison en périphérie de Valladolid sans électricité (pourquoi faire, le soleil marche très bien et c'est gratuit). Sur l'insistance de ses enfants, elle s'était laissée convaincre d'une installation de l'eau courante, mais elle allait souvent au puits en guise de promenade.

Dans le village où elle grandit, elle avait passé sa vie dans une maison petite de torchis au pied de la place de l'église. Les saisons était rythmées par les travaux de l'agriculture, la moisson, les vendange (C'est comme ça que son mari s'était tuée en se laissant entrainé par le mécanisme du pressoir) Et puis le dimanche, tous le monde se retrouvait, les hommes allaient boire un verre dans un bistrots pendant que les femmes allaient à l'église prier pour leur salut avant d'aller faire la cuisine. Alors qu'avait-il donc, ces gens qui courraient dans les villes à être si frivoles et à se rendre impossible une vie pourtant si simple. Elle demandait à sa petite fille, mais pourquoi tu te lave autant, tu travaille même pas dans les champs, à force de te frotter, tu finiras par pourrir ! Et puis toutes ces nippes, c'est incroyable d'avoir tant de pull, de robes et de pantalons pour un corps qui n'a que deux bras et deux jambes ! Mais Cristina était traversée par ces mystérieuses remarque, n'en écoutant que la singularité, comme si sa grand mère gardait un secret qu'elle refusait de lui révéler. Pendant les vacances, lorsqu'elle se rendait à Matapozuelos, elle inspectait la maison de sa grand-mère, effectuait des recherche dans les recoins des mur, dans les lézardes de la courette si elle ne pourrait pas trouver par hasard un trésor. Elle regardait dans ses tiroirs.

A de rares exception près, il ne partaient pas en vacances vers des destinations lointaines, mais se rendait à Matapozuelos pour passer les vacances. Il faisaient comme de nombreux fils du pays parti essaimés dans toute l'Espagne, ils venaient se ressourcer en famille là où tou à commencer, dans le village qui les avait vu naitre. De Valladolid, de Barcelone, de Madrid, de Séville, la paella n'était jamais meilleur que dans le caldron de la madre. Et pour les plus jeunes, ceux qui n'avaient jamais vécu au vilage, des activités étaient organisées par classe d'âge. Dans les peña, les enfants se réunissaient et inventaient des activités entre eux pour tromper la torpeur de l'été. La première chose à faire lors de l'a fondation d'une peña est, comme dans un gang, de déterminer un nom et un couleur pour les T-shirt. Les plus petits allaient ensemble jouer à la piscine ou s'éclabousser dans la rivière près de l'ermitage. L'eau n'était pas profonde et il n'est pas possible de nager, mais elle suffisante pour se rafraichir et chahuter un peu.

Le jour du saint, à la fin du mois de juin, il y avait un grand défilé jusqu'à l'ermitage, de jeunes garçons tout en muscles portaient la statue de la vierge en se relayant depuis l'église jusqu'à la chapelle de l'ermitage. Et le soir une grande paella est organisée, dans un poellon de plusieurs mètres de diamètre, les grands mère brassaient avec de grandes cuillères en bois des quantité énorme de riz, du poulet, des crevette, du chorizo, suivant la méthode ancestrale. Chacun venait ensuite tendre sa gamelle. Au mois de juillet, chaque village des environs organisaient une fête avec un lâché de vachette dans les ruelles. La population surexcitée regardait les taurillons s'élancer dans les rues et derrière les lourdes barricade, les filles regarder les fiérots du village enlever le T-Shirt et esquiver les bête, reproduisant les mouvement des toreros, il se déhanchait au dernier moment sur le côté. Ole ! Les churros sans interruption tombaient dans l'huile bouillante et l'orchestre enchainaient les paso doble les un après les autres.

Des groupe de jeunes, portant tous les même T-Shirt s'asseyait dans les tribunes, c'était les peñas. Cristina et sa sœur était membre de la peña "Complices", une peña composée pratiquement exclusivement de filles et avait choisi la couleur orange. Créatures des villes qui se retrouvaient désemparée à la campagne. Le matin, elles se retrouvaient sur la place du village et réfléchissaient à l'activité du jour. Jusqu'au soir elle discutaient et s'amusaient à relever des défis, comme celui d'aller à la porte du cimetière et d'aller déranger les morts, pour voir s'ils se réveilleraient.

Elle organisaient des fêtes où l'orangeade coulait à flot. La préparation de la fête est au moins aussi intéressante que la fête en elle même. Le meilleurs fêtes se passaient dans les caves, les bodegas. Ces endroit, qui avait été abandonnés depuis que la production était devenue industrielle, servaient maintenant de repère aux peñas pour organiser leur fête. Pendant toute la semaine, dans la pénombre caves enterrées, les peñas s'activaient comme des fourmis. Ils nettoyaient et préparaient la lumière, posaient les table. Le jour J, les pommes et les oranges étaient mises à macérer dans le vin. La non-mixité des complices était aussi un de leur attraits, il y avait toujours beaucoup de garçon à leurs fêtes. Les fleurs attire les abeilles, les filles attirent les garçons. Tout le monde était invité. Cristina pris sa première cuite innocemment, il lui avait suffit de ne refuser aucun des verres qu'on lui proposait. Avec Natalia elle rentrèrent et s'allongèrent sur le lit comme des masses et dormirent une sieste sans rêve.

En 1987, toute la famille est partie à la mer, à côté de Valence, Natalia n'est plus aussi dépendante de ses soeurs . A Peniscola, pour ses quinze ans, elle s'apprête, pour la première fois de sa vie, à aller danser en discothèque accompagnée de Mariam. En train de faire des pâté de sable sur la plage, il y a Clément, mais il n'a que dix ans.

Avec les années, les centre d'intérêts des petites filles se déplacèrent progressivement des poupées pour se porter vers les garçons. Chacune avait son soupirant, Cristina soupirait pour Gonzalo, Gonzalo soupirait pour Cristina, tout le monde le savait, la bande plaisantait sourdement – mais jamais ouvertement – lorsqu'il s'asseyaient systématiquement l'un à côté de l'autre dans les pic-niques organisés au bord de la rivière, mais il ne se passait jamais rien. Car dans la bande, tout fricotage aurait été problématique. Alors chaque année à la fin du mois d'aout, le frisé venu de Barcelone repartait bredouille, mais avec toujours autour du cou un collier avec une dent de requin.

L'hiver, il fait froid à Valladolid, le vent glacial descend du nord et dès le début du mois de novembre, il commence à geler.

Crisitina commençait à conduire dès qu'elle atteint dix-huit ans. Emilia avait encouragé ses filles à être indépendante et le premier pas vers l'indépendance était de savoir conduire. Cristina emmenait ses amies en discothèque. Crisitina aimait beaucoup conduire, elle conduisait toujours la fenêtre ouverte, c'était une principe.

vendredi 13 novembre 2009

El bichon

Où est donc ma carte de crédit ? Heureusement que mon coiffeur est un type patient ! Il me laisse vider consciencieusement mon portefeuille et examiner toutes mes poches pour m'assurer qu'elle ne se trouve pas perdu dans un recoin. Pourtant, je ne me fait guère d'illusions sur le résultat de mes recherches, je ne la retrouverais pas. Comprenez, il ne s'agit pas d'une perte, il s'agit d'un vol ! Sachez même que je connais même le coupable ! Ce crime porte la signature de César, alias El Bichon.

Après le nain Dormeur, après mon abonnement de métro, c'est au tour de ma carte de crédit de disparaître. De retour chez moi, j'ai eu beau chercher dans les planques habituelles, derrière la console de jeu, au fond du meuble à chaussure et dans le tiroir de l'imprimante, je n'ai pas retrouvé son butin. A force de rapine, un véritable magot dormira sous mon parquet. Et quand bien même je voudrais faire avouer ce délinquant en herbe, soyez sur qu'il gardera le silence, puisqu'il ne sais pas encore parler.

César est un impénitent, alors qu'il rend son père indigent, il se réveille de sa sieste sans l'ombre d'un remord et danse une ronde en sautillant sur ses jambes, il tape dans ses mains et se met à chanter. Dadoudidada... Vivre sans argent n'est pas un problème pour lui, pas même un tracas. Son ventre plein est suffisant pour accéder au bonheur. Depuis qu'il a suffisamment de forces pour ouvrir la porte du frigo, les possibilités sont devenues considérables. Comme accompagnement de la purée est des pâtes, il aime surtout le Doliprane en sirop et son délicieux goût de fraise, il aime aussi le chocolat cuit pioché avec le doigt dans les chocolatines, et puis les glaçons à suce qu'on trouve dans les verres à apéro, les cacahuètes chipées à bout de bras etc. Il a compris qu'il est nécessaire de frauder pour accéder au bonnes choses. Chaque fois, il se trouve une tactique : pour avoir un peu de Doliprane, il met son doigt dans la bouche et nous montre ses dents en disant : "Aie, aïe, aïe", quelle souffrance !
Disfrazado con accesorios de Papa y Mama
Alors, même s'il sera bientôt livré à l'impitoyable univers de la crèche, nous ne sommes pas vraiment inquiet pour son futur, le petit est armé. Il se lève le matin au alentour de sept heures et demi et vide d'un trait son biberon avant de courir vers notre lit pour bousculer le dernier de ses parents qui se cache sous la couette. Pour bien faire passer son message, il pousse l'interrupteur des appliques et nous apporte nos chaussures : Debout !

