Paré pour le voyage, César avait sa ceinture de sécurité attachée. Assis dans le taxi, il sentait bien la différence avec la Fiat Punto de son père, car il n'y avait ce désagréable siège bébé pour l'empêcher de bouger, mais sa position enfoncée dans le siège avait aussi des inconvénients, la vision n'était plus aussi panoramique sans le réhausseur. Néanmoins, il ouvrait grands ses yeux sur le manège géant de la rue, il y avait tout plein de Vroumvroum qui tournaient dans tout les sens ! César regardait par la fenêtre le balai des automobilistes. Il les regardait virer, freiner, accélérer, impatients d'atteindre le péage de l'autoroute, comme s'il s'était agit d'un spectacle de danse. L'anxiété de ses parents qui risquaient de manquer le décollage de l'avion, lui était totalement indifférente.
Son voyage à lui avait commencé dès qu'il avait mit le pied dehors. Il s'était exclamé : Ana ! Nous ne comprenions pas exactement son cri, mais il était évident que le départ l'excitait. Lorsque nous sommes arrivés à l'aéroport nous avions trop de retard, et nous n'avons pas pu enregistrer nos bagages à temps. Le vol est parti sans nous. Pour tenter de solutionner notre problème, nous avons eu beau aller d'un comptoir à un autre, nous n'avons rien pu faire : l'heure, c'est l'heure. César , en s'impatientant des formalités administrative courait et slalomait entre les hommes d'affaire.
Nous sommes rentrés chez nous par le bus, dégouté. Un coup pour rien ! Seul César avait ressenti le frisson d'une aventure encore inconnue pour lui. Il avait compris qu'un voyage, qu'il soit grand ou petit, fait défiler toute sorte de chose devant la fenêtre. Le lendemain, nous somms donc retourné à l'aéroport en prenant des marges importante pour absorber les éventuels retards et nous étions à l'heure dans le terminal. Pendant que je m'achetais des magazines, César observait les avions en partance en les désignant du doigts, de lourds oiseaux de fer, accéléraient sur la piste puis décollaient. Un fois installé dans le siège de l'avion, une hôtesse lui donnait un doudou, il regardait intrigué par le hublot,et ne s'inquiétait pas lorsqu'il vit le sol disparaître sous l'aile de l'avion.

Quatre années se sont écoulées depuis que j'ai quitté Paris. Ma vie, entretemps, a tellement changé que je ne sais plus bien ce qu'il peut y avoir de commun entre le moi d'avant et celui qui marche présentement dans l'aéroport d'Orly. Je ne ressens pas la moindre émotion, aucune joie, aucune peine, ni regret, ni aigreur, juste une pure indifférence. Paris n'était plus qu'une partie morte de ma vie, comme une histoire absurde dont j'ai oublié la morale. C'est un souvenir fossile perdu dans mes bagages. L'affreuse haine qui m'avait chassé hors de cette ville est disparue. Je suis désormais comme ces innombrables touristes, seulement responsable de mon plaisir et décidé à tirer le meilleur parti de mon séjour. En l'occurrence, les augures de la météo étaient bonnes, le ciel de septembre était admirablement clément.
Mes parents sont venus nous chercher à l'aéroport, ils étaient très impatient de revoir le petit. César n'a pas tarder à les reconnaître et laissait Annick le guider par la main. Nous nous sommes rendu directement à l'appartement d'Etienne où nous étions attendus pour déjeuner. César, bien sur, avait la vedette. Mais il y avait un autre événement : nous allions rencontrer Dorothée pour la première fois.
Etienne et Dorothée, vivaient au deuxième étage dans un appartement en plein coeur de Paris, dans le deuxième arrondissement. Le quartier est chic. Au bas de la rue, il y a un restaurant chic appelé la Boule Rouge..Une photo affiché sur le mur donne le contexte, on y aperçoit le président de la république en train de prendre la pose à côté du chef. Nous sommes donc « là où ça se passe ».
