Ca y est, tu n'es plus un point, ni une abstraction. Déjà, nous voyons les premiers changement autour de nous. Les beau parent t'ont emmené pour jusqu'à tes six mois. On t'attend au centre, le cadre est déjà prêt, il ne manque que la photo. Tout ceci se passe dans un parfum de frénétique consommation. A tel point que je pense parfois qu'on te confond avec les produit dont on t'entoure. Non, tu n'est certes pas une crétaion, tu te feras toi même.
En discutant avec des amis, on me dit en substance qu'il était inutile d'aller aussi loin dans mes réflexions. Il est certain pourtant que la philosophie ne peut faire du bien que lorsqu'elle touche là où ça fait mal ! Et face à cette déferlante de : Poussette, vêtements, hochets et tétine en tous genre qu'on voudrait te coller comme un cigare en sortant du ventre de ta mère. Je suis impuissant comme je le serais face au vague de l'océan.
Ceux qui se réalisent sont ceux qui offrent des cadeaux, toi, quel plaisir trouverais tu à ces objet toi qui ne sais rien du monde pas même l'alternance du jour et de la nuit. Les rois mages sont-ils venus que pour fleurir leur histoire ? Je suis un peu dur de penser ceci, mais c'est pourtant la juste mesure pour rétablir l'équilibre.
Je prépare déjà le jour ou tu naitras, il me faudra pour cette occasion trouver une bonne parole, il me faudrait peut-être un bon apophtegme si ce moment est historique.
Comme le chauffeur d'un ministre, il faudrait un mot d'accueil. J'ai pensé à un sobre bienvenue à bord, welcome on board, el comandante te desea un buen vije, benvenutti bambini ! Oui, chauffeur, c'est bien cela, je tiendrait la pancarte alors que tu descendra des nues, disant : C'est moi ton papa, mais à vrai dire tu aura bien d'autre soucis toi qui n'aura jamais respiré d'air, jamais vu la lumière. Quelques paparrazzi t'attendent de pied ferme, espère une réponse à cette insistante question : pour qui vivre ?
Il est prévu que pour tout salaire de toutes nos prévention nous n'auront droit qu'à ta royale indifférence.
vendredi 15 février 2008
Les adieux au 31 rue Sainte Lucie
Nous aurons passé de bons moments au trente et un rue Sainte Lucie, mais toute chose qui possède un commencement possède également une fin et cette aventure se termine. Adieu donc, cette liberté d'être jeune. Et cette brutale entrée dans le monde ennuyeux des propriétaire en est presque à me gacher complètement la joie de ta naissance.
Nous avons sorti les cartons et vidés les étagère. Peu à peu, je déserte l'ancienne vie. Je suis arrivé ici avec un simple sac-à-dos, je repars d'ici avec une femme, un bébé... J'ai la sensation de tourner une page importante de ma vie. Tout indique que l'imprévu ne sera plus aussi souvent au menu qu'il ne l'était et cela me rend triste. Plus d'action, plus de tourments mais l'écoulement de tes âges qui heureusement n'entende rien à la rigidification de nos articulations. Les vies de parents, pour heureuses qu'elle soient ont ce je-ne-sais-quoi d'ennuyeux et de outrageusement responsabilisant.
Je comprends mieux cette phobie qu'ont les gens de vieillir et leur passion qu'il ont de mentir alors qu'il s'avancent dans les âges. Je n'ai qu'une envie, elle est égoïste. Envie de dire : encore un peu... continuer un peu de lézarder, mais c'est inélucable, presque une condamnation, un jour où l'autre, il faut bien rentrer dans le rang.
Il est bien dommage que tu ne connaisse pas cet appartement, ou les Dimanches, lorsqu'il fait soleil on se met à rôtir près de la fenêtre et dormir en même temps. L'avenue de Muret, ne laisse présager de rien de si tendre que ces rayons dominical qu'une horde de conducteur, qui pétaradent jour et nuit, la gueule abrutie. Il faudrait pour me consoler qu'il s'étouffent dans leur vomis. Ce serait alors un beau carnage.
Nous avons sorti les cartons et vidés les étagère. Peu à peu, je déserte l'ancienne vie. Je suis arrivé ici avec un simple sac-à-dos, je repars d'ici avec une femme, un bébé... J'ai la sensation de tourner une page importante de ma vie. Tout indique que l'imprévu ne sera plus aussi souvent au menu qu'il ne l'était et cela me rend triste. Plus d'action, plus de tourments mais l'écoulement de tes âges qui heureusement n'entende rien à la rigidification de nos articulations. Les vies de parents, pour heureuses qu'elle soient ont ce je-ne-sais-quoi d'ennuyeux et de outrageusement responsabilisant.
Je comprends mieux cette phobie qu'ont les gens de vieillir et leur passion qu'il ont de mentir alors qu'il s'avancent dans les âges. Je n'ai qu'une envie, elle est égoïste. Envie de dire : encore un peu... continuer un peu de lézarder, mais c'est inélucable, presque une condamnation, un jour où l'autre, il faut bien rentrer dans le rang.
