C'est à la fin de juillet, alors que je pataugeais allégrement dans les eaux de l'Ariège, que j'ai pour la première fois constaté les inconvénients de la grossesse. Ta mère m'observait nager sur la rive, mais elle ne riait pas et se tenait le ventre, elle disait ne vouloir pas prendre de risque et préférait ne pas nager. Tu n'étais pourtant pas grand à ce moment, mais travaillant à l'aménagement de ton intérieur, tu provoquais malgré tout un joli remue-ménage dans ses organes. Elle avait des douleurs au ventre, les boyaux lui étaient remontés jusque sous les côtes et jouaient des tours à son appétit. Ainsi, elle était devenue indécise à l'heure de manger. Faut-il manger ou jeuner ?
Malgré son impression permanente de revenir d'un festin et d'être incapable d'avaler quoi que ce soit, dès qu'elle croquait dans un gâteau, un appétit féroce lui revenait. Son corps peu à peu se transformait en usine : chaque partie s'est spécialisée, en haut, pour t'alimenter, ses seins se sont mis à gonfler, pour répondre à tes besoins affutés, son odorat s'est développé, pour accélérer ta croissance le sommeil est devenu très lourd, pour te servir tes repas le placenta s'est mis en place, pour éliminer les impuretés sa peau est devenue plus lisse. Son corps procédait à la purification générale.
Pour te faire ton petit nid, elle n'a pas ménagé ses efforts, jusqu'à ce que tu sortes de ton repaire, elle a transpiré. Elle est devenue l'instrument de ta fabrication, quelque gênants que soient nausées et dérangements hormonaux, elles sont le lot de toutes les mamans !
La maternité est une vocation qui vient de loin. Du premier instant où deux chromosomes X se sont combinés ensemble, au nom du père, de l'homme et du fils, il faut se sacrifier. La voie est toute tracée. Lorsque je songe à la responsabilité des femmes, je ne peux que me féliciter d'y avoir échappé : porter un être en son sein est une affaire qui ne peut pas se prendre à la légère !
Entre l'insouciance et la paranoïa, une maman navigue toujours entre deux eaux. Une petite vie est en train de se former à l'intérieur, cette responsabilité ne se partage avec personne.
Être papa n'implique pas tous ces inconvénients. Moi, qui suis ton père, je n'aurais jamais ce lien de chair avec toi. Les rôles de père et de mère sont en ceci essentiellement différents et non interchangeables. Parce que tu n'as pas séjourné dans mon corps non liens sont moins incarnés, plus abstraits. C'est simplement la nature qui m'interdit de comprendre aussi bien que ta mère ce qui est ta matière et ton corps. Par souci d’équité, il aurait sans doute fallu que les choses se répartissent un peu mieux. Mais la nature se fout de la justice, tant mieux pour moi !
lundi 30 juillet 2007
dimanche 29 juillet 2007
Le trépas d'un angoissé
À l'heure où tu lis ces lignes, je suis bien différent de celui qui écrivait en 2007, si mes gênes n'ont pas changés, j'aborde cependant la vie d'une manière bien différente qu'auparavant. Cela s'explique naturelement : tout comme l'érosion façonne les montagnes, la vie transforme et dompte progressivement la flamboyante étincelle pour composer un tableau plus apaisé, plus rond. Traversé par les années, abrasé par d'inombrables petits choc, je me suis arrondi et suis devenu plus bonhomme. Tu ne me connaitras donc que dans une version élimée, ni radicale, ni volontaire, mais experimentée, sage et tolérante (tout du moins, c'est à souhaiter).
Devenir père me change profondément : mes sautes d'humeur s'espacent et ne me tourmentent plus inutilement. Comme les eaux des lacs, lorsqu'elles descendent la montagne, impétueuses dans les torrents turbulents, lorsqu'elles approchent de la mer, s'abandonner finalement à un cours tranquille et prennent le goût salé de la sérénité. Une immense paix intérieure en train de naître.
Pourtant, j'aimerais que tu me connaisses tel que j'étais : incohérent, obscur, vitupérant et inquiet pour que tu mesures l'étendue de mon irrésolution, et peut-être, que cet exposé de mes doutes et de mes faiblesses te console de tes propres fantômes.