Il a bien fallu que nous nous habituions à ses horaires. Nous avons fini par oublier que le dimanche est une journée où il était possible de s'offrir une grasse matinée, à nos vie sans temps mort. Nous nous organisons. Le soir nous nous couchons tôt, et après avoir notre épisode quotidien de notre série du moment, nous posons tranquillement nos têtes sur les oreillers et dormons immédiatement. Oui, c'est une vie tranquille et je suis indéniablement en voie de papification. J'ai commencé à provisionner de manière régulière et systématique mon compte d'épargne en prévision de l'achat d'un monospace. Je regarde la météo avant nos sortie du week-end et je connais les conditions de ma complémentaire maladie.

Assis à la terrasse de café Papagayo, proche de l'université de Toulouse 1, je commande un cappuccino pour me détendre, seul – j'allais dire comme au bon vieux temps – je m'accorde quelques vacances. Les étudiants qui m'entourent devisent de choses futiles et graves, rient souvent. Je sors mon cahier et m'amuse à jouer l'artiste, le plaisir ne se dément toujours pas, mais je ne peux que constater la distance parcourue. Je me flatte de quelques gourmandise que je devine dans le regard de certaines étudiantes et puis songe au chemin qu'il leur reste à parcourir dans les impénétrable méandres où emmène la vie.

dimanche 18 octobre 2009

New and Noteworthy

Aucun doute là dessus, la vie de parent est intense. ! A mesure que César s'éveille, il devient à la fois plus rigolo et plus malin. En un mot, il devient terrible ! Alors, même si nous sommes levés depuis six heures et demi du matin par ce dimanche ensoleillé qui aurait été propice à la farniente, j'ignore ma fatigue et profite de la sieste matinale du monstre pour m'asseoir devant mon ordinateur pour vous livrer le "new and noteworthy" – comme on dit dans le milieu – du mois d'octobre. Commençons donc par le plus monumental événement : Hier, nous sommes allé au Mac Donald !

Contre toute attente, un repas avalé vite fait au milieu du bruit des caisses enregistreuses et de cris d'enfants peut-être reçu comme un moment de calme et de sérénité, il s'agit d'une simple question de point de vue. Après un an et demi de cohabitation, nous ne sommes plus si pointilleux sur les détails, qu'importe si nous n'avons pas de couverts pour nos hamburgers, qu'importe s'il faut faire la queue et porter soit même son plateau, nous nous concentrons sur l'essentiel du restaurant : nous n'avons pas à faire de cuisine, et ce n'est pas nous qui ramasserons les frites tombées par terre.

Du haut de sa chaise bébé, César lentement, mais surement, a raison de chacun de ses nuggets de poulet, et ce n'est guère que parce qu'il n'y avait plus de place dans son estomac qu'il cesse de manger des frites. Comme nous, il pense que Mac Donald est un monde merveilleux plein de couleur et de bonne choses. Derrière le restaurant, après le dessert, nous le conduisons aux jeux. Des cubes de couleur, des tapis en mousse et des toboggans à foison lui permettent de se défouler. César criait son bonheur à chaque enfant qu'il croise et nous l'observons satisfaits. Toutes les calories qu'il dépense si débonnairement ses calories sont pour nous l'opportunité d'un futur moment de repos. Courre petit ! Courre ! Pour être certain d'épuiser ses réserves, nous enchainons directement une par un poussage de caddie dans les allée de carrefour. Enfin ses paupières se font de plus en plus lourde lourdes et même le jouet offert avec le Happy Meal est oublié.

Le soir, nous poursuivons l'entrainement, il enfile des formes de couleur dans des trous au contours de cube, de triangle et de rond. L'exercice, même s'il paraît simple, est encore un peu délicat pour César. Il préfère, quand il rencontre une contrariété, utiliser la force plutôt que de réfléchir. Si quelques chose ne rentre pas dans un trou, il pousse plus fort jusqu'à ce que ça passe, et si ça ne rentre toujours pas, il pousse une cri suraigüe signalant sans ambiguïté à papa et maman l'urgence de leur intervention. Ne désespérons pas, il est relativement normal que l'enfance de César soit vouée à la barbarie.

Practicando

Il y a pourtant quelques raison d'espérer, l'art est une piste à retenir, car il aime la musique. Le matin, il regarde de clips musicaux avec sa mère, et le soir lorsque je me passe un disque, il se met à bouger en rythme. Qu'il s'agisse de Jazz, de Michael Jackson ou même de Christophe Willem, il se plante devant l'enceinte de la chaine hifi et se mets à bouger la tête d'un air entendu, comme si un irrésistible instinct le poussait à danser. Pour l'encourager dans cette voie, je lui ai offert une flute à bec et un harmonica. Il aime bien jouer de l'harmonica entre deux cuillère à soupe, histoire d'y baver quelques vermicelles. L'instrument est intéressant car il ne fait pas la même note suivant qu'il souffle ou qu'il inspire. Et puis il joue de la flute en soufflant comme un âne. Au guidon de son tricycle, il s'en sert comme d'un avertisseur.

Il reproduit tout ce que nous faisons, devant l'ordinateur, il s'installe et se met à taper violemment sur le clavier et à bouger la souris découvrant des fonctionnalités que j'ignorais. Il insiste pour manger des cornichons et puis fais une grimace en souriant lorsqu'il a croqué dedans : Tu vois je peux en manger aussi !

Heureusement qu'il y a mon petit bonhomme. Il m'aide à tenir le coup. Parfois... souvent... j'ai le réveil difficile. Au moment où je m'engage dans le couloir dans mon costume impeccablement lisse et de ma sacoche modèle business, César me salue en ouvrant et fermant sa main. J'ai un pincement au coeur, car je sais ce qui m'attend. Une autre morne journée, un ordinateur pour compagnon de de jeu, et pour tout loisir une machine à café. Et si j'ai besoin d'une explication, il se trouvera toujours un imbécile pour me rappeler que je vais là bas pour produire, pas pour vivre. Pauvre con !

J'ai beau retourner le problème dans tout les sens, mon métier est une misère et je ne suis qu'un spectre parmi les spectres, soldat d'une armée de l'ombre. Les travailleurs salariés le plus triste bétail qu'on puisse imaginer. Il s'engraisse avec une céréale spéciale : l'argent. Je ne supporte plus d'entendre mes collègues geindre et espérer "une augmentation", comme des glands pour des cochons. Je ne les supporte plus quand ils coupent court à mes envies de révolte en disant : "C'est comme ça". Non, je ne supporte plus leur médiocre soif de pouvoir d'achat et je suis encore plus triste lorsque je songe qu'il aura fallu trois mille ans d'histoire pour en arriver là.

dimanche 4 octobre 2009

Week end à Paris

Paré pour le voyage, César avait sa ceinture de sécurité attachée. Assis dans le taxi, il sentait bien la différence avec la Fiat Punto de son père, car il n'y avait ce désagréable siège bébé pour l'empêcher de bouger, mais sa position enfoncée dans le siège avait aussi des inconvénients, la vision n'était plus aussi panoramique sans le réhausseur. Néanmoins, il ouvrait grands ses yeux sur le manège géant de la rue, il y avait tout plein de Vroumvroum qui tournaient dans tout les sens ! César regardait par la fenêtre le balai des automobilistes. Il les regardait virer, freiner, accélérer, impatients d'atteindre le péage de l'autoroute, comme s'il s'était agit d'un spectacle de danse. L'anxiété de ses parents qui risquaient de manquer le décollage de l'avion, lui était totalement indifférente.

Son voyage à lui avait commencé dès qu'il avait mit le pied dehors. Il s'était exclamé : Ana ! Nous ne comprenions pas exactement son cri, mais il était évident que le départ l'excitait. Lorsque nous sommes arrivés à l'aéroport nous avions trop de retard, et nous n'avons pas pu enregistrer nos bagages à temps. Le vol est parti sans nous. Pour tenter de solutionner notre problème, nous avons eu beau aller d'un comptoir à un autre, nous n'avons rien pu faire : l'heure, c'est l'heure. César , en s'impatientant des formalités administrative courait et slalomait entre les hommes d'affaire.

Nous sommes rentrés chez nous par le bus, dégouté. Un coup pour rien ! Seul César avait ressenti le frisson d'une aventure encore inconnue pour lui. Il avait compris qu'un voyage, qu'il soit grand ou petit, fait défiler toute sorte de chose devant la fenêtre. Le lendemain, nous somms donc retourné à l'aéroport en prenant des marges importante pour absorber les éventuels retards et nous étions à l'heure dans le terminal. Pendant que je m'achetais des magazines, César observait les avions en partance en les désignant du doigts, de lourds oiseaux de fer, accéléraient sur la piste puis décollaient. Un fois installé dans le siège de l'avion, une hôtesse lui donnait un doudou, il regardait intrigué par le hublot,et ne s'inquiétait pas lorsqu'il vit le sol disparaître sous l'aile de l'avion.

Gaâd, un navion !..... bum bum !!!!