Il est bien dommage que tu ne connaisse pas cet appartement, ou les Dimanches, lorsqu'il fait soleil on se met à rôtir près de la fenêtre et dormir en même temps. L'avenue de Muret, ne laisse présager de rien de si tendre que ces rayons dominical qu'une horde de conducteur, qui pétaradent jour et nuit, la gueule abrutie. Il faudrait pour me consoler qu'il s'étouffent dans leur vomis. Ce serait alors un beau carnage.
mercredi 6 février 2008
Souvenirs d'enfance
Il y a bien longtemps que je ne cherche plus à savoir d'où je viens. Pourtant, en y réfléchissant bien, je n'en sais pas plus aujourd'hui que lorsque j'avais cinq ans et que je demandais à ma mère « qu'est ce que j'étais avant » Avant d'exister.... Quel sommeil ? Quels souvenirs ? A la longue, je me suis rendu aux arguments des gens raisonnables qui, pour expliquer leur existence et le miracle de la vie, tracent une ligne droite entre le point de leur naissance et celui de leur mort pour affronter les vertiges de la métaphysique. Mais même en admettant la fatalité de ma trajectoire, un indépassable sentiment subsiste, même si j'ai la certitude de n'avoir été que ce que je pouvais être : ni plus, ni moins.
Mon rôle et ma place dans le monde, je ne les ai pas composés comme un acteur travaillerait son rôle. La vie n'est pas faite pour être guidée autrement que par ses instincts. Et si l'on me demandait aujourd'hui ce que je changerais à mon itinéraire, si l'on interrogeait les choix que j'ai faits à la lumière de mon expérience, je ne répondrais à cette question qu'en pure rhétorique, car en vérité, rien n'aurait pu être différent. J'en suis convaincu. Si l'on me donnais une autre vie, j'emprunterais les mêmes chemins, commettrais les mêmes erreurs et m'attarderais aux mêmes plaisirs. Pour ne pas virer au mystique disons que j'ai juste suivi la voie que m'indiquait mes gênes, et soyons honnêtes, aussi trempés qu'aient été mes brins d'ADN, la trajectoire qui fut la mienne n'a pas seulement dépendu de moi. Loin s'en faut ! La confrontation avec la réalité a largement contribué à ce que je suis.
D'abord, je suis né en France, blanc et en bonne santé, d'autre parts mes parents gagnaient correctement leur vie et m'avaient désirés, alors je veux bien admettre que j'ai eu de la chance. Je n'ai jamais connu la faim ni la guerre. Tous les besoins existentiels : manger, dormir... ne m'ont jamais tourmentés, j'ai vécu dans la profusion.. Comme beaucoup des enfants de l'opulence, j'ai grandi dans un palais doré, insouciant et peu pressé de quitter cet environnement protégé. Mon enfance est un tableau merveilleux et chatoyant, et si je n'étais pas modeste, je dirais qu'il s'agit de ma plus grande oeuvre. En toute justice, je dois d'abord remercier mes parents, car ils sont au moins aussi propriétaire que moi de ce paradis perdu. Ils m'ont protégé pour que j'en vive chaque moment sans aucune duplicité, à cette époque les rires me montaient directement du coeur à la bouche. Mon enfance ressemble au bouquet final d'un feu d'artifice, sauf qu'il arrivait au début. Ce glorieux actif est une photo magnifique qui me veille tout les jours et qui m'interroge durement lorsque chaque soir je résume la misère à laquelle s'est réduite ma journée ? Quelque part, j'ai toujours vécu sous l'ombre de mon enfance, et le temps passe comme un lent oubli des couleurs originales de la vie.
J'ai été aimé et choyé, d'aucuns trouveront sans doute que ma vie n'aura été qu'un caprice. Une promenade où le réel n'aura guère eu l'occasion de planter ses griffes. En vérité, ceux-là n'auront pas tout à fait tort, mes rêves et mes phobies ont été au moins aussi constitutifs de ma perception du monde que ne l'ont été les faits stricts et durs. Dans cet univers, les lois étaient différentes : l'expérience physique importait peu, mais les mots avaient une vocation d'absolu.
Les mots, parlons-en ! Il est indéniable que les adjectifs employés par les grandes personnes à mon égard influencèrent indirectement la construction de ma personnalité. Enfant blondinet, souriant, innocent, de l'avis général, j'étais un mignon petit garçon, mais chaque fois que j'en recevait le compliment, la remarque était assortie d'un commentaire sur ma timidité et ma réserve comme s'il s'agissait de la clé permettant de percer mon mystère. En un sens, j'avais tout pour plaire : les adultes aiment les enfants qui ne font pas de bruit. Mais si je me tenais tranquille lorsque je poussais des petites voitures sur le parquet ou lorsque j'examinais un clou rouillé., ce n'était pas à cause de mon obéissance ou d'un supposé goût de l'ordre. Simplement je n'aimais pas le bruit, même les cris des autres enfants me perturbaient.
