jeudi 16 août 2007

Pan bajo el brazo

Un proverbe espagnol affirme que les enfants arrivent avec un pain sous le bras. Cela s'est vérifié chez nous. Cristina, au milieu du mois d'Août, a trouvé son premier travail en France. Elle travaille comme vendeuse dans un sandwitcherie sur le bord de l'autoroute. Les horaires sont difficiles et elle travaille souvent les Week End, mais c'est le premier pas vers la liberté et la reconquête d'une indépendance perdue. Son grand bonheur fut de conduire à nouveau la voiture. Il lui semble que le début de l'aventure commence quand on peut se déplacer seul. Après un stage rapide sur le parking d'un supermarché, elle a repris la route. Au début c'était impressionnant, le moteur faisait un bruit énorme jusqu'à ce que nous nous apercevions que le frein à main était resté serré. L'avenir est un peu plus ouvert.

mercredi 15 août 2007

Avant...

Tu as probablement remarqué mon ton professoral et mon langage corseté un peu austère. Mais ll ne faut cependant pas m'en vouloir d'être si froid : je n'ai jamais été papa avant. Sans aucun doute, celui qui te fera avaler des purée en inventant des jeux de marionnettes ne devrait pas faire autant de manières pour m'expliquer, mais ne sait pas faire autrement.
Ainsi, les premiers symptômes de la paternité se manifestent par l'impérieuse nécessité d'avoir l'air solide. Dans ses fonctions essentielles, un parent se doit d'être un repère, ni subversif, ni divertissant, simplement pédagogique et patient. Car tu es mon fils (ou ma fille) et j'aimerais t'éviter certains doutes.

Aujourd'hui, je voulais te parler te parler un peu du temps où tu n'étais pas encore né pour que tu connaisses mieux qu'au travers les photos le contemporain de ta naissance. Il s'agit donc d'un cours d'histoire en temps réel. Exercice de style difficile, s'il en est !

Avant que tu naisses le monde ne ressemblait probablement pas à celui dans lequel tu évolue, sans dire s'il est meilleur ou pire, je peux témoigner de la réalité de ces temps.

À cette époque, La France n'était plus la nation des lumières qu'elle avait été, loin s'en faut, dans le monde, elle n'entousiasmait plus que par ses paysages. Les français passaient pour être des pessimistes patentés et possédaient comme marque de fabrique la réputation d'être le peuple le plus grincheux de la planète. Par le jeu de la démocratie, la classe moyenne (salariés de leur état) détenait le pouvoir, elle formait une d'aristocratie de l'espèce la plus crasse que l'on puisse concevoir, consummée de consomation, obsédé par le pouvoir d'achat, le bonheur s'était positivement rangé du coté des chiffres et se déterminait par la mesure du train de vie sur étalon euros : voiture, maison, culture et voyage, téléphone portable etc. tout se cumulait. Impossible d'exister sans cela. La réalisation des individus passait donc par une traduction monétaire et mécanique. A la fin, on ne devenait important que lorsqu'on avait beaucoup accumulé, c'est à dire lorsque l'on était vieux. Cette passion thésauriste allait ternir même les âmes qui avaient à peine vingt ans et c'était grand peine. On était matérialistes, esclaves de nos biens, on craignait que le ciel nous tombe sur la tête à chaque instant parce qu'on avait tellement à perdre et si peu à gagner. Nicolas Sarkozy était notre président, il avait exploité un bon filon en s'étant fait le chantre du pouvoir d'achat. Son slogan était : « Travailler plus pour gagner plus »

En ces temps, les pauvres n'étaient plus pauvres et les riches se plaignaient de l'être. En définitive, c'était dur d'être heureux dans l'économie florissante car sans autres ennemis que soit on ne savait plus qui il fallait accuser. En vérité, les pays occidentaux traversaient une crise existentielle camouflée sous un fard de bien pensance. Les individus pas tout à fait anesthésié dans les gazes euphorisantes de la consommation se demandaient ce que valaient leur vies bien réglé comme des oiseaux en cage et révaient seules de dynamiter le système. Le monde était revenu désabusé d'à peu près tout : conquêtes, progrès, science et l'art... L'ensemble de cette pharmacopée était devenue inopérante vis-à-vis de ce qu'on appelait la crise de mal-être.

Ainsi, les théoriciens définissaient l'humanité d'un point de vue juridique : en droits et devoirs. Un homme responsable canonique payait ses factures, classait ses papiers et déclarait ses impôts.
Une fois qu'il avait terminé toutes ces choses, le citoyen n'avait plus suffisamment d'énergie pour songer au néant auquel il avait circonscrit sa vie. Tout allait bien tant qu'on ne réflechissait pas, il dormait en attendant la fin de la semaine. Le week-end, il partait loin pour oublier son existence morne. Ta mère et moi, hélas, tenions notre rang parmi ces inombrables.