Quatre années se sont écoulées depuis que j'ai quitté Paris. Ma vie, entretemps, a tellement changé que je ne sais plus bien ce qu'il peut y avoir de commun entre le moi d'avant et celui qui marche présentement dans l'aéroport d'Orly. Je ne ressens pas la moindre émotion, aucune joie, aucune peine, ni regret, ni aigreur, juste une pure indifférence. Paris n'était plus qu'une partie morte de ma vie, comme une histoire absurde dont j'ai oublié la morale. C'est un souvenir fossile perdu dans mes bagages. L'affreuse haine qui m'avait chassé hors de cette ville est disparue. Je suis désormais comme ces innombrables touristes, seulement responsable de mon plaisir et décidé à tirer le meilleur parti de mon séjour. En l'occurrence, les augures de la météo étaient bonnes, le ciel de septembre était admirablement clément.

Mes parents sont venus nous chercher à l'aéroport, ils étaient très impatient de revoir le petit. César n'a pas tarder à les reconnaître et laissait Annick le guider par la main. Nous nous sommes rendu directement à l'appartement d'Etienne où nous étions attendus pour déjeuner. César, bien sur, avait la vedette. Mais il y avait un autre événement : nous allions rencontrer Dorothée pour la première fois.

Couple romantique

Etienne et Dorothée, vivaient au deuxième étage dans un appartement en plein coeur de Paris, dans le deuxième arrondissement. Le quartier est chic. Au bas de la rue, il y a un restaurant chic appelé la Boule Rouge..Une photo affiché sur le mur donne le contexte, on y aperçoit le président de la république en train de prendre la pose à côté du chef. Nous sommes donc « là où ça se passe ».
Comparé au standards provinciaux l'appartement est un peu étroit. Le prix du mètre carré explique ce manque de largesse dans l'espace. Alors, la place s'économise dès que possible : la table de la cuisine est intégralement pliable, dans les toilettes, hormis l'espace occupé par la vasque, il y a seulement la place de mettre les genoux et la douche est juste assez grande pour contenir un corps humain etc. Quand on a pas les moyens, il faut de l'astuce. Etienne s'est aménagé un espace où il a installé ses instruments de musiques. Un à un, il les présente à César : les maracas, les guitare, les flutes, les ukulélé, les flutes, les castagnettes etc. César adore ce petit monde plein de babioles et de gouzis gouzis qui font pouêt pouêt quand tu les secoue. Etienne refuse seulement de lui laisser toucher le violon. L'appartement est une mine de pépites à ciel ouvert, il n'y a qu'a se pencher à terre pour trouver un truc inutile et rigolo. Il commence par déménager une à une les bougie rouge et vertes qui sont posées par terre, puis il s'ébahit devant un mannequin illuminé par des guirlandes de Noël. Pendant ce temps, Cristina rencontre et discute avec son homologue. Conversation de femmes donc.

Le samedi après midi, nous laissons César s'en aller avec ses grands parents du côté du parc Monceau. Nul doute que les tours de manège ne seront pas comptés. Le reste du groupe par suivre un itinéraire touristique concocté par Etienn. Nous traversons Baubourg, passant devant le musée d'art moderne, puis nous poursuivons vers le quartier du Marais pour terminer à la place des Vosges. La foule est grouillante incessante. Cristina est en pleine conversation avec Dorothée et traverse les rues sans les voir. Mais, elle perçoit l'électricité de la civilisation, c'est ce qui lui importe. En passant devant ces boutiques, elle imagine notre vie si, à la place de Toulouse, nous étions allé à la capitale. Je ne peux pas lui donner tort, vraisemblablement, rien n'aurait été pareil si j'avais eu une femme à Paris, mais cela aurait été une toute autre histoire.

Les dernières chaleurs ont fait sortir les habitant de Paris dans les rues. Avant que ne commencent les jours tristes, la morne grisaille, chacun veux s'amuser une dernière fois. Certains s'adonnent au loisir le plus accessible à Paris : le shopping, d'autres sont au terrasse des café. Les moins blasés et les touristes admirent les clown de rues faire leur spectacle. Même les clochards sont de bonne humeur, car s'il n'ont pas d'argent à dépenser, ont toujours le soleil gratis. Des filles célibataires se déplacent en groupe et se racontent des passionnantes histoires de couples qui se déchirent. Ah Paris ! Cette ville aux filles si jolies, mais si peu consommées. En sillonnant les rues, je trouve que les élégants parisiens se laissent aller à des allures presque vulgaires. Que signifient donc ces chemises entrouvertes jusqu'au poil, ces lunettes si m-as-tu-vu. Dans mon souvenir, c'était moins tape-à-l'oeil.

Malgré ces objections, je me laisse saisir par l'ambiance. Au milieu de cette foule, je comprends le fanatisme que certains romanciers vouent à Paris. Il n'y a qu'a songer à ces boulevards bordés d'immeubles, découpés autant qu'il est possible en de minuscule chez soi, et réaliser qu'autant de destins s'empilent les uns sur les autres pour entrevoir l'énorme potentiel de cette cité. Chaque personne ici, est à la fois une fibre, une misérable poussière entrainées dans la trame d'une grande histoire, mais aussi l'alpha et l'omega d'une grande tragédie : la vie.

Nous passons la soirée vautrés entre "jeunes". Sur les canapé, nous de mangeons des pizzas et des cacahuètes, avant de sortir dans un bar à tapas. Deux par deux, nous nous asseyons, Guillaume seul n'a pas de vis-à-vis féminin, il est désormais le seul homme libre de la famille.

Le lendemain, nous sommes épuisé dès le réveil, César à force de pleurs toute la nuit, a obtenu un place dans notre lit et nous nous n'avons pu dormir que d'un seul oeil. La lumière de la rue nous a réveillé à sept heures le matin. Dès qu'il est levé, César visite les pièces, il passe saluer Dorothée et Etienne et partage sa joie du réveil. Sur le coup de onze heures, nous le déposons rue de Richelieu, où ses grand parent l'attendent pour l'emmener au bois de Vincennes.
Ce dimanche, nous l'avons décidé, sera la journée du vrai tourisme le plus brutal, le plus barabare. Nous avons décidé de suivre l'itinéraire royal. Cristina, romantique incorrigible, souhaite au moins apercevoir au loin la tour Eiffel et prendre un cliché, alors nous allons au jardin des Tuileries et empruntons le métro pour descendre place du Trocadéro et entrevoir le monument. La tour Eiffel est un poème, une orgueilleuse antenne de ferraille autour de laquelle s'est créé un écosystème très particulier. Il y a d'abord ces noirs, parasites du touriste queqlue soit sa nationalité. Avec en ceinture une impressionnante collection de tour Eiffel, il interpellent les chalands dans toutes les langues demandant au potentiels client le prix qu'il souhaite investir dans leur souvenir : "How much ? how much ?" ils s'envolent comme des oiseaux dès qu'un voiture de police pointe le bout de son nez, et puis il y a les pakistanais pour vendre les bouteilles d'eau, les Japonais pour prendre des photos, les danseurs de hip-hop font une démonstration. Nous nous allongeons dans le parc qui fait face au champ de Mars et dormons un peu, enfin.
Couple romantique

Nous suivons aujourd'hui, l'itinéraire des incontournables, empruntons la ligne 6, la ligne aérienne qui relie la gare Montpartnasse à la place de l'étoile. Dans ce métro, j'éprouve pour la première fois une vague nostalgie, je me rappelle des quelques moments d'authentique bonheur où je me rendais dans ce quartier pour dépenser tout mon salaire en achetant un nouvel instrument. Nous montons la rue des Abesses et rentrons dans le premier restaurant que nous apercevons, nous commandons le menu. La surprise arrive au dessert, lorsqu'un groupe de Jazz vient s'installer et commence à jouer du be-bop. Ils se mettent en place en silence et commencent à jouer juste à côté de nous. En jouant, le pianiste penche la tête semblant intrigué par un son bizarre qui viendrait du clavier. Le contrebassiste à les paupières qui frétille, il entre en transe et se met à chantonner comme si un grillon avait pris les commande de son cerveau. Etienne joue le parisien blasé, selon lui ces petits bonheurs n'ont rien d'exceptionnel ici. Sous les pavés de Montmartre, les musiciens de jazz pullulent comme des insectes. En tous les cas, cela ne nous empêche pas de passer un moment tout à fait mémorable, comme dans un film au scénario trop bienveillant, ces musiciens semblent n'être là que pour nous. Nous montons la butte du Sacré Coeur en nous tant par la main, Comme de juste nous tournons autour de la place du tertre sur laquelle sont installé tout les portraitistes.