Un peu tir au flan, à la vie en société je préférais les jupes de ma mère. Lorsque mon frère Etienne est né, elle s'est arrêté de travailler pour s'occuper de nous, grâce à lui, il n'y avait même plus besoin de sortir de la maison pour trouver un compagnon de jeu même si j'ai été un peu jaloux de son intrusion dans notre famille. Finalement, je n'étais pas si lésé. Maman me défendait bien, elle affirmait à ma place ce qui était bon où pas pour moi et je trouvais cela très commode. Elle était toujours là pour moi, lorsque je me faisais mal, lorsque j'étais contrarié, lorsque je ne dormais pas... Dans la maison, tout était sous contrôle et paisible, et c'était très rassurant de jouer dans le salon, à sauter sur le canapé, tandis qu'elle repassait le linge en regardant la télévision, j'étais alors invincible.
J'ai très tôt compris l'avantage de se taire, d'abord le silence est une manière d'économiser son énergie. Comme dit le proverbe : "qui ne dit mot consent", donc, en ne protestant pas, en laissant les événements suivre leur cours, j'avançais sans avoir besoin de politique, ni même de morale, sans m'encombrer d'aucun devoir. Le silence permet de ne pas devoir faire de choix et de se consacrer exclusivement au loisir, de toutes façon, je ne suis pas né pour accomplir une mission. Dans le fond j'étais né pour devenir artiste, sans raison, simplement pour la beauté d'exister, comme une fleur. Et pour résumer mon caractère, deux mots sont suffisant : Nombrilisme et sensibilité.
Ce n'est pas un hasard, si j'ai été un marcheur précoce : je voulais découvrir le monde et me servir de mes jambes. Je me risquais en équilibre sur deux jambes avant d'avoir atteint me première année pour aller plus loin et plus vite. Mon urgence était physique. En contrepartie de ma rapide acquisition de la motricité, mon apprentissage de la langue a été ralenti. Comparativement à la norme, j'avais du retard, mais je parvenait à mes fins en désignant du doigt ce que je désirais. Il suffisait de montrer du doigt mon biberon pour me faire comprendre, la communication ne me semblait pas une aptitude prioritaire.

Dans la classification systématique qu'utilisent les adultes pour normer le monde, j'étais rangé parmi les introvertis. La société ne m'intéressait pas, car d'autres domaines d'exploration avaient ma préférence. D'ailleurs, les personnes étrangères à mon univers m'inspiraient une forme de terreur, puisque je ne concevais pas qu'ils puissent être faits de la même matière que moi, j'avais aussi peur des autres que j'avais peur des martiens où des loup. J'imaginais difficilement qu'ils puissent être pareils et partager les même craintes et les mêmes envies que moi. En vérité, l'idée d'être commun ne m'a jamais vraiment traversé l'esprit. Ce manque d'instinct grégaire est à l'origine de mon premier souvenir.
J'ai été scolarisé à l'âge trois ans. Mes début à l'école furent naturellement difficile à cause de ma sauvagerie, mais après quelques temps j'avais pris l'habitude de mes horaires et je me résignais sans trop protester : le matin j'allais à l'école et l'après midi, je le passait à la maison avec mon frère. Nous y allions à l'école à pied en passant des petites rues, montant et descendant des escaliers dans des rues au nom de fleurs, nous traversions la rue des rosiers et suivions l'allée des acacias.
La matinée était ordinairement consacrée aux activités manuelles : Dessins, moulages et collages. Pour ma génération, permettre l'éveil des enfants était une des mission de l'enseignement. Suivant la saison, il pouvait s'agir de confectionner un pot à crayon avec un rouleau de papier toilette pour la fête des père, ou bien il s'agissait de coller du coton sur une pomme de pain peinte en rouge pour la transformer en père Noël à suspendre dans le sapin. Parfois même, pour anticiper les classes future, la maitresse nous donnait un crayon pour que nous exercer à tracer des lettres, mais j'écrivais à l'envers comme dans un miroir à cause de ma main gauche. Ma spécialité personnelle était le découpage : en me concentrant bien et en tirant la langue, j'arrivais à suivre les traits en pointillés avec un talent rare. De l'avis de l'institutrice, les gauchers parvenaient exceptionnellement à de tels exploits. Les activités artistiques et mettant à contribution l'imagination me convenaient bien : j'imaginais des lions pédalant sur des machines étranges, des girafes avec des noeuds au cou, des oiseaux aux becs baignoires. Mes visions surréalistes amusaient, intriguaient, et souvent, je devais expliquer mes oeuvres délirantes aux esprit trop cartésiens qui les observait. Pour les disciplines plus académique, par exemple, l'initiation à l'écriture était plus problématique, à cause de ma main gauche, je formais mes lettres à l'envers, comme dans un miroir. Mais la vraie difficulté de l'école, ce n'était pas de suivre les consignes. Le cadre scolaire me fournissait un support auquel me raccrocher, mais dans la cours de l'école, lorsqu'il s'agissait d'échanger avec les autres, les lois cessaient, la logique perdait prise, et je devais exister sans l'aide d'aucun pointillé.