Comparé au standards provinciaux l'appartement est un peu étroit. Le prix du mètre carré explique ce manque de largesse dans l'espace. Alors, la place s'économise dès que possible : la table de la cuisine est intégralement pliable, dans les toilettes, hormis l'espace occupé par la vasque, il y a seulement la place de mettre les genoux et la douche est juste assez grande pour contenir un corps humain etc. Quand on a pas les moyens, il faut de l'astuce. Etienne s'est aménagé un espace où il a installé ses instruments de musiques. Un à un, il les présente à César : les maracas, les guitare, les flutes, les ukulélé, les flutes, les castagnettes etc. César adore ce petit monde plein de babioles et de gouzis gouzis qui font pouêt pouêt quand tu les secoue. Etienne refuse seulement de lui laisser toucher le violon. L'appartement est une mine de pépites à ciel ouvert, il n'y a qu'a se pencher à terre pour trouver un truc inutile et rigolo. Il commence par déménager une à une les bougie rouge et vertes qui sont posées par terre, puis il s'ébahit devant un mannequin illuminé par des guirlandes de Noël. Pendant ce temps, Cristina rencontre et discute avec son homologue. Conversation de femmes donc.
Le samedi après midi, nous laissons César s'en aller avec ses grands parents du côté du parc Monceau. Nul doute que les tours de manège ne seront pas comptés. Le reste du groupe par suivre un itinéraire touristique concocté par Etienn. Nous traversons Baubourg, passant devant le musée d'art moderne, puis nous poursuivons vers le quartier du Marais pour terminer à la place des Vosges. La foule est grouillante incessante. Cristina est en pleine conversation avec Dorothée et traverse les rues sans les voir. Mais, elle perçoit l'électricité de la civilisation, c'est ce qui lui importe. En passant devant ces boutiques, elle imagine notre vie si, à la place de Toulouse, nous étions allé à la capitale. Je ne peux pas lui donner tort, vraisemblablement, rien n'aurait été pareil si j'avais eu une femme à Paris, mais cela aurait été une toute autre histoire.
Les dernières chaleurs ont fait sortir les habitant de Paris dans les rues. Avant que ne commencent les jours tristes, la morne grisaille, chacun veux s'amuser une dernière fois. Certains s'adonnent au loisir le plus accessible à Paris : le shopping, d'autres sont au terrasse des café. Les moins blasés et les touristes admirent les clown de rues faire leur spectacle. Même les clochards sont de bonne humeur, car s'il n'ont pas d'argent à dépenser, ont toujours le soleil gratis. Des filles célibataires se déplacent en groupe et se racontent des passionnantes histoires de couples qui se déchirent. Ah Paris ! Cette ville aux filles si jolies, mais si peu consommées. En sillonnant les rues, je trouve que les élégants parisiens se laissent aller à des allures presque vulgaires. Que signifient donc ces chemises entrouvertes jusqu'au poil, ces lunettes si m-as-tu-vu. Dans mon souvenir, c'était moins tape-à-l'oeil.
Malgré ces objections, je me laisse saisir par l'ambiance. Au milieu de cette foule, je comprends le fanatisme que certains romanciers vouent à Paris. Il n'y a qu'a songer à ces boulevards bordés d'immeubles, découpés autant qu'il est possible en de minuscule chez soi, et réaliser qu'autant de destins s'empilent les uns sur les autres pour entrevoir l'énorme potentiel de cette cité. Chaque personne ici, est à la fois une fibre, une misérable poussière entrainées dans la trame d'une grande histoire, mais aussi l'alpha et l'omega d'une grande tragédie : la vie.
Nous passons la soirée vautrés entre "jeunes". Sur les canapé, nous de mangeons des pizzas et des cacahuètes, avant de sortir dans un bar à tapas. Deux par deux, nous nous asseyons, Guillaume seul n'a pas de vis-à-vis féminin, il est désormais le seul homme libre de la famille.