Rien n'est plus difficile que de dévoiler ma part d'ombre, elle s'anihile elle même chaque fois que je tente de l'exprimer, et je ne suis pas certain que mon angoisse de la vie ai jamais reposé sur une réelle menace. En effet, j'ai eu de la chance : Chance d'être né dans une pays développé, chance de ne pas connaître la guerre, chance de manger à ma faim, chance d'avoir accès à une bonne éducation. Toutes ces raisons qui dans l'absolu sont excellentes ne me suffisaient pas. Imagines donc...
Pour bien comprendre, il faut imaginer qu'un jour, avant ta naissance, mon existence n'était liée à aucune autre, je ne vivais que pour moi même, sans attaches, cherchant en avant ce je-ne-sais-quoi qu'on pourrait appeler simplement espoir – on dit qu'il en faut pour vivre -- Je cherchais avant tout à orienter une vie qui paraissait absurde. D'ici que provient mon goût exagéré pour les de les crâneries artistiques en tout genre, rassemblement mal fagotté de savoir. J'applique avec un aveuglement certain la devise de Descartes : je pense donc je suis. Moi qui ne parle que très peu, je me suis mis en tête de devenir un brillant écrivain.
La raison qui me pousse à écrire est très simple : c'est la mort. La mort est le spectre que je fuis depuis toujours, elle me terrifie. J'ai peur qu'elle ne me fauche avant d'avoir terminéau moins une oeuvre qui me permettrait de rester dans les mémoires.
C'est d'autant plus irrascible que je n'ai jamais fréquenté la mort de près. Elle s'est toujours tenue loin de moi et je ne m'explique pas qu'elle parvienne à édifier l'ensemble de mes forces.
Mes grands parents sont mort vieux de ce que l'on appelerait une belle mort, une mort logique un effacement progressif. Lorsque j'ai perdu mon grand-père, j'avais déjà 20 années, le choc fut traumatisant, lorsque j'étais petit, je me souviens qu'une fois nous vions entendu au loin les cloaches de l'église sonner et la directrice de l'école de nous expliquer qu'il s'agissait d'un enfant de cinq année qui venait de mourir, lequel est revenu de nombreuse fois hanté mon sommeil.
J'écris pour m'assurer de la trace de mon existence et lutter contre la décomposition. La dégradation de la volonté et le déclin physique sont mes phobies. Pourtant, un jour, c'est fatal, je ne pourrais plus me retourner sur mon passé pour affirmer : « Je suis ce que j'étais ». Pour résumer, j'aime la vie parce que j'ai peur de la mort. Cette triste maxime est indépassable.
Je suis anxieux chaque fois que j'entends la rumeur de la nuit à venir, mon cœur me joue des tours, simule des défaillances troublantes. Parfois, j'entends mon sang derrière mes tempes et chaque battement résonne en moi longtemps, posant une question insistante : combien de temps encore ? Ces puissantes somatisations font mes insomnies, mais quelles certitudes pourrais-je avoir ? Cette question de mortel n'est tout à fait résolue qu'au tombeau. Si je survis les neuf mois me séparant de ta naissance, j'aurais de la chance. Si jamais je ne te connaissais pas, il te resterait au moins ces lignes.
Je n'ai jamais rien réussi très clairement, non pas par défaut d'idéaux, mais ceux-ci sont souvent exploités négativement. Je me caractérise par un manque de discernement, et je gigote comme un derviche tourneur donnant des coups aveugles à des ennemis invisibles. Malgré toute l'énergie que j'ai dépensée, rien n'est donc assuré dans cette existence. Le futur du monde m'effraye, et je désespère de ne pas parvenir à le changer. Enfin, c'est ainsi que je concevais les choses avant...
Après ta naissance, les choses ont changé, ces ambitions de réforme semblait disposer d'un délai supplémentaire pour se réaliser. Maintenant, je n'ai plus peur d'aller me coucher, la paix et le silence sont devenus des jardins agréables où je m'allonge avec bonheur, mes vocations existentielles, mes projets de révolutions se noient dans des océans aux respirations immenses. Je perds l'âme de l'art, mes turpitudes que j'avais laissées à s'agiter sur le fil du rasoir. Une à une, elles se délitent.En conséquence, mon art baroque s'étiole, s'acclimate au pastel des bons sentiments. Mes contorsions littéraires s'étirent et s'allongent et je me dépêche de consigner tous mes tourments par écrit. Toutes ces choses, j'en suis presque certain, ne te survivront pas. Entre le ciel et la terre, le lien qui me manquait est peut-être à naître.