Un jour, ma mère décida que j'avais l'âge suffisant pour passer une journée entière à l'école et ce matin, comme tant d'autre, elle m'emmenait à l'école Clairefontaine. Le drame commença l'après midi, après avoir mangé à la cantine quand je constatais que ma mère n'était pas venue me chercher comme à son habitude. Tandis que nous jouions sur la cours après le repas, dans les bâtiments de l'école les enseignantes ourdissaient un complot. Lorsque la récréation se termina, les enfants furent regroupés et dirigés vers un endroit inconnu, elle nous emmenaient vers une salle qu'on appelait mystérieusement la salle de sieste. L'endroit baignait dans un inquiétante pénombre, des lits en miniature étaient disposés en rang comme dans une salle. Sur chacun des lits, une couverture orange plié en quatre avait été déposée. Une enfilade de petits les porte manteaux sur les murs avec des autocollant marquant notre nom. Un par un, mes camarades était appelés, les aides maternelles leur enlevaient prestement leur pull-over, et accrochait méthodiquement leurs vêtements avant de les emporter pour les faire disparaître de ma vue. Mon cœur s'est accéléré, je sentais que mon tour arrivait. Des bras me saisirent. Quand je me suis aperçu qu'ils voulaient me faire dormir dans un lit qui n'était pas le mien, j'ai paniqué. La couverture me grattait, l'odeur des draps m'était inconnue, tandis qu'autour de moi, un par un, les autres enfants s'assoupissaient, leur âmes légères comme des plumes s'envolaient aspirées, évaporées, évanouies dans les royaumes de Morphée. J'entendais leurs faibles respirations parvenir jusqu'à moi. Un charme dangereux me menaçait.
Quand la porte du dortoir fut fermée, je ne perçus plus d'autre bruit que les sifflements des dormeurs. L'obscurité me décida à réagir, je me suis mis à hurler et à pleurer sans m'arrêter. Une surveillante apparut immédiatement et essaya de me calmer en me racontant des douceurs, mais je ne voulais rien entendre et refusais toute forme de négociation. Et pour réclamer une capitulation sans condition, je lançais une rébellion générale, les enfants surpris dans leur sommeil, se réveillaient sur cette musique de terreur et pleuraient à leur tour. Je criais tellement qu'elle n'eut pas d'autre choix que de m'enlever de la salle. Finalement, je me suis remis de mon cauchemar en me promenant dans la cour déserte. Le lendemain, ma mère me gardait à la maison. J'avais gagné !
Nous vivions dans un quartier populaire intermédiaire, des jeunes actifs et retraités au vie tranquille se mélangeait. Le 17 rue Jacques Amyot, là où nous vivions, donnait en fait sur une place où les enfants se retrouvaient pour faire du vélo. En recherchant dans le dictionnaire que j'ai appris aujourd'hui que ce Jacques Amyot avait oeuvré pour l'éducation nationale, mais pendant toute mon enfance, ce ne fut jamais que là où j'habitais, 17 rue Jacamiot. La plupart des maisons étaient construites sur le plan de la "maison mancelle". Étroites et verticales, elle permettaient d'accéder à la maison individuelle pour un budget accessible au jeunes ménages. Les Mancelles avaient trois étages, le rez de chaussée était utilisé pour le garage tandis que les étages supérieurs servaient à l'habitation. Notre maison avait la particularité de s'appuyer sur une butte, de sorte que pour accéder au jardin, nous montions un escalier. Les chambres se trouvaient au deuxième étage, j'y dormais avec mon frère, Etienne, dans une chambre à deux lits se superposaient.
Cet univers n'était pas bien grand, mais il suffisait amplement à nos explorations. Du haut de mes quelques centimètres de hauteur, les cent mètres carrés que totalisait notre maison nous paraissaient un vaste palais. Dans le jardin, ma mère tendait le linge pendant que je chahutais avec mon frère, je l'aidais dans son apprentissage de la marche en m'asseyant sur son dos tandis qu'il essayait de se dresser sur ses jambes. Le weekend, mon père s'occupait du petit jardin, parfois il l'arrosait et nous jouions avec l'eau, d'autres fois il fallait tondre la pelouse, c'était la fête. Mon père utilisait une tondeuse à gazon à moteur électrique, il nous défendait de nous approcher de la lame de coupe, mais nous trouvions cela très drôle de suivre la machine en chantant..
Dans le trou dans la clôture, le chat de la voisine nous observait jouer, circonspect, et l'air fâché, car nos cris l'avaient tiré de son sommeil. Ce chat taché blanc et noir, ne se laissait pas approcher, mais il nous fixait de ses yeux verts en amande, il se tenait immobile et enroulait sa queue autour de ses pattes, superbement arrogant. Dès que nous nous approchions, il disparaissait. Nous ne pouvions pas le suivre de l'autre coté de la barrière à cause des groseilliers qui nous barraient la route. La seule manière d'y parvenir consistait à aller le visiter sur son terrain, chez la voisine, alors nous pouvions le caresser en mangeant des petits gâteaux.
Mamie Pitt, baptisée du chat éponyme était pour nous une sorte de mamie de proximité, elle nous gardait parfois chez elle pour rendre service à ma mère. Nous aimions bien aller chez elle, peut-être on s'ennuyait parce qu'il n'y avait rien à faire, mais ce monde intriguait. L'après midi, comme un rituel, on allumait la télé un jeu mortifère : Les chiffre et les lettres, et je ne sais pas comment elle y parvint, mais elle réussis à nous convaincre de chercher avec elle. Chez elle, une étrange pendule entrainait sans bruit des sphères dans un sens puis dans l'autre. Elle était à la retraite, elle n'avait pas de petits fils et ses enfants vivaient loin. Tout le monde y trouvait son compte quand elle prenait le temps de jouer avec nous à une sorte de jeu de l'oie.