Tourisme au pied de la Butte Montmartre

Enfin, le soir nous allons chez Marie Hélène pour diner en famille. Jamais elle n'avait eu autant d'invité. Cette soirée est condamnée à être inoubliable, mais il faut dire que Marie Hélène n'oublie jamais rien. Les "belles filles" regarde les photos de famille sur le pèle-mêle fixé au mur. Marie-Hélène incollable en tout ce qui concerne la généalogie et l'histoire de la famille Soullard, se fait une joie de répondre, les filles ont tout le détail qu'elle souhaitent. Le repas est frugal, en entrée, nous avons du foie gras suivi d'une brandade de morue et d'un assortiment de pâtisserie de chez Paul. Et déjà, c'est la nuit qui nous rattrape. Le lendemain, chacun retournera à son travail. Cette nuit encore, les lumières de Paris nous veilleront .

lundi 21 septembre 2009

dimanche 20 septembre 2009

mardi 15 septembre 2009

Sleaking baby is easy

Comme César apprend deux langues à la fois, la synthèse qu'il en fait lui est bien propre et il faut parfois traduire son esperanto, quoique ce ne soit pas bien difficile. Voici ses premiers mots :

PAPA : Papa

MAMA : Maman

Lô : ça

MAMIAM : Manger, plus, encore

KRRR : Caca, sale, beurk

VROUM : Voiture

OUAOUA : Chien

ANA : On y va ! Dehors

Je ne vous traduis pas ni MIAOU, ni COUACOUA, c'est à vous de deviner...

samedi 5 septembre 2009

Le paradis perdu

Avec septembre, l'air est devenu vif. Le vent tourne dans les arbres, les branches sont encore vertes, mais le parfum des fleurs n'est plus qu'un lointain souvenir. Dans le ciel les nuages se déchirent, cisaillés par les conflit nord/sud de la météo, ils laissent paraitre de grandes trouées bleues, ce sont les derniers vestiges de l'été. Déjà, c'est la rentrée. Je devine confusément les prémisses de l'automne. Et comme tous les ans, à cette époque, le même refrain mélancolique me revient : « Encore une année qui s'en va ». Pourtant, aujourd'hui mon couplet nostalgique n'est pas aussi efficace qu'à l'accoutumée. Car, si pour moi une année vient de passer, pour d'autres, l'année qui arrive est plus importante que celle qui vient de se terminer. Une simple question de perspective....
Entre quatre immeubles, nous avons découvert un parc à jeux près de la place Saint Georges. A deux pas de la place Wilson, le point central de Toulouse, un ensemble d'immeubles aux balcons fleuris délimite une zone où les autos n'entrent pas. César est en extase devant un grand train en bois. L'endroit est bondé et les enfants se montent les uns sur les autres pour accéder à l'engin. Chacun à son poste tient son rôle dans une histoire rapidement inventée, une petite fille est au volant : « on dirait que je serais le conducteur ». Une autre petite lui répond : « moi je ferai la bûche dans le feu ». Un enfant qui veut la dépasser dans un tunnel veut la déranger, alors la petite fille explique : « Je ne peux pas me déplacer, je suis une bûche ». « Oui, mais moi, le brulant ne me gène pas ». César qui regarde et apprend les rudiments de sa future société,.est tout à sa joie. Il se met à crier sur la bûche. La bûche n'a pas peur et le lui dit sans rire : « Laisse moi ! »

Au milieu des avenues accaparées par des chauffeurs surchauffés, je suis assis sur mon banc à surveiller les expériences de notre fils. Dans cet ancien trou de silence, des cris d'enfants ont remplacé le bruit des moteurs. Ils crient, mais c'est comme le chant des oiseaux, on en voudrait à n'en plus finir pour se laver le cerveau. Un paradis que je croyais perdu ressurgit de ses cendres. Les bourrasques dépoussièrent les ruines de ce temps béni : l'enfance. Ce début d'automne a un parfum de printemps, l'odeur du renouveau.
Dans l'univers des enfants, tout est merveilleux. Qu'il s'agisse d'un ressort, d'un cheval en bois ou d'une bouteille d'eau, tout est matière à invention. La magie est partout. Sous deux planche réunie à leur sommet, trois petites filles fondent leur école : « On dirait que je serais la maitresse » . Tandis que sur la bascule, deux brochettes d'enfants affirment clairement leur ambition et préviennent César : « Attention, nous, on veut aller vite ! Tu peux pas venir avec nous»

Immédiatement, une maman proteste, elle explique aux enfants qu'ils faut partager, qu'ils reviendront une prochaine fois. L'assemblée écoute cette maman d'une oreille distraite et reprend ses jeux dangereux de plus belle. Soit, ils ont tout le temps devant eux, mais ils ne l'entendent pas ainsi, le présent sert de ligne d'horizon. Un coup de balançoire ne saurait attendre demain.

dimanche 23 août 2009

Un vieux rêve

Au moment du décollage, je n'étais pas vraiment anxieux, j'avais vidé mon esprit et je m'étais concentré sur la série de mouvements apprise et répétée sur la pente d'apprentissage. Alors que je m'apprêtais à réaliser un vieux rêve, j'étais étrangement calme. J'allais enfin voler. Au troisième pas en avant j'adoptais la posture de l'oiseau et sentais le sol se dérober sous mes pas. Le parapente déjà me portait dans le airs. La tension qui précède le décollage se relâche immédiatement après l'envol. J'évolue dans cette matière inconnue, mais je me sens comme un poisson dans l'eau. Le vide qui bée sous mes pieds me fait sourire, mais personne ne le voit. Je peux chanter ou parler tout seul, ici on ne vous emmerde pas. Je me laisse aller dans de grande lignes droites. Maintenant, je peux me figurer l'enivrante liberté que ressentent les hirondelles lorsqu'elle virevoltent dans airs. La troisième dimension, inconnue des terriens, permet de découvrir un monde où l'espace n'est pas compté. En altitude, les hommes se rétrécissent jusqu'à devenir d'insignifiantes fourmis, je m'oriente sur la piste d'atterrissage en m'axant sur le clocher de l'église, le reste est trop infime. J'oublie tout. Même à la merci des courants, il n'y a aucune raison de s'agiter : la météo est calme. Virage à droite. Virage à gauche. J'obéis aveuglement au instructions envoyées par radio. L'air est silencieux comme un aquarium.

Finalement, le plus difficile est d'atterrir. Le dénivelé du vol est de 350 mètres, le vol dure 5 minutes. A mesure que le sol se rapproche, le temps s'accélère, les actions de pilotage deviennent plus nécessaires et fréquentes. A nouveau, il faut se concentrer sur la chorégraphie. Sans y penser, je me retrouve à nouveau à terre.

Désormais j'appartiens à la classe des volants. Même à terre, je me sens différent comme si cette retraite temporaire dans les sphères aériennes avait imprimé durablement sa philosophie. Lorsque j'avance dans la rue, au coeur grouillant de la ville, les individus à portée d'aile ne paraissent plus aussi intérressants. Et je me demande : Ai-je vraiment atterri ?

dimanche 26 juillet 2009

Résumé de juillet

Sans doute à cause de l'été et de la chaleur de ce mois de juillet, je ne trouve plus le temps de publier, ni de faire mes psychanalyses à chaud de ce qui se passe dans notre petite famille, mais ma conscience me rattrape, je ne veux pas prendre trop de retard, ni sauter trop de chapitres. Alors, je me contenterais cette fois, d'un simple résumé des faits. Commençons par le principal. Cristina a été admise à sa formation d'aide soignante !

Elle attendait le résultat avec au moins autant d'angoisse que son résultat du bac. Au terme d'un suspens insoutenable de deux mois, la réponse est arrivée par courrier : ADMISE ! Les cours feront alterner la théorie et pratique, ils commenceront au mois de janvier 2010 (dans six longs mois). Pourtant, cette perspective lointaine lui fait un bien fou au moral. Après une année et demi à exercer le beau métier de femme au foyer, Cristina a hâte de retrouver une vie sociale qui ne soit plus asservie aux horaires de tes siestes. Quelque part, les communistes ont raison : le travail rend libre ! Mais tu lui manqueras certainement quand elle travaillera. L'insatisfaction est une constante humaine.
En tous les cas, le risque d'un retour précipité vers l'Espagne est pour le moment écarté. Ces projections dans l'avenir permettent de soigner un peu son mal du pays.

Pour célébrer son triomphe j'ai réussi à la convaincre de partir à Barcelone visiter ses amies et faire du shopping. Pendant ce temps je t'ai gardé une semaine en vacances, j'avais cette envie depuis longtemps, comme pour m'assurer que j'en étais capable. Mes vacances de papa au foyer ont permis de prouver que j'étais au moins apte à te faire survivre. Je crois même que j'ai obtenu de bons résultats, mais je n'ai pas ménagé ma sueur. Jamais je n'ai autant balayé, ni passé la serpillère de ma vie. Je me suis juste efforcé de ne pas me laisser déborder et avec cette simple ambition, je terminais la journée exsangue. Ce n'était donc pas une sinécure , mais j'ai eu un bonheur certain à être homme au foyer. Toi et moi, nous partions nous promener une fois le matin et une fois le soir. Tu débordais d'énergie. Je ne regrette pas d'avoir utiliser mes jours de vacances pour les passer entre nous. Je crois même que je prendrais des congé spécialement pour m'occuper de toi l'année prochaine.

Par mimétisme, tu apprends vite, tu reproduis les gestes que nous faisons, tu désignes les objets autour de toi en les montrant du doigt, cependant l'interprétation de tes envies reste plus un art qu'une science. Ton langage n'est pas encore très clairs, mais petit à petit, tu emploies à bon escient maman, papa, bibi etc. Ce mois ci tu as appris à monter les escaliers, allumer la lumière, arroser les plantes, appuyer sur les boutons de tes jouets pour les faire fonctionner. Ta capacité de concentration augmente, tu es capable, par exemple, de rester dans ta chambre seul pendant cinq minutes sans faire de bêtises. Petit à petit on s'amuse plus, j'en oublierais presque les couches.