Dans ce contexte, les aventuriers étaient une espèce an voie de disparition. Les originaux par un glissement de langue se sont assimilés aux "marginaux" dans les dictionnaires tandis que de l'autre côté, les assureurs prospéraient sur une peur bien entretenue. Pour rentrer chez quelqu'un, il faut taper un code pour franchir le parking, ensuite il y avait un digicode qui servait pour franchir la porte de l'immeuble, lui protégeait des vendeurs itinérants, enfin il fallait afficher sa tête à travers le judas avant qu'on ne t'ouvre la porte, toutes ces protections vendue pour protéger des voleurs n'aidaient pas à connaître son voisin.


Le "post-modernisme" résumait bien l'état de l'esprit de l'époque, la frénésie consumériste n'avait calmé aucune faim, mais elle avait effondré bien des volontés.

Alors, en attendant le crack où le choc de la chute, les Cassandres exultent et les drogués à leur confort s'enfoncent un peu plus dans leur sofa et la natalité dans les pays industrialisés est assez faible, soit-disant à cause du coût de la vie... mais en réalité, c'est un monde sans joie et vieillissant qui s'enferre dans un hédonisme décadent.

Selon une opinion courante, il faut d'abord avoir une maison et un travail stable pour se reproduire, et puis ce n'est jamais suffisant. Pourtant, comme dans les temps ancestraux, il suffit encore d'une quéquette et d'un con pour faire l'affaire. Bref, la vie n'a plus la cote, car on est trop serré dans le bocal terre, et parce que c'est devenue trop emmerdant de vivre sans risque.

Je vois la folie dans les hommes dans la vacuité des ambitions. Un jour, la guerre arrivera peut-être pour réguler naturellement toutes les ressources que les hommes ne parviennent plus à se partager, mais je ne sais pas quand. J'espère que tu nous pardonnera d'avoir couru ce risque.

mercredi 8 août 2007

Je suis heureux que tu connaisse Mozart

La maison croule sous une paresse honteuse, dans la touffeur de cet été, nous croupissons, vautrés dans le canapé. A la merci du ciel implacable, nous sommes terrés dans notre appartement. Au dehors, la température avoisine les trente-cinq degrés, nous dégoulinons de sueur à chaque mouvement. Je reste immobile tel un reptile. L'été est une saison que je n'apprécie pas. Il serait approprié de dormir, mais j'ai envie d'écrire, c'est plus fort que moi. Il me semble que lorsque rien ne s'écrit on est comme à la préhistoire, on vivote dans l'imagination des autres.

Attablé, je tiens mon crayon en suspend au dessus de la page blanche, mais les mots ne viennent pas. Je suis en panne d'inspiration. Il fait trop chaud pour mon imagination et le travail n'est pas possible. Cristina abdique devant la télévision, visionne des épisodes de la série Friends. J'abandonne un moment et j'attends que le soleil s'affaisse.
Pour me rafraichir je me sers glacial Clair de Lune de Beethoven. Le temps passe, mais le soleil s'obstine en l'air. Cristina maintenant feuillette lascivement des magazines féminins. Comme la chaleur ne faiblit pas, je mets mon disque favori à jouer : Le concerto N° 20 et 21 de Mozart. L'entends tu d'où tu es ? Rapidement le concerto fait son effet : je m'endors assis, rafraichi. Au plafond de mes rêves, un étrange ballet se met en place, des nuages se dessinent en rythme comme des volutes d'encre dans un verre d'eau. Comme c'est bon... J'ai beau avoir écouté ce disque un millier de fois, l'effet demeure identique. Comme à chaque fois, je peine à croire que c'est un simple homme qui a écrit cette pièce. On dirait qu'il s'agit d'une musique de Dieu, une improvisation d'oiseau.

Tu apprendras, hélas, qu'il existe autant de raisons d'avoir honte d'être humain que d'en être fier. Ce musicien et quelques autres te réconcilieront toujours avec ton espèce. Je suis heureux que tu connaisse Mozart. Il est de ceux qui rendent fier d'être humain et démontre que ce ne sont pas les plus gros cailloux qui font les plus grosses vagues.

Parce qu'il sais jouer, Mozart a compris l'essentiel de la vie. Même mort, il continue de vivre à travers beaucoup de bons moments. Comprendre la musique est essentielle pour apprendre à vivre, la musique, tout comme le temps qui passe, n'a aucun retour en arrière possible. Bien qu'elle conduise inéluctablement au silence, elle sait s'amuser entre l'introduction et la conclusion et laisser son empreinte par quelques refrains ou quelques doux moments à se souvenir. Elle démontre qu'il n'est pas nécessaire de construire dans le marbre pour qu'on se souvienne de toi, elle rit de la légère vertue de la vie.