Chez nous, la plupart des objets intéressants étaient maintenus hors de notre portée. Pour un enfant, tout est pratiquement trop dangereux ou trop fragile. Mais en dépit des efforts de nos parents, il y avait toujours des recoins sans verrous où nous pouvions trouver l'aventure. Mes incursions se terminaient souvent du côté du garage. Dans les placards à côté de la chaudière, un fourbis invraisemblable était en sommeil. Parce que mon père était un sentimental, il conservait absolument tout : papiers, radio déglinguée, piles moitié usagée, moteur désossée et tout ce trésor était en consigne indéfinie, livré pour nous. Il y avait de quoi piocher pour longtemps dans son bric-à-brac. La boite à outils de mon père ressemblait à des LEGO pour de vrai. A portée de main, je trouvais des clous, des vis, et n'importe quelle quincaillerie. En fouillant dans les tiroirs, je trouvais des serre-joints, un rivet, un étau... J'étais particulièrement surveillé pour l'utilisation du tournevis, du marteau et la scie, mais ces interdictions ne servaient qu'à exacerber ma curiosité et je me jurais de parvenir un jour à enfoncer un clou, tout seul. Pour apprendre le bricolage, je demandais à mon père quel était le meilleur moyen d'unir deux bout de bois, car je ne voyais pas plus grande finalité que l'assemblage. Les réponses qu'ils me faisaient était souvent vaseuse à mon goût, il disait : « ça dépend de ce que tu veux faire ». Sa réponse, en l'occurrence, me déçu beaucoup car trop peu ambitieuse. J'imaginais que dans le bricolage, comme tous les arts, avait aussi son absolu. Alors, j'ai suivi ma seule conviction et commençais par apprendre à me servir le marteau. Car il était plus difficile à manier, ma logique d'enfant concluait qu'il était forcément plus efficace. Je passais des heure accroupi tentant d'enfoncer des clous sans me taper sur les doigts, souvent, la masse s'abattait sur mes ongles, je jurais et m'énervais, mais ne renonçais jamais. Mes assemblages rudimentaire formaient des avions, des bateaux. Je trouvais toujours quoi inventer.
Ma mère devait appeler plusieurs fois avant que je ne daigne m'asseoir à table pour diner. Je mangeais rapidement et retournais à mes expériences.
Pour détourner ma frénésie d'assemblage, ma mère nous a très tôt initié aux LEGO. Pour nous occuper lorsque nous apprenions à faire nos besoins en autonomie, elle nous donnait des briques à emboiter. Ainsi, nous combinions au plaisir de démouler un joli caca, le bonheur de l'ingénierie. Créant des maisons, des vaisseaux spaciaux, nous composions dans la salle de bain. Et c'était très drôle quand mes frères laissaient échapper un morceau dans le trou. Je dénonçais sans état d'âme mes frères aux doigt trop gourds : « Maman ! Guillaume il a fait tomber un LEGO dans le pot ! »

J'ai beaucoup donné à la science et mon inventivité eut parfois des prolongements dangereux, comme cette fois où je me confectionnais un parachute à partir de sacs en plastique avant de m'élancer dans le vide. La suspension était assurée par des fils de fer attachés autour de mes épaules. Même si mes projet progressais de manière scientifique, parfois, parfois mon protocole expérimental souffrait de quelques légèreté. J'avais procédé a des simulations avec mes ours en peluche, mais les résultats se sont révélés peu convainquant, cependant j'avais constaté que plus le poids était important plus le gonflage était important, et par voie de conséquence la portance était augmentée. Fort de cette observation, j'ai pensé augmenter mes chances de succès en me substituant au mannequin. C'est ainsi que je sautais du perron menant au premier étage pour tester les capacité de vol de mon invention. Heureusement, je ne me foulais que la cheville. Une autre fois, je testais les nœuds coulants en me les attachants autour du cou et en sautant de mon lit avec ajustant la longueur au plus cours. J'aimais la science au péril de ma vie !
Dans ces conditions, pourquoi serais-je aller chercher de la joie auprès des autres ? En classe élémentaire, je peinais à faire ma place car mes camarades de classe m'intimidaient. Je ne parlais guère avec eux, pour moi, ils n'appartenaient clairement pas au même monde et je les enviais néanmoins d'être si expressifs. J'avais décidé d'être un observateur de ceux-là. Même si parfois je jalousais mes compagnons d'avoir autant d'amis, comme je l'ai déjà dit, l'idée d'être commun ne me traversait pas l'esprit. Tous mes décalages enfantins trouvaient une réponse dans un imaginaire échevelé. Si j'étais vexé, je m'inventais des super-pouvoirs. Mon héros favori était un personnage de télévision nommé X-OR, il avait pour mission de défendre la terre contre l'invasion de méchants extra terrestres, les Cerex. Lorsque les monstres s'en prenaient à la population, il se transformait en justicier en revêtant une armure d'argent. Avec sa moto volante de combat appelé depuis l'espace, il éradiquait la menace en lançant son cri de guerre : « Tu l'aura voulu cerex !». Je me tranquillisais, je volais au dessus de la ville et mon amoureuse ne me résistait plus. Je croyais qu'en me concentrant suffisemment, je parviendrais un jour au exploits de X-OR. Alors, les autres n'avaient qu'à bien se tenir car un jour j'aurai ma revanche, il n'y avait donc pas de raison de parler.