Quand je suis avec toi, je me détends, je laisse le temps couler. Dernièrement, lorsque l'air frais de la nuit descends sur la la rue, nous nous mettons au balcon ensemble et prenons le thé, je te monte comment arroser les plantes, je m'assois à coté de toi pour que tu sois à portée de main. Agrippé au barreaux de la balustrade, nous regardons ensemble passer les voitures, j'oublie que je déteste les moteurs à explosion et que mon jardin est bétonné. Quand on a pas ce que l'on aime faut aimer ce que l'on a ! Les moments à ton innocence sont de plus en plus fréquent, à croire que j'ai été contaminé par ta cervelle de moineau qui pleure, qui rit et effectue toute sorte de révolution en cinq minute de temps. Disons simplement que je suis heureux.

L'enfance de Cris (Audio)

Un document historique sur l'enfance de Cristina. Utilisez les flèches pour vous déplacer dans les différents chapitres. Attention, c'est assez long (environ un heure)

Si vous n'êtes pas de la famille, cela ne vous intéressera probablement pas. D'autre part, avant de se lancer, il faut savoir parler espagnol et francais pour comprendre à la fois les questions et le réponses.





jeudi 25 juin 2009

Bonjour !

A la barre de ta poussette, tu surveilles ton nouveau terrain de jeu : le monde. Le parquet de la maison est trop exploré, la cuisine est déjà vue. Maintenant, c'est au minimum dans les parcs et dans les rues que tu vas trouver l'aventure. Peu importe le danger, il faut tout essayer avant que le soleil ne se couche. Avec un peu plus d'assurance tu avances vers les autres enfants pour essayer leur vélo, en signe de reconnaissance tu tends ton doudou baveux.

Les adultes non plus ne te font pas peur. Tu salues tout le monde en ouvrant et fermant la petite main : Bonjour ! Fort de cette mignonne introduction, tu t'approche et tripotes le téléphone portable de ta victime. Finalement, le langage n'est pas nécessaire à la communication. Un sourire, même s'il ne découvre que six dents en tout, suffit. Pas du tout timide, parfois un peu encombrant, tu t'invites sur les genoux de tous ceux que tu croise. Le charme te connais bien !
Tant de choses à voir et tant de choses à faire que tu voudrais bien allonger un peu tes journées, mais je suis impitoyable, à dix heures et quart, extinction des feux. Tu pleures, tu supplies, je te sors du lit, mais tu ne tiens même plus debout, tes jambes ne te portent plus. Vaincu finalement par la fatigue, je t'allonge et branche la sucette, tu ne réclames plus rien.

mardi 9 juin 2009

Les Autres

Poussant la porte du terrain de jeu, tu entres en piste. Ils sont tous là. Ils crient, ils courent et vont dans tous les sens. Tu marches à peine. Tu titubes jusqu'au petit château de bois pour tourner les rouleaux de couleur, car pour le moment c'est tout ce que tu sais faire seul. Hélas, c'est trop peu pour entrer dans le milieu. Pour en être, il faudrait savoir un peu plus : courir, c'est un minimum, sauter ce serait bien, mais parler constituerait une sérieuse avancée !

Le grands ne font pas attention à toi, ils escaladent le château, descendent le toboggan comme des bombes. Tu restes envieux au pied de l'escalier, laissé pour compte. Tu me demandes de t'aider à monter les marches, à la poursuite des autres. Parfois une petite fille intriguée s'arrête et te donne une caresse.

- Oh, un bébé ! dit-elle en regardant sa mère. Tu ne dit rien, alors je lui réponds :
- Il s'appelle César, mais il ne sais pas encore parler !
- C'est un petit bébé !

Voilà comme ils sont ! Il te prennent pour un minus.

Parfois, tu agrippes le bras d'un enfant, tu lui cries quelque chose qui doit signifier : "Tu veux être mon copain ?". Mais il te regarde d'un air condescendant et s'en va faire du vélo. Snob ! Pour te consoler, je t'emmène à la balançoire. Tu t'agrippes et tu t'envoles dans ta nacelle. En apesanteur, tu chantes un truc mystérieux : Bloubloublou, agagagga, A taa... J'imagine que ça veut dire : "Je m'en fous j'ai un papa qui me pousse"

Au moins, nous servons à quelques chose !

jeudi 4 juin 2009

Voyage en Italie

Notre projet de voyage en Italie était ancien, je dirais même qu'il date du jour où ta mère et moi nous sommes connus. Le soir de notre rencontre, en échangeant des banalités sur nos différents voyages, j'avais fait la publicité de ce pays. J'avais visité Naples et j'avais été impressionné par cette terre si pénétrée par son histoire que même les paysages semblaient civilisés. Alors, pour notre premier 'vrai' voyage en amoureux, cette destination fut donc retenue pratiquement sans discussion.

Depuis qu'elle avait commencé à travailler en France, Cristina souhaitait s'évader et oublier temporairement ses attaches chaque jour plus fortes, reprendre l'aventure de nos glorieux débuts au point où nous l'avions laissé.

Pour préparer notre périple, Cristina avait pris son temps. C'est le moins que l'on puisse dire ! Elle avait acheté un guide et annoté les passages particulièrement intéressants, car elle voulait être sûre de ne rien manquer. Pour elle, le voyage est une philosophie, une manière d'entreprendre la vie, presque une idéologie. De ses précédents séjours – en Inde et en Bolivie– elle avait été surprise des changements de philosophies qu'impliquaient les conditions de vie de chaque pays. Le voyage est une chance de s'ouvrir au monde, il permet aussi de rencontrer des cultures, des gens différents. Il permet de reconsidérer notre quotidien avec un regard neuf et, peut-être, de le réenchanter. En résumé, le voyage offre l'opportunité de s'améliorer : avant, pendant et après.

Cristina avait consciencieusement élaboré son plan : budget et logistique. Elle rêvait et savourait déjà les rencontres et les moments inoubliables qu'elle allait rapporter. Et pour exploiter de manière optimale la fenêtre de temps, elle étudiait devant l'ordinateur les possibilités d'itinéraires. Le trajet retenu s'est articulé sur trois moments : Rome, Florence et la campagne de Toscane. Je lui donnais carte blanche. Le long de cette route, elle décidait des endroits où nous passerions la nuit. En moyenne, elle avait besoin d'une heure de réflexion avant de réserver une chambre. Sa lenteur m'exaspérait, elle repassait inlassablement les photos de l'hôtel avant de se décider.

Pour préparer les valises, ce fut un peu la même histoire. Cristina, splendidement féminine, se tenait interdite devant son armoire, incapable de décider s'il fallait emmener des vêtements longs ou courts. Elle m'oppressait par des questions existentielles : Qulle longueru de manche ? Fallait-il emmener de jolies chaussures, ou bien prendre des chaussures tous terrains ? Pleuvrait-il à Rome ?Elle aurait aimé connaître la météo dix jour en avance. La science ne permettant pas de prévoir si loin, elle se retournait vers moi, me prenant pour un sorcier, mais je n'en savais rien.

Ni ma brosse à dents, ni ma mousse à raser, ni même la paire de tongs pour ne pas laisser des traces humides en allant de la salle de bains à la chambre de l'hôtel n'avaient été oubliées de la check-list. L'imprévu n'avait pas été invité.

Quand y aurait-il de l'aventure ? Alors j'ai protesté (mollement) : Je n'avais pas envie de tourisme, ni de prendre l'avion, pourquoi ne pas passer nos vacances à dormir en famille ? La voir bondir comme une puce me mettait de mauvaise humeur. Je suis réactionnaire, il est trop tard pour changer.

Dans les vacances, comme dans la vie, chacun poursuit son propre but. J'espérais oublier mon train-train, Cristina voulait une respiration dans un quotidien trop inéluctable. Et plus généralement, ce serait aussi l'occasion d'oublier la déprime ambiante : la fameuse « crise » qu'on nous sert matin, midi et soir à la télévision.

Le 28 avril, tes grands-parents espagnols arrivent à Toulouse pour te garder pendant notre séjour. Deux jours plus tard, notre avion décolle de Toulouse. La logique étrange du low-cost fait qu'il est plus économique de transiter par Madrid. Dans l'immense aéroport de Badajas, nous attendons notre correspondance, D'innombrables hommes d'affaires fourmillent sur un sol astiqué comme celui d'un hôpital. Le modèle standard costume-cravate habille les citoyens d'un monde global : lisses et optimums, ils n'ont ni provenance, ni destination. À côté de ceux-là, de nombreux touristes, comme nous, attendent le départ. Un coup d'œil suffit pour identifier les Japonais : ils portent un masque pour se protéger de la grippe porcine. Les Asiatiques considèrent que l'Europe est une zone dangereuse, mais ils se comportent comme nous en Afrique.