Le lendemain, nous sommes épuisé dès le réveil, César à force de pleurs toute la nuit, a obtenu un place dans notre lit et nous nous n'avons pu dormir que d'un seul oeil. La lumière de la rue nous a réveillé à sept heures le matin. Dès qu'il est levé, César visite les pièces, il passe saluer Dorothée et Etienne et partage sa joie du réveil. Sur le coup de onze heures, nous le déposons rue de Richelieu, où ses grand parent l'attendent pour l'emmener au bois de Vincennes.
Ce dimanche, nous l'avons décidé, sera la journée du vrai tourisme le plus brutal, le plus barabare. Nous avons décidé de suivre l'itinéraire royal. Cristina, romantique incorrigible, souhaite au moins apercevoir au loin la tour Eiffel et prendre un cliché, alors nous allons au jardin des Tuileries et empruntons le métro pour descendre place du Trocadéro et entrevoir le monument. La tour Eiffel est un poème, une orgueilleuse antenne de ferraille autour de laquelle s'est créé un écosystème très particulier. Il y a d'abord ces noirs, parasites du touriste queqlue soit sa nationalité. Avec en ceinture une impressionnante collection de tour Eiffel, il interpellent les chalands dans toutes les langues demandant au potentiels client le prix qu'il souhaite investir dans leur souvenir : "How much ? how much ?" ils s'envolent comme des oiseaux dès qu'un voiture de police pointe le bout de son nez, et puis il y a les pakistanais pour vendre les bouteilles d'eau, les Japonais pour prendre des photos, les danseurs de hip-hop font une démonstration. Nous nous allongeons dans le parc qui fait face au champ de Mars et dormons un peu, enfin.

Nous suivons aujourd'hui, l'itinéraire des incontournables, empruntons la ligne 6, la ligne aérienne qui relie la gare Montpartnasse à la place de l'étoile. Dans ce métro, j'éprouve pour la première fois une vague nostalgie, je me rappelle des quelques moments d'authentique bonheur où je me rendais dans ce quartier pour dépenser tout mon salaire en achetant un nouvel instrument. Nous montons la rue des Abesses et rentrons dans le premier restaurant que nous apercevons, nous commandons le menu. La surprise arrive au dessert, lorsqu'un groupe de Jazz vient s'installer et commence à jouer du be-bop. Ils se mettent en place en silence et commencent à jouer juste à côté de nous. En jouant, le pianiste penche la tête semblant intrigué par un son bizarre qui viendrait du clavier. Le contrebassiste à les paupières qui frétille, il entre en transe et se met à chantonner comme si un grillon avait pris les commande de son cerveau. Etienne joue le parisien blasé, selon lui ces petits bonheurs n'ont rien d'exceptionnel ici. Sous les pavés de Montmartre, les musiciens de jazz pullulent comme des insectes. En tous les cas, cela ne nous empêche pas de passer un moment tout à fait mémorable, comme dans un film au scénario trop bienveillant, ces musiciens semblent n'être là que pour nous. Nous montons la butte du Sacré Coeur en nous tant par la main, Comme de juste nous tournons autour de la place du tertre sur laquelle sont installé tout les portraitistes.

Enfin, le soir nous allons chez Marie Hélène pour diner en famille. Jamais elle n'avait eu autant d'invité. Cette soirée est condamnée à être inoubliable, mais il faut dire que Marie Hélène n'oublie jamais rien. Les "belles filles" regarde les photos de famille sur le pèle-mêle fixé au mur. Marie-Hélène incollable en tout ce qui concerne la généalogie et l'histoire de la famille Soullard, se fait une joie de répondre, les filles ont tout le détail qu'elle souhaitent. Le repas est frugal, en entrée, nous avons du foie gras suivi d'une brandade de morue et d'un assortiment de pâtisserie de chez Paul. Et déjà, c'est la nuit qui nous rattrape. Le lendemain, chacun retournera à son travail. Cette nuit encore, les lumières de Paris nous veilleront .