Cependant, mon mutisme obstiné finit par inquiéter mes parents qui décidèrent de m'emmener voir un spécialiste. Il prirent le temps de m'expliquer que ce n'était pas grave, probablement, il craignaient de me traumatiser. Je ne compris pas bien l'objet de leur préoccupation, car je me foutais d'être différent, je le savais déjà et puis, pourquoi serait-il grave d'aller voir un scie-quatre ?
L'homme avait une plaque dorée au dessus de son interphone, il me fis asseoir dans un grand fauteuil en cuir avec des roulettes, j'étais très impressionné. Dans son bureau cossu, je regardais les cadres au murs, des fleurs en peinture et surtout un petites maquette de bateau derrière un vitrine. Pendant que j'examinais son bureau, il me posait quelques questions auxquelles je répondis rapidement. L'entretien fut bref, je du sortir à la fin pour qu'il parle à mes parents. Il informait mes parents qu'il ne détectait rien d'anormal dans mon comportement. Ceci les rassura, mon silence n'était donc pas un maladie, mais une simple manière d'être.
Le travail des adultes me paraissait mystérieux et intrigant. À l'école, chaque fois que la maitresse demandait aux élèves le métier de nos papas et mamans, j'étais bien embêté, je savais que ma mère ne travaillait pas, mais je ne parvenais jamais à me rappeler la profession de mon père. Il me fallait quelques instants pour m'en rappeler approximativement, et dire qu'il était « concert confiscal » mon approximation devait faire rire les adultes (il était conseiller fiscal). J'avais ouï dire qu'il s'agissait de rencontrer des clients et de faire des calculs sur l'argent... enfin, son métier demeurait assez flou pour moi dont le l'univers se restreignait à l'école, les copains et les jeux. Qu'aurais-je pu prendre au sérieux à part cela Je n'étais donc pas préoccupé de savoir à quoi correspondaient les activités d'adultes et sans investigation elles me restaient obscure. Je me suis très rarement rendu à son bureau de la rue Bollée. Parfois au retour de l'école, mon père s'y arrêtait pour y prendre un document pour travailler le soir. À ces seules rares occasions, je pouvais apercevoir le monde du travail. Dans cet univers circulaient des messieurs bien habillés. La moquette dans les couloirs m'impressionnait, des cendriers à plateau centripète se trouvaient dans chaque bureau, en attendant que mon père retrouve son « dossier », je les testais un à un : une pression sur un bouton central actionnait un plateau qui se mettait à tourner, la force centrifuge faisait disparaître la cendre dans le compartiment du bas, j'étais fasciné. Une secrétaire me demandait d'arrêter de toucher parce que c'était sale, mais j'avais du mal à résister. Mon père me dit de m'asseoir. J'admirais alors le fauteuil à roulettes. Celui-ci, à la différence de la chaise Mickey de ma chambre, roulait parfaitement, j'étudiais les calculatrices à rouleau, etc. Dans cet univers les grandes personnes évoluaient dans des décors de rêve et il y avait tellement de choses à toucher que je ne savais pas où donner de la tête. Il me paraissait étrange que les grandes personnes puissent conserver ce sérieux irréprochable au milieu de cette multitude de jouets amusants. Concrètement, je savais que mon père partait le matin avec un costume, et qu'il revenait le soir, se disant souvent fatigué. Arrivé à la maison, il parlait avec ma mère pendant le diner. Dans ses histoires, il était toujours question de clients, de collègues et de dossier. Un certain Méléard, une certaine Madame David, étaient les personnages récurrents de ce théâtre d'ombres.
À la fin du repas, on regardait les « infos » à la télé. Ce rituel n'était pas négociable. Mon père affirmait que c'était le seul moment de détente de sa journée, je sais aujourd'hui que ce n'était qu'un prétexte puisqu'il a conservé cette tradition alors qu'il est à la retraite. Je m'asseyais entre ses jambes et je lui tirais les poils en suçant mon pouce. Dans le poste de télévision, un homme cravaté annonçait quotidiennement les drames du jour. Je m'intéressais surtout au générique qui défilait en image de synthèse ; on y voyait une mappemonde s'enrouler autour d'elle-même pour former un globe. J'essayais de me concentrer pour comprendre ce qu'il y avait de si intéressant à ces nouvelles. Mon père captivé, ne disait rien et nous demandait de nous taire quand nous jouions trop bruyamment.