Dans l'aéroport, les identités de chaque pays s'étalent comme sur un nuancier et je m'amuse à deviner d'où viennent les voyageurs. Par exemple, ce groupe de ménagères caquetantes, riant fort est manifestement espagnol. L'homme maniéré qui converse au téléphone en utilisant ses mains est évidemment italien. Les deux retraités un peu isolés qui consultent leur guide touristique sont français.

Dans l'aéroport de Rome, des indices ne trompent pas : sous les néons, les femmes comme les hommes portent des lunettes de soleil. Nous sommes bien en Italie. Le train qui nous emmène au centre contient peu de locaux en proportion, des touristes surtout remplissent le wagon. Traversant la banlieue, nous apercevons une cité européenne comme les autres. En contrebas des immeubles pleins de travailleurs fatigués, des wagons abandonnés sur les rails sont tagués comme à New York, ou Sarcelles. Au-delà des grillages qui protègent les voies, de grands panneaux publicitaires vantent les mérites de téléphones portables et de crème rajeunissante. Rien de bien dépaysant ! Nous vivons décidément dans un monde globalisé.


Il fait déjà nuit. Suivant les indications imprimées de Cristina , nous nous engageons dans le quartier de la gare pour trouver notre hébergement. Une fois parvenus à l'adresse indiquée, nous sonnons. L'interphone ne fonctionne pas. Nous appelons au numéro qui figure sur le papier. Quelques instants plus tard, un immigré surgit de la nuit. Il tient en main d'un imposant trousseau de clés. Il nous explique en anglais rapiécé qu'une autre personne nous mènera à notre hôtel. Peu de temps après, cet individu émerge de l'ombre. Après un court échange dans une langue improbable je comprends qu'il est Sri-Lankais et qu'il n'est qu'un simple employé, si j'ai des questions, c'est au « boss » qu'il faut les poser. Il nous guide à travers de sombres ruelles, marchant rapidement, il nous devance de quelques mètres et nous donnent des renseignements lapidaires – Here you have a parc. Here : drink ! There Metro ! Nous peinons à le suivre, Cristina traine sa grosse valise et sans qu'elle ne dise rien, je sais qu'elle n'est pas rassurée.

Enfin, nous arrivons dans la rue Machiavel. Un couple d'allemand est tristement installé dans la chambre. Une femme en peignoir consulte internet dans la cuisine. Pour 75 euros la nuit, l'appartement est presque miteux ! Cristina qui avait mis tant d'amour à faire sa réservation est désappointée. Notre guide compose le numéro de téléphone du «boss » à qui nous tentons d'expliquer que l'endroit ne correspond pas à la description que nous avons lue. Le type s'emporte, la sauce monte vite ! Manifestement, nous sommes tombés sur un arnaqueur professionnel, habitué des embrouilles. Je ne parviens pas à discuter, il réclame le paiement de deux nuits d'avance pour compenser notre départ. Nous hésitons, mais c'est trop douloureux de laisser de l'argent à cet escroc. D'un commun accord, nous nous échappons par la cage d'escalier, craignant que l'homme dans la cage d'ascenseur soit le mafieux. Nous nous retrouvons seuls à onze heures sans hôtel dans un pays que nous ne connaissons pas. Bon début! Au premier hôtel que nous apercevons, nous demandons une chambre. Il y en a une. Quel soulagement !

Pour nous remettre de nos émotions nous sortons prendre un verre, nous nous asseyons à la première terrasse que nous trouvons. Les deux bières nous coûtent la modique somme de 15 euros. Décidément ! On ne nous y reprendra plus.... Philosophiquement, nous nous raisonnons. Il s'agit seulement d'une dépense intempestive d'argent, pourtant l'idée d'un voyage romantique est contrariée par cette arrivée trop fracassante.

Le lendemain, nous commençons par le Colysée. Emportés par le mouvement de foules, nous sommes aspirés par la grande attraction. C'est la grande foire tous les jours au pied du monument : entre ceux qui prennent des photos , les guides racontant l'histoire du site en toutes les langues, et les travailleurs déguisés en garde de l'empire proposant une photo. Nous sommes éberlués par ce grouillement. Sans vraiment l'avoir décidé, le flux nous entraine jusqu'au forum romano, le centre antique de Rome. Depuis César jusqu'au Vème AC, le cœur politique, religieux et commercial du plus puissant empire au monde se concentrait à cet endroit. Le kilométrage de toutes les routes était compté depuis le parvis du temple des Vestales. Pour se représenter le rayonnement de Rome à notre époque, il faut penser à New York. Impossible de ne pas être impressionné par l'ensemble. J'imagine difficilement la quantité de travail nécessaire à l'édification d'une telle cité sans l'aide d'aucun moteur. Chaque édifice a été construit pour l'éternité, mais après un millénaire, les édifices les mieux conservés sont quand même à moitié détruits. Qu'on se le dise : L'éternité ne dure pas toujours !

Je pense à toutes les vies qu'ont vu passer ces pierres. Combien d'enfants ont joué ici ? Combien de voyageurs ont aperçu ces ruines ? Combien sont morts maintenant ? Peut-être dix milliards, peut-être cent, c'est en tous les cas plus de secondes qu'il y a dans une vie. En définitive, ceux dont le monde se souvient sont très peu nombreux. Comme il est difficile de rester dans les mémoires !

Chaque grand empereur romain a laissé son arc de triomphe ou son mausolée à Rome : César, Pompée, Auguste, Trajan. Flavien, Constantin... Les arc de triomphe étaient construits au retour des campagnes victorieuses. Un long convoi défilait devant le peuple, derrière les prisonniers et le butin, les chefs barbares se trainaient enchainés. Il auraient le privilège de connaître une mort glorieuse dans les arènes du Colysée. Les chefs étaient sanctifiés pour l'exemple, mais la cruauté romaine ne constituait pas une fin en soit, ne n'était qu'un moyen. Suivant ses objectifs, César, Machiavel avant l'heure, prohibait ou encourageait le pillage des pays conquis. La morale est secondaire lorsqu'il s'agit d'être efficace. Un certain pourcentage des habitants des vaincus servait d'esclaves, mais les rescapés bénéficiaient des avantages de la civilisation romaine. La technique de construction des routes et des aqueducs était enseignée aux bâtisseurs autochtones. Les Romains agrémentaient également le quotidien plus futile ; les bains, l'art de la table, les vêtements, les bijoux élégants pour les femmes, les arts, etc. Parfois même, les vaincus devenaient citoyens romains à part entière et participaient aux élections de leur région.




Au faîte de sa puissance, l'Empire romain s'étendait depuis la péninsule ibérique jusqu'à Babylone. Et tout comme Rome ne s'est pas construite en un jour, elle ne disparut pas instantanément non plus. Rome domina le monde pendant sept siècles. Après que l'empereur Constantin eut décidé de déplacer la capitale politique à Byzance (par la suite rebaptisée Constantinople). L'Empire romain déclina progressivement. Le système antique des cités-états ( Le duché de Toscane, la Vénétie, le royaume de Naples, etc.) se remit en place jusqu'à Napoléon pour désigner l'ensemble de la péninsule, on parlait à nouveau de l'Italie, en référence au peuple des Italiques. Ce système fonctionna jusqu'à ce que Napoléon donne confie à Murat son « royaume d'Italie ». Par la suite, Vittore Emmanuel II réunifiera l'Italie en 1870. Son énorme palais, de style néo-classique, rappelle la gloire passée de cette ville. Une immense statue du char d'Hermès domine Rome. Mais, qu'on se le dise, il ne suffit pas de construire des monuments pour dominer le monde.

Rome by night


Il est cependant vrai que Rome est toujours une capitale dans sa spécialité : le tourisme. Les grandeurs des empereurs antiques constituent un énorme capital que l'Italie continue de faire fructifier. Le plus grand musée du monde fournit une profusion de jolis arrières-plans aux photos des Américains, des Allemands, des Français, des Russes, etc. Sans eux, Rome ne pourrait même pas entretenir ses richesses. Les touristes sont comme les globules rouges, ils s'infiltrent dans les moindres bronchioles de la cité pour apporter leur oxygène, leurs dollars, leurs euros... Chaque Romain, qu'il soit pizzaïolo ou employé de banque bénéficie, à un moment ou à un autre, de cette manne. Naturellement, les forces vives développent parfois cette industrie à outrance, mais il faut rendre justice aux Romains qui, dans l'ensemble, sont remarquablement patients et courtois face aux innombrables barbares qui baguenaudent pendant qu'ils travaillent.




Le centre-ville essaye de se conformer à : « la dolce vita » de Fellini. Une vie à la fois absurde et béate. Légèreté et bonheur. Le touriste ne demande rien de plus ! Dont acte, le plaisir de manger une pizza à côté de la fontaine de Trévi ne se boude pas. Assis en terrasse, alors que la nuit tombe, l'air chaud du soir circule entre les murs. La rumeur joyeuse de noceurs insouciants parvient jusqu'à nous. Antipasti. Pizza e vino de casa. J'oublie tout. Nous demandons un tiramisu et nous sommes comblés. La vitesse de croisière est celle de la promenade. Même les grands boulevards n'ont pas de feux de signalisation. Le chaos de piétons, de vespa et de mini-voitures se traverse le plus simplement du monde. Il suffit de s'engager sur le passage clouté pour que les voitures s'arrêtent intimidées par les piétons. Les klaxons retentissent rarement dans cette pagaille (sauf bien sûr les jours de match de football). Les automobilistes italiens passent pour imprévisibles et indociles. Pourtant, ils sont habitués aux flâneurs et c'est le trait le plus certain d'un grand civisme.