Devenir père me change profondément : mes sautes d'humeur s'espacent et ne me tourmentent plus inutilement. Comme les eaux des lacs, lorsqu'elles descendent la montagne, impétueuses dans les torrents turbulents, lorsqu'elles approchent de la mer, s'abandonner finalement à un cours tranquille et prennent le goût salé de la sérénité. Une immense paix intérieure en train de naître.
Pourtant, j'aimerais que tu me connaisses tel que j'étais : incohérent, obscur, vitupérant et inquiet pour que tu mesures l'étendue de mon irrésolution, et peut-être, que cet exposé de mes doutes et de mes faiblesses te console de tes propres fantômes.
Rien n'est plus difficile que de dévoiler ma part d'ombre, elle s'anihile elle même chaque fois que je tente de l'exprimer, et je ne suis pas certain que mon angoisse de la vie ai jamais reposé sur une réelle menace. En effet, j'ai eu de la chance : Chance d'être né dans une pays développé, chance de ne pas connaître la guerre, chance de manger à ma faim, chance d'avoir accès à une bonne éducation. Toutes ces raisons qui dans l'absolu sont excellentes ne me suffisaient pas. Imagines donc...
Pour bien comprendre, il faut imaginer qu'un jour, avant ta naissance, mon existence n'était liée à aucune autre, je ne vivais que pour moi même, sans attaches, cherchant en avant ce je-ne-sais-quoi qu'on pourrait appeler simplement espoir – on dit qu'il en faut pour vivre -- Je cherchais avant tout à orienter une vie qui paraissait absurde. D'ici que provient mon goût exagéré pour les de les crâneries artistiques en tout genre, rassemblement mal fagotté de savoir. J'applique avec un aveuglement certain la devise de Descartes : je pense donc je suis. Moi qui ne parle que très peu, je me suis mis en tête de devenir un brillant écrivain.
La raison qui me pousse à écrire est très simple : c'est la mort. La mort est le spectre que je fuis depuis toujours, elle me terrifie. J'ai peur qu'elle ne me fauche avant d'avoir terminéau moins une oeuvre qui me permettrait de rester dans les mémoires.
C'est d'autant plus irrascible que je n'ai jamais fréquenté la mort de près. Elle s'est toujours tenue loin de moi et je ne m'explique pas qu'elle parvienne à édifier l'ensemble de mes forces.
Mes grands parents sont mort vieux de ce que l'on appelerait une belle mort, une mort logique un effacement progressif. Lorsque j'ai perdu mon grand-père, j'avais déjà 20 années, le choc fut traumatisant, lorsque j'étais petit, je me souviens qu'une fois nous vions entendu au loin les cloaches de l'église sonner et la directrice de l'école de nous expliquer qu'il s'agissait d'un enfant de cinq année qui venait de mourir, lequel est revenu de nombreuse fois hanté mon sommeil.
J'écris pour m'assurer de la trace de mon existence et lutter contre la décomposition. La dégradation de la volonté et le déclin physique sont mes phobies. Pourtant, un jour, c'est fatal, je ne pourrais plus me retourner sur mon passé pour affirmer : « Je suis ce que j'étais ». Pour résumer, j'aime la vie parce que j'ai peur de la mort. Cette triste maxime est indépassable.
Je suis anxieux chaque fois que j'entends la rumeur de la nuit à venir, mon cœur me joue des tours, simule des défaillances troublantes. Parfois, j'entends mon sang derrière mes tempes et chaque battement résonne en moi longtemps, posant une question insistante : combien de temps encore ? Ces puissantes somatisations font mes insomnies, mais quelles certitudes pourrais-je avoir ? Cette question de mortel n'est tout à fait résolue qu'au tombeau. Si je survis les neuf mois me séparant de ta naissance, j'aurais de la chance. Si jamais je ne te connaissais pas, il te resterait au moins ces lignes.
Je n'ai jamais rien réussi très clairement, non pas par défaut d'idéaux, mais ceux-ci sont souvent exploités négativement. Je me caractérise par un manque de discernement, et je gigote comme un derviche tourneur donnant des coups aveugles à des ennemis invisibles. Malgré toute l'énergie que j'ai dépensée, rien n'est donc assuré dans cette existence. Le futur du monde m'effraye, et je désespère de ne pas parvenir à le changer. Enfin, c'est ainsi que je concevais les choses avant...