A ton tour, tu trempes dans cette grande histoire de l'humanité, alors nages-y sans peur. Ce fleuve charrie le meilleur comme le pire, à toi de trouver les bons courants. Depuis Abraham, nous nous sommes tous baigné dans la même eau et Mozart y nage encore dans ce fleuve, même s'il est mort. On se souviendra longtemps qu'il a si bien joué.

jeudi 2 août 2007

La crise

Au début du mois d'aout, Cristina a traversé une crise existencielle liée à son déracinement forcé. Tu es en effet un lien de plus entre elle et la France, encore un obstacle à un éventuel retour dans son pays. Elle s'est mise à douter et à se sentir prisonnière de la France. Nous avons commencé à nous disputer à propos de l'achat de la maison. Lorsque j'ai commencé à lui parler de mettre en caution son appartement Barcelonais pour consentir un prêt plus important, je me suis vu opposer un refus net et sec. Pas question !
Son appartement de Barcelone, représente sa dernière île, sa dernière possibilité de retraite si jamais tout allait mal. A Barcelone, elle a n'a pas eu le temps d'être libre de Valladolid, si peu. Il aura suffit qu'elle me rencontre pour aller s'enchainer ailleurs. Au fond, la glue familiale reprend sous une autre forme.

Coup de stress et jeu des hormones, sa baisse de moral est peut-être passagère, mais sur le fond, elle ne se trompe pas : des liens se tissent malgré elle avec ce pays, la vie l'empètre dans sa toile. Elle n'a plus le choix, il faut continuer d'avancer dans ce pays pas encore connu sans savoir où elle va. Elle n'arrêtait pas de me que c'est injuste !

Le problème est pourtant plus théorique que réel car Barcelone est un mauvais séjour pour un enfant, y retourner serait une erreur : trop de bruit, trop de pollution, trop de stress... Nous ne pouvons décemment pas y retourner pour t'élever, ce serait idiot, puisqu'ici tout est vert et les balançoires sont juste à coté de notre appartement. Il faut qu'elle fasse son deuil, je suis compréhensif. C'est tout ce que je peux faire.
Ta mère ne déteste pas Toulouse, mais ne l'aime pas non plus. La différence de taille avec moi c'est qu'elle n'a pas choisi cette ville. Et son déménagement aura peut-être toujours des restes amers, tous les époques dorées ont un goût d'inachevé. En Espagne elle a laissé son indépendance. Son exil n'a rien d'horrible dans l'absolu, mais possède le gros défaut de ne pas être choisi et elle le vit mal.
Elle ne savait pas si ça marcherait entre nous et, secrètement elle espérait qu'une brutalité de la vie la renvoie dans ses pénates, c'aurait été plus simple. Hélas, ce n'est pas le cas, un an plus tard elle est embarassée. Continuons donc ce chemin, nous verrons bien où il nous mènera. C'est une page à tourner, une page de plus, chacune de ces pages jamais ne se réécrirons, jamais plus nous ne pourrons les réécrire. Hier, je te parlais de ton devoir d'être heureux. Aujourd'hui, je te parle du notre.

Un jour sans date, pour l'équité. On pourra bien retourner en Espagne. Ormis cela, je ne vois pas de bonne raison de quitter Toulouse, j'aime Toulouse et j'éspère que beaucoup de projets se réaliserons à cet endroit.
Quand l'Europe est en train de se réaliser, à quoi bon être patriote ? La question identitaire, la survivance de ses gênes et de sa culture sont des questions de chiffoniers. Ce n'est hélas que théorique !

mercredi 1 août 2007

L'annonce faite à la famille Soullard

Nous avons profité des vacances de mes parents pour leur apprendre la nouvelle de ta naissance. Au mois d'août, ils se trouvaient en effet dans la région de Toulouse, partis à vélo avec un couple d'amis jusqu'à Narbonne pour suivre les berges de canal du midi. L'occasion était trop belle de leur annoncer ta venue. Je préférais l'annoncer de vive voix plutôt qu'à travers le téléphone. Alors, même si tu n'avais que six semaines d'existence et que nous n'étions pas encore à l'abri d'une fausse couche, nous avons préféré courir le risque plutôt que d'attendre.

Pour importer le cassoulet de Castelnaudary jusque dans la Sarthe, ma mère m'avait commandé des haricots Tarbais, j'en avais acheté un kilo au marché. Pour faire la surprise, nous avons donc glissé des petits chaussettes dans le paquet. Ma mère quand elle comprit la signification de ceci a versé quelques larmes (c'est suffisament rare pour mériter d'être signalé) Mon père, quant à lui, est resté de marbre. Totalement stoïque, à tel point que son silence a inquiété Cristina. Moi je savais que mon père était heureux, car il allait enfin pouvoir étréner la canne à pêche qu'on lui avait offert pour ses soixante ans.

Ainsi, tu entamait la série familiale : premier arrière petit fils des familles Chanal et Soullard tu as été suivi de près par le fils de ma cousine Hélène. Ce genre de lauriers ne vaut certes pas grand chose, mais j'en ressens une certaine fierté.