Le parc de la villa Borgese recouvre une des sept collines entourant Rome. Ce jardin est planté d'essences méditerranéennes : des pins parasols et de palmiers. Les allées, banalement, sont semées de statues antiques ou renaissance. Nous nous y sommes rendus un matin. Le soleil était puissant, les températures civilisées, une légère brise me caressais le visage. Le ciel est bleu, l'écho blanc du ruissellement de la fontaine m'emportait dans une douce rêverie. Soudain, je suis inspiré ! Assis sur un banc, en contemplation, je m'efforce de retranscrire sur mon carnet la magie de l'instant, mais les fils de mon imagination s'étiolent. Le bonheur est finalement sans justification, il n'appelle aucun commentaire. Je range mon carnet dans la poche. Je regrette seulement qu'il n'y ait pas de balançoires pour que nous puissions rire ensemble.




Nous étions dans les allées, au volant d'une voiture à pédales quand soudain, le vent s'est levé. La poussière des chemins s'est soulevée, les arbres libérèrent brusquement de grosses bouffées de pollen. Un nuage énorme a recouvert le ciel et l'orage a éclaté. Instantanément, des trombes d'eau se sont abattues sur le toit de notre voiturette. Certains promeneurs optimistes, surpris en pleine sieste, courraient désespérément se trouver abri sous les arbres, des vendeurs à la sauvette surgis de nulle part, tels des champignons, proposaient des parapluies aux imprudents. L'odeur de la terre mouillée monta dans l'air. La nature saoule exultait. La pluie nous avait rincés. Elle n'avait cependant pas lavé les grands boulevards de ses hordes de touristes. Dans la grande rue commerciale, on se serait cru dans une manifestation. Ce samedi, en guise de shopping, nous achetons une reconstitution de la Rome antique en trois dimensions, une chemise authentiquement italienne et puis un petit Pinocchio pour suspendre dans ta chambre.




Le dimanche, fidèles aux élans des masses, nous assistons à la messe du Vatican. La foule guide toujours nos pas. Après avoir passé de nombreuses échoppes vendant casquettes, T-shirt et amulettes à l'effigie du pape. Nous parvenons au milieu de la fameuse place. Elle est ceinte d'imposantes colonnades, une centaine de statues de saint perché sur le péristyle regardent les fidèles. La cité papale a été construite sur les catacombes de premiers martyrs chrétiens. Saint Pierre a été crucifié à cet endroit, la connaissance de sa tombe de saint-pierre a été transmise de génération en génération. Il a été démontré récemment que les reliques qui sont conservées dans la crypte de la basilique étaient authentiques. Une marée humaine afflue sur la place. Touristes et chrétiens se mélangent joyeusement et se massent devant les écrans géants qui retransmettront l'oraison. Les leaders guident leurs ouailles en brandissant un parapluie.




Avachi dans son fauteuil, le pape psalmodie indistinctement, je ne parviens pas à déterminer s'il s'agissait de latin ou d'italien. Le pape mène le show avec une nonchalance certaine, mais le public est bon enfant et pas très exigeant. Les caméristes et les diacres bourdonnent, toute la ruche s'affaire autour du grand ponte, une savante chorégraphie se met en place. La mystique m'échappe, mais je remarque que les chœurs de l'église sont mieux inspirés que ceux des églises de campagne. À la fin de la messe, la rediffusion s'interrompt, le pape prend la parole et remercie au micro les chrétiens venus assister à la messe. Sur la place on entendait des ovations comme dans un match de foot. Les cloches sonnèrent, pour les flâneurs, pour les fervents catholiques, la partie était terminée, le stade se vidait.




Nous étions saturés des foules, nous avons fui délibérément par les berges du Tibre. Il n'y a pas de navigation sur ce fleuve, il n'y a pas non plus de restaurant-péniche comme à Paris, les berges sont quasiment désertes. Nous croisons seulement une mère et ses enfants (souhaitant probablement éviter l'affluence de la sortie de messe) et deux clochards qui avaient monté une comme petite maison dans une anfractuosité de la digue. A la recherche d'un quartier où il n'y aurait plus tant de touristes. Nous entrons dans le quartier du Transtevere (littéralement au-delà du Tibre) . Principalement rural jusqu'au XIXème siècle, l'urbanisation de cette zone date du XXème siècle. La moindre histoire du quartier lui permet d'échapper à la sacralisation qui sévit dans le centre historique. L'ambiance est digne des clichés de l'Italie : hédoniste, lascive, oisive, fanfaronne : les qualificatifs qui accablent l'Italie sont aussi ceux qui l'enchantent. Nous flânons dans un réseau de ruelles étroites, nous nous ébahissons devant les fils à linge qui traversent les rues, devant les alignements de scooters devant des façades couvertes de lierre. Nous sommes uniquement préoccupés par la recherche du meilleur restaurant. Pour satisfaire à nos critères, les nappes doivent être à motif vichy rouge. Nous en sommes à ces considérations, lorsqu'un garçon en vigie devant son pas de porte nous interpelle. Il plaisante et nous cédons à son boniment. Il nous a réservé pour nous une place spécialement fraiche près d'un aquarium à crustacé. Allons-nous encore une fois demander une pizza Capriciosa ? La famille est installée à côté de nous et commande de gargantuesques antipasti. Mais non ! Capriciosa ! En savourant notre vin, nous assistons à une sorte de spectacle du serveur, il montre un véritable talent d'acteur lorsqu'il s'agit de faire asseoir de nouveaux clients à sa table. Nous nous relaxons enfin. Nous parlons du temps qui a passé et de tous les changements intervenus dans nos vies en si peu de temps. Nous soufflons. Demain, nous quitterons Rome par le train, laissant derrière nous le stress de la capitale.




Confortablement assis dans notre train, nous traversons à grande vitesse les paysages de la Lazzio et de la Toscane. Des collines vertes s'étendent à perte de vue, la nature luxuriante contredit l'idée d'un sud aride et assoiffant. Question de repères ! l'Italie est au sud de la France, mais la Toscane se trouve au nord de l'Italie. À première vue, Florence m'a paru étrangement familière. Elle me rappelle les villes de la vallée de la Loire : Tour, Blois, Ambroise. En s'abstrayant du crépis de Sienne qui couvre les murs, l'architecture urbaine fait penser aux maisons de tuffeau de la Touraine. Comme ces villes, Florence a conservé la marque des puissants mécènes qui y vécurent. À Florence, le fief des Medicis régnait sur la région avec l'absolutisme des Lumières. Cette famille disposait surtout d'une excellente intelligence des métiers de la banque. Par les ramifications du clan, l'argent des Médicis a bénéficié à presque tous les villages de Toscane. Cette surabondance permit un développement spectaculaire des arts et créa le foyer historique de la renaissance. Car même lorsqu'il s'agit d'art, l'argent reste le nerf de la guerre. Parmi les plus fameux poulains des Medicis, Michel-Ange et Botticcelli, Caravage...




Le fleuve Arno qui traverse Florence procure la même sensation apaisante que la Loire. Le limon répand dans l'air comme une odeur de sagesse, une tranquille digestion. Florence est souvent présentée comme une cité opulente et civilisée : je ne puis rien affirmer de différent. Comme si chaque pierre respirait un longue histoire majestueuse, quand on sillonne les rues aucun effort d'imagination n'est nécessaire pour se sentir aristocrate. Il suffit d'avoir l'air un peu cultivé et de prêter un minimum d'attention dans ses visites aux innombrables musées de la ville. Les cancres qui refusent de faire semblant n'ont pas de rattrapage possible. Dans les boutiques de souvenirs, les articles de mauvais goût sont absents et les vendeurs à la sauvette essaient de vous refiler des reproductions de Michel-Ange.




Entendons-nous bien, la population de Florence est constituée de gens ordinaires, comme vous et moi. Mais je ne résiste pas au plaisir de vous brosser le portrait de la minorité qui donne son identité à la ville. Le Florentin typique s'appelle Francesco ou Vincente. Il est à l'image de sa ville : raffiné, policé, mais désespérément classique. Élégant, il porte une chemise italienne de bonne qualité et des chaussures en cuir de milan (à moins qu'elles ne soient anglaises). Ses cheveux longs et noirs bouclent légèrement, est négligemment rasé (ça lui prend un quart d'heure par jour d'avoir l'air négligé). Il n'est ni snob, ni m'as-tu-vu, mais il sait parler de culture et possède un sens aigu de ce que c'est que d'avoir de la classe. Il est peut-être dommage d'être si peu original, mais jamais il ne commettra de faute goût, car ce serait le début de la déchéance.

Puente Vecchio de Florence


À Florence, la beauté possède la définition qu'elle avait à l'antiquité et à la renaissance, l'harmonie est privilégiée. Derrière cette philosophie réside l'idée que chaque chose à sa place et que les ruptures produisent en général des effets disgracieux. Est-ce vraiment faux ?