Après ta naissance, les choses ont changé, ces ambitions de réforme semblait disposer d'un délai supplémentaire pour se réaliser. Maintenant, je n'ai plus peur d'aller me coucher, la paix et le silence sont devenus des jardins agréables où je m'allonge avec bonheur, mes vocations existentielles, mes projets de révolutions se noient dans des océans aux respirations immenses. Je perds l'âme de l'art, mes turpitudes que j'avais laissées à s'agiter sur le fil du rasoir. Une à une, elles se délitent.En conséquence, mon art baroque s'étiole, s'acclimate au pastel des bons sentiments. Mes contorsions littéraires s'étirent et s'allongent et je me dépêche de consigner tous mes tourments par écrit. Toutes ces choses, j'en suis presque certain, ne te survivront pas. Entre le ciel et la terre, le lien qui me manquait est peut-être à naître.
samedi 28 juillet 2007
Le premier chapitre
Tout a commencé au mois de juin 2007, nous revenions exténués d'un pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle, ayant avoir parcourus près de huit-cent kilomètres sous un lourd sac-à-dos, nous avions l'âme en blanc et n'aspirions qu'à nous délasser et savourer notre retour à la civilisation de la plus tranquille manière qui soit, nous n'avions alors aucun désir d'aventures. Comme on dit, nous avions notre compte.
Pourtant, c'est à ce moment qu'un cycle bien réglé a pris du retard. Cristina. a très tôt deviné qu'elle était enceinte, mais la biologie n'étant pas une science exacte, elle a préféré attendre la confirmation du test de grossesse avant de m'annoncer la nouvelle. Un soir, alors que nous prenions le dessert sur le balcon de notre appartement de la rue sainte Lucie, Cristina m'a offert une minuscule paire de chaussettes, j'ai immédiatement compris qu'une nouvelle phase de ma vie allait commencer. Je peinais cependant à imaginer toutes les implications ce cette innocente semence abandonnée presque sans y penser dans les tourments de la vie.
En fait, ta conception ne fût ni laborieuse, ni calculée. Sans l'aide d'aucun calendrier, tu résulte d'un essai immédiatement transformé, fruit du hasard et d'amour, tu as été semé à la fin du printemps. Cristina et moi, nous vivions ensemble depuis une année seulement, ce qui est peu pour se décider à faire un enfant, sans le recul de quelques années de vie commune nous sommes trouvés engagés sur une voie irréversible. Tu nous détournais ainsi de la classique trajectoires de ceux qui n'entament l'aventure familiale qu'après avoir bien étrenné la fraicheur des passions. Dans notre cas, ton arrivée nous fauchait en plein batifolage. Etant homme, je n'ai pas compris très tôt les sacrifices que nous allions concéder à notre insouciance, mais Cristina a rapidement regretté que notre innocence amoureuse n'ait duré deux années seulement, elle savait les futures déformations de son corps et le lourd fardeau qu'elle allait devoir porter. Mais après tout... Même si en deux temps et trois mouvements nous sommes devenus papa et maman, qu'est ce que cela change ? il ne rime à rien de questionner a posteriori l'opportunité de ta venue, notre vie avançait, il n'y a rien d'autre à expliquer, comme tout et chacun, il faut se rendre au mystère de la vie...
A l'heure actuelle, tu n'est pas plus gros qu'un têtard, à l'abri dans le ventre de ta mère en train de fomenter une révolution. En regardant des reportage à la télé, nous avons appris que tu étais en train de parcourir l'évolution de l'espèce humaine en vitesse accélérée, depuis l'état d'amphibien jusqu'à celui d'homo-erectus. La mécanique est si complexe qu'elle semble a elle seule prouver l'existence de Dieu. Et alors que je sais déjà que tu seras la chose la plus parfaite que j'ai jamais produite, il est presque frustrant de penser que je ne suis dans l'affaire qu'un intermédiaire. Mais rendons à César ce qui est à César
Passé les premiers moments de fierté, il nous semble bien si étrange d'avoir mis en branle cette industrie,un sentiment d'humilité qui prends le relai. Aucun ingénieur si futé soit-il n'aurait pu inventer le quart du millième de cette machinerie, et pourtant te voilà. Tu grandis dans son ventre tandis que la vie autour continue indifférente à ce miracle.
Tu ne seras ni Cristina ni Clément, te considérer comme un mélange de nous deux serait également inexact. Non. Tu seras une autre personne. Dans une petite graine et tu attendais patiemment qu'on te porte au jour, aujourd'hui ton heure est arrivée. Notre devoir est simple : la vie est formidable, il n'y a qu'a ouvrir les yeux. Nous essaierons de vivre toutes voiles dehors et ce sera suffisant.