Pour mes parents, mes professeurs, mon inclination à le rêverie éclairait beaucoup de mes comportements et ma réputation me précédait comme une aura. Loin de me déplaire, j'en étais assez fier de mon étiquette de distrait. Elle me donnait le droit au silence et à la non-justification. D'un point de vue strictement pratique, ma qualité de rêveur m'autorisait à me comporter comme un aristocrate, sans me soucier du vulgaire quotidien. Et comme tout aristocrate, il me fallait des domestiques, mes parents me servaient de secrétariat, il géraient les contingences. Au rêveur-timide, les adultes pardonnent souvent et facilement. Ma distraction, ma saleté et mon désordre faisaient partie des indulgences ordinaires. Lorsque je rendais des copies où l'encre bavait sur toute la feuille, j'étais quitte pour une gentille semonce et un roulement des yeux au ciel, "Ah, c'est un rêveur...". C'était tout. Jamais mon système n'a été remis en cause de front et dans les cas de remontrances plus sévères, il me suffisait de pleurer et l'on m'affranchissait. Peut-être certains professeurs virent-ils clair mon jeu, mais il ne parvinrent jamais à le contrer.
Ma timidité ne se discutait pas, elle était une caractéristique essentielle de ma personnalité. Conforté dans une logique inéluctable, mes faibles talents sociaux se sont rapidement atrophiés. Tout comme un aveugle apprend à vivre sans voir, j'ai appris à vivre sans communiquer. Sous le double parapluie de l'innocence et de la timidité, je devenais grossier sans le savoir, fuyant les salamalecs, je pratiquais la politique de l'autruche, la tête dans le sable, je me cachais pour échapper aux bisous baveux des mamies et des tantes. Je ne trouvais aucune corvée plus horrible que celle de jouer le brave garçon. Je me sentais mal à l'aise lorsqu'il fallait remercier. Mes parents me poussaient : « va embrasser untel et lui dire merci, alors je m'exécutais, raide comme un piquet. » Les adultes semblaient si préoccupé d'avoir l'amour d'un enfant, que je ne parvenais pas à négocier ce point ! Je développais toute sorte de stratégies pour éviter ces pénibles effusions. Par exemple, au moment de dire au revoir dans les réunions de famille, je m'éclipsais discrètement et je me réfugiais près de la voiture et m'asseyais en attendant que mon père mette le contact et que nous partions au large.
La liste exhaustive des bénéfices tirés de ma fonction de timide est difficile à dresser car elle est trop longue. Elle me permit notamment de ne pas faire de compétions de judo et de ne pas partir en colonie de vacances, etc. Je compensais ce peu d'échange extérieur en développant un univers intérieur riche. Quand mes frères aimaient s'étourdir, sauter, courir après le repas, j'aimais aller doucement, et réfléchir. Mon caractère s'accommodait très bien aux virtualités de l'esprit. Mon imagination, plus fertile qu'une terre grasse, produisait sans relâche toute sorte de choses iconoclastes et hétéroclites. Inventant dans toute les directions, je me suis rapidement trouvé encombré de tout un bazar de pensées, connectées, emmêlées entre elles. Je ne prenais jamais le temps de démêler mes idées, car cette réorganisation aurait impliqué une pause dans l'innovation que je refusais absolument. Je n'avais de toute façon aucune aptitude au rangement. Dès lors qu'il s'agissait d'y mettre de l'ordre, j'éprouvais de vives difficultés. Continuellement, j'égarais mes devoirs, mes jouets, mes crayons.... Je ne m'inquiétais pas, de toute façons, les conséquences pratique de ces oublis échoyaient invariablement à mes parents. Jurant que ce serait leur dernier effort, ils se chargeaient tout de même de retrouver les objets perdus, les devoirs en retard.
J'aimais les livres qui traitaient des volcans, des châteaux-fort, des planètes, des livres pour la science remplis images. J'étais d'autant plus assidu à ces études que mes parents semblaient apprécier cette passion. Ce n'étais jamais un problème pour se faire offrir un livre. Il y avait des collections : une série de livre verts, traitant de la nature, une série de livre rouge traitant de l'histoire, et une série de livre bleu parlant de technologie que j'appréciais particulièrement. Je les ouvrais régulièrement en regardant sur le quatrième de couverture, les titre qui me manquaient pour compléter ma collection. Je m'efforçais de retenir les informations, j'y mettais plus cœur que pour apprendre mes leçons, car je me sentais libre. Autant que me permettaient les désordres de mon imagination, je tentais de bien travailler à l'école, mais mon manque de rigueur condamnait mes efforts.
Je faisais mes devoirs avec coeur et envie, mais l'école ne me plaisait pas pour autant. Par dessus tout, la rentrée des classe me terrorisait. Après la trêve de l'été, elle déclenchait chez moi une angoisse insondable. Et chaque début du mois de septembre, équipés de nos nouveaux cartables, nos stylos, nos tubes de colle flambants neufs, succédait le jour tant redouté. Chaque fois qu'arrivait le mois de septembre, je revivais le même cauchemar. Sous les tilleuls, une foule d'élèves piaffait d'impatience de retrouver ses amis, ses jeux, le joyeux chahut. Je me tenais un peu à l'écart, incapable de me jeter dans dans l'arène et de lâcher la main de ma mère. Je ne parvenais pas à réprimer les gros sanglots qui me montaient dans la gorge. Puis, je cherchais l'enfant qui pleurais plus que moi, mais il n'y en avait pas. La réalité massive et brutale me rattrapait. Le triomphe de certains de mes camarades si heureux de retourner travailler pointait cruellement une différence fondamentale entre moi et eux. L'idée de revoir les copains et de jouer aux billes ne m'animait guère. Je préférais la table du jardin où je dessinais durant les grande vacances. L'école marquait la fin de la liberté.