Arrivé dans mon hôtel, je suis si pénétré par l'opulence de l'endroit que je décide de m'offrir une sieste royale. Des rais de lumière traversent la persienne verte de la chambre. Le soleil diffracte dans le rideau, il dessine aux murs une abstraite peinture dorée. Ma tête enfoncée dans les draps, je songe, bouche bée. Mes pensées elles aussi sont diffractées, reparties çà et là. Je ne sais plus d'où je viens, ni où je vais, mais j'existe à demi conscient, flottant dans une fresque colorée. Tout pourrait s'arrêter là à ce moment. Cela n'aurait aucune d'importance. Le temps ne s'enfuit plus, je l'ai pris dans mes filets et il s'effondre avec moi. Et sombre, et je sombre, mais tout s'éclaire. Ah, Dieu, ne me réveille pas de cette chute fatale et bienheureuse à la fois !


Ce fugace instant de bonheur disparaît au réveil, car tout n'est pas rose dans la vie de touriste. A l'idée de repartir en vadrouille, mes pieds souffrent déjà. Cristina est une véritable stakhanoviste du tourisme. Le matin elle prépare le sac à dos pour nos expéditions, elle n'oublie rien, surtout pas l'appareil photo, ni la crème solaire, ni les éventuels papiers nécessaires au bon déroulement des opérations. Je désespère que le hasard soit si bien conjuré. Sur le terrain, sa frénésie de monument ne connait pas de repos. Ni la foule, ni l'argent ne la découragent. Elle ne cesse de répéter – Ah comme je suis heureuse. Finalement, nous nous retrouvions tous les deux, comme au début ! Avec ferveur, nous allons parmi les troupeaux de grégaires vacanciers : mon anticonformisme primaire se réveille. Je maugrée contre les faux-amateurs d'art qui se pâment en reluquant le cul de David (C'est une statue de Michel-Ange). Mais Cristina, immunisée contre mon prêchi-prêcha orthodoxe, ne diminue pas le rythme des visites. Elle me tue. Dès qu'une église se présente devant nous, elle veut y entrer. Une statue, elle veut l'examiner. Un musée, allons jeter un coup d'œil ! Dans une ville qui compte une vingtaine de musées, ce système finit par devenir éreintant.


Elle me traine dans la fameuse galerie des offices où sont rassemblés quelques-uns des plus fameux chefs-d'oeuvre de la renaissance. Tandis qu'elle se glisse dans de groupes de touristes pour bénéficier d'explications supplémentaires de guides certifiés. Je médite devant le moulage d'un pied d'empereur romain, je prends une pose inspirée, je feins l'extase. En vérité, j'ai la tête vide ; je souffle. La journée se poursuit dans les rues commerçantes. Elle aime voir, chiner, fureter, comparer, acheter jusqu'à ce que sa valise n'admette plus rien. La plupart des boutiques s'adressent à des nantis, mais elle ne renonce pas à faire des affaires. Elle rentre dans les magasins des Chinois ; en Italie, ils sont spécialisés dans le textile. Elle s'achète des robes, des chaussures, des souvenirs... Moi, je complète mes collections, j'achète des livres en italiens dont je ne suis même pas certain de pouvoir venir à bout. Nous exerçons à merveille la plus essentielle fonction du touriste : nous dépensons notre argent !




Après trois jours en ville, nous louons une voiture et partons à la campagne. Nous allons d'abord à Lucques, un village préservé du temps par une muraille datant de la renaissance. La ville est paisible. Il n'y a pas de grands monuments à voir, rien qu'une cathédrale pas même bonne à mettre sur une carte postale. Il fait simplement bon se promener dans les petites ruelles, et voir le soleil jouer sur les murs et créer des dégradés ocre. La ville est bien soignée par ses habitants. Je remarque que les géraniums aux fenêtres ne meurent pas de soif. Peu d'Américains, surtout des Allemands, des Français et des groupes scolaires. Bien qu'il n'y a rien à faire, nous pourrions rester longtemps à cet endroit pour nous reposer, mais Pise nous attend.




Pise est une icône mondiale incontournable. Comme notre Mont Saint-Michel en France, il faut s'y rendre ne serait-ce que pour le raconter à sa grand-mère. D'ailleurs, chez mez grand parent, la carte d'Europe rangée dans le placard représentait la région de la Toscane par une tour de Pise. Pourtant, ce n'est rien qu'une tour penchée sur un gazon anglais, mais c'est très curieux. À part cela, il n'y a que des marchands de souvenirs, mais quel choix ! Celui qui n'aura pas trouvé son bibelot affreux à Pise n'aura fait aucun effort ! Tout est là : pour la chambre une lampe de chevet en forme de tour de Pise, pour le petit fils un T-Shirt où il est écrit I LOVE PISA, pour la cuisine une assiette peinte, pour le nostalgique, une tour de Pise dans une boule qui fait de la neige quand on la retourne, ou encore, plus économique, le très sobre porte clé. Il ne nous reste plus rien à faire après avoir pris notre photo.




Par des routes escarpées, nous traversons des villages de plus en plus petits. Chacun possède son charme propre. Nous dormons à Certaldo, un village médiéval perché au sommet d'une colline. Les rues sont peu animées, les touristes ont enfin disparu, nous prenons des photos, nous dinons absolument seuls dans un restaurant. A mon tour, je peux affirmer être parfaitement heureux.

Miradas complices


Le lendemain, à San-Gimiliano, nous découvrons un autre petit village coquet. On y mange – à ce qu'il paraît – les meilleures glaces de toute l'Italie. Le charme est réel, le village est un véritable repaire de peintres et de galeries d'art. Il est plus facile de s'acheter un tableau qu'une barre de pain. Pour les aquarellistes, il y a tout pour être heureux : des sujets de tableau gratuits, de l'argent en quantité suffisante (celui des touristes étrangers) et puis tout le calme pour vivre inspiré et sans stress. Les artistes sont de cafards solaires, ils pullulent là où la beauté fait son nid.

Lucca (Piazza del anfiteatro)

Une muraille fait le tour de la cité médiévale et offre une vue panoramique sur la campagne. Les artifices des constructions humaines disparaissent à l'horizon, les maisons deviennent des détails semés au fond des vallées. Le paysage est soigné comme une composition d'artiste. De minuscules parcelles semblent faites exprès pour protéger la région des outrages du productivisme.Un dieu particulièrement inspiré semble avoir dessiné cette région. Tous les dégradés du vert sont employés, depuis le vert profond des pins, jusqu'au vert électrique des baguenaudiers. Sur les crêtes, les cyprès se dressent comme des pinceaux d'artistes face à la toile azur. La terre gorgée d'eau se chauffe au soleil, elle transpire et forme une sorte de brume. Les collines ondulent à perte de vue, et forment de petites iles sur une mer vaporeuse. La couleur de la lumière varie à chaque moment de la journée, le matin une vapeur bleutée remplit les vallées. Au crépuscule la nature se consume en un feu de paille qui rappelle la poussière des moissons et les riches heures de l'été. Nous dinons sur la table de jardin, à flanc de colline. Le soleil embrase les vignes. Le temps s'allonge. Nous vivons deux fois... trois fois plus intensément. Nous étirons ces moments comme nous pouvons, car à la fin, il ne nous restera plus que ces souvenirs... Un écrivain affirmait qu'il en va des livres lus comme des pirogues ; une fois qu'on a levé les pagaies, ils continuent d'avancer... Ainsi en va-t-il des voyages. Hélas nous devrons bientôt lever la rame.

Paysage de Toscane


La fin approche, cette désagréable impression s'amplifie lorsque nous arrivons à Sienne. Ni la jolie cathédrale à rayures alternant marbre vert et blanc, ni la place est en forme de coquille ne nous distraient. Nous allons sans hâte dans les rues étroites, nous n'espérons plus de nouvelles trouvailles. Nous mangeons une autre glace. Cristina s'achète une autre paire de chaussures, mais elle ne dit plus qu'elle est parfaitement heureuse. Le soir par hasard, nous tombons sur un attroupement de Siennois qui célèbre le saint de la paroisse. Les habitants se sont installés dans les rues et avalent des grillades en buvant du vin. C'est notre cène.




Le lendemain commence le retour. À Rome, le même clochard est sur sa même paillasse : lui n'a pas eu de vacances.




Et puis, l'aéroport, l'enregistrement des bagages. Le film se rembobine. Je n'ai plus envie d'écrire, mon carnet reste dans la poche. Au moment de décoller, je me demande si l'avion ne va pas exploser. Ce serait trop bête de ne pas te voir marcher ! Mais nous arrivons, sans encombre. Lorsque nous arrivons dans le couloir de l'immeuble, la porte s'ouvre et tu t'avances en titubant. Je suis ému, je ne peux pas nier. Tu nous regardes d'un air étrange, surpris comme si tu venais de te réveiller, il te faut un certain temps avant de réaliser que tes parents sont revenus. Tu nous as manqué malgré tout. Nous aussi nous nous réveillons.




Le lendemain, je redécouvre mon petit univers. Les bouffées anxiogènes de mes collègues me remettent rapidement en train. Cristina trouve à nouveau ses journées longues. Nous sommes épuisés. Le soir, nous soupons en silence. Les vacances, c'est bien, mais il ne faut pas revenir...