Ce serait trop de responsabilités de songer à ce que nous avons commis en te concevant. Je préfère prendre l'air innocent. Un jour tu nous remerciera peut-être de notre étourderie, ou peut-être à l'inverse tu nous blâmeras notre inconséquence... Je préfère penser que je n'y suis pour rien, j'ai simplement agit de manière naturelle. Je n'ai aucune idée de ce qui t'attends et aucun moyen de le savoir. Alors ces question sont insoluble et si jamais cela dépendait de quelqu'un, il s'agirait plus de toi que de moi.
Pourtant, c'est à ce moment qu'un cycle bien réglé a pris du retard. Cristina. a très tôt deviné qu'elle était enceinte, mais la biologie n'étant pas une science exacte, elle a préféré attendre la confirmation du test de grossesse avant de m'annoncer la nouvelle. Un soir, alors que nous prenions le dessert sur le balcon de notre appartement de la rue sainte Lucie, Cristina m'a offert une minuscule paire de chaussettes, j'ai immédiatement compris qu'une nouvelle phase de ma vie allait commencer. Je peinais cependant à imaginer toutes les implications ce cette innocente semence abandonnée presque sans y penser dans les tourments de la vie.
En fait, ta conception ne fût ni laborieuse, ni calculée. Sans l'aide d'aucun calendrier, tu résulte d'un essai immédiatement transformé, fruit du hasard et d'amour, tu as été semé à la fin du printemps. Cristina et moi, nous vivions ensemble depuis une année seulement, ce qui est peu pour se décider à faire un enfant, sans le recul de quelques années de vie commune nous sommes trouvés engagés sur une voie irréversible. Tu nous détournais ainsi de la classique trajectoires de ceux qui n'entament l'aventure familiale qu'après avoir bien étrenné la fraicheur des passions. Dans notre cas, ton arrivée nous fauchait en plein batifolage. Etant homme, je n'ai pas compris très tôt les sacrifices que nous allions concéder à notre insouciance, mais Cristina a rapidement regretté que notre innocence amoureuse n'ait duré deux années seulement, elle savait les futures déformations de son corps et le lourd fardeau qu'elle allait devoir porter. Mais après tout... Même si en deux temps et trois mouvements nous sommes devenus papa et maman, qu'est ce que cela change ? il ne rime à rien de questionner a posteriori l'opportunité de ta venue, notre vie avançait, il n'y a rien d'autre à expliquer, comme tout et chacun, il faut se rendre au mystère de la vie...
A l'heure actuelle, tu n'est pas plus gros qu'un têtard, à l'abri dans le ventre de ta mère en train de fomenter une révolution. En regardant des reportage à la télé, nous avons appris que tu étais en train de parcourir l'évolution de l'espèce humaine en vitesse accélérée, depuis l'état d'amphibien jusqu'à celui d'homo-erectus. La mécanique est si complexe qu'elle semble a elle seule prouver l'existence de Dieu. Et alors que je sais déjà que tu seras la chose la plus parfaite que j'ai jamais produite, il est presque frustrant de penser que je ne suis dans l'affaire qu'un intermédiaire. Mais rendons à César ce qui est à César
Passé les premiers moments de fierté, il nous semble bien si étrange d'avoir mis en branle cette industrie,un sentiment d'humilité qui prends le relai. Aucun ingénieur si futé soit-il n'aurait pu inventer le quart du millième de cette machinerie, et pourtant te voilà. Tu grandis dans son ventre tandis que la vie autour continue indifférente à ce miracle.
Tu ne seras ni Cristina ni Clément, te considérer comme un mélange de nous deux serait également inexact. Non. Tu seras une autre personne. Dans une petite graine et tu attendais patiemment qu'on te porte au jour, aujourd'hui ton heure est arrivée. Notre devoir est simple : la vie est formidable, il n'y a qu'a ouvrir les yeux. Nous essaierons de vivre toutes voiles dehors et ce sera suffisant.
Ce serait trop de responsabilités de songer à ce que nous avons commis en te concevant. Je préfère prendre l'air innocent. Un jour tu nous remerciera peut-être de notre étourderie, ou peut-être à l'inverse tu nous blâmeras notre inconséquence... Je préfère penser que je n'y suis pour rien, j'ai simplement agit de manière naturelle. Je n'ai aucune idée de ce qui t'attends et aucun moyen de le savoir. Alors ces question sont insoluble et si jamais cela dépendait de quelqu'un, il s'agirait plus de toi que de moi.
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