De fait, mes amis avaient un talent social plus développé que le mien et mon point d'entrée dans le groupe passait par le sésame du « meilleur copain ». En école primaire, Pierre-Yves était le nom de mon Sésame. Pierre-Yves était mon acolyte pour à peu près tout et quand par malheur il n'était pas disponible, je restais paralysé, incapable d'entreprendre les actions que je laissais en sous-main à mon associé.
Son père était architecte, et j'enviais sa réussite : il avait la belle vie, une console vidéo et de l'argent de poche. Le soir en rentrant chez lui, il s'achetait chez le marchand de journaux des images autocollantes, des bonbons et des billes. La richesse de sa famille était clairement démontrée par le jeu de fléchette dans sa chambre. Je passais quelques mercredi après-midi chez lui, nous jouions aux fléchettes et à la console vidéo. Dans la cour de récréation, il me donnait un peu de ses bonbons. A l'école, je contractais chaque jour de nouveaux emprunts à Pierre-Yves pour démarrer ma journée de billes que je perdais immédiatement faute d'entrainement.
Pas doué non plus au foot, je restais parmi les derniers, attendant que le capitaine de l'équipe me choisisse, il m'assignais gardien de but. Le monde se dessinait en bas relief dans la cours de l'école : certains avaient la fibre marchande, d'autres aimaient la lutte, les cowboys et indiens, quant à moi, je me contentais de mon savoir faire : je rêvais !
Avec mon frère Étienne, nous espérions devenir constructeur de Lego professionnel. Mais bien sur, j'ai eu d'autres vocations, j'ai, tour à tour, voulus être mathématicien, physicien, puis pilote d'avion. Les mercredis après-midi, je dessinais des engins, en m'inspirant des mes livres illustrés. Je m'étais fixé pour objectif de construire une machine à mouvement perpétuel et créer l'énergie à partir de rien . Je relus souvent les paragraphes qui exposaient les principes d'un tel mécanisme. L'encyclopédie prétendait qu'il était impossible d'inventer une telle machine. Les frottements, les déperditions thermiques et d'autres obscures raisons condamnaient l'entreprise. Je ne désarmais pourtant pas, les savants avaient du se tromper dans leurs calculs et peut-être même, pensais-j, qu'Einstein en affirmant que l'énergie se conservait s'était fourvoyé. J'allais devenir l'homme du siècle. J'enchaînais les dessins, Ma mère un peu désabusée, confirmait nonchalamment les affirmations du livre : « Il n'existe pas de machine à mouvement perpétuel ». Mon père seul, affirmait qu'il valait la peine que j'y réfléchisse. Alors, je réfléchissais...
Cette passion pour la technique et des sciences ravissait mes parents. Dans notre famille, l'éducation scientifique était prioritaire. Nous vivions dans le mythe d'une intelligence scientifique et métrée, quantifiée précisément par le QI, le quotient intellectuel, et quoiqu'il admettaient volontiers qu'il y eu une part d'inné dans les disposition d'un esprit à l'abstraction, toutes les initiative ludiques qui aiguisaient ces facultés étaient encouragées. Lorsque nous partions en vacances, nous emmenions des cahiers de jeux qui n'étaient rien plus ni moins que des devoirs présentés sous une forme ludique. Pendant les longs trajets en voiture, nous répondions à des questionnaires testaient nos connaissances pour nous amuser. Ma mère ne plaçait aucune vertu au dessus de l'intelligence. Le soir à table, nous parlions avec déférence des gens intelligents : des astronautes et des polytechniciens. Inlassablement ma mère faisait de la publicité pour « voie royale ». Elle en étais sure, avec un diplôme d'ingénieur en poche, nous pourrions faire tout ce que nous voudrions. Au crédit de mes parents, cet élitisme n'était guère original en ces temps là. Aucun parents n'aurait abandonné sans remords ses enfants au sort des ouvriers, ou pire, des paysans. Personne ne doutait que l'avenir ne s'ouvre qu'à la matière grise.
Je grandis bercé de ces illusions positivistes. Insidieusement, une compétition s'instaurait dans la fratrie, nous comparions notre classement et nos résultats, et je me sentait menacé si je n'atteignait pas la tête de classe, cependant, je n'ai pas été premier de la classe car trop brouillon. Au final, mon snobisme intellectuel, me permis de surmonter ma privation de bonbons et d'images autocollantes. Mes parents déployaient beaucoup de moyen pour nous enrichir. Dès ma sixième années, je commençais à étudier le piano auprès d'une soeur du couvent qui gérait l'établissement. Je faisais mes gammes et toutes sorte d'exercices horriblement ennuyeux et si soeur Alice Marie constatait des progrès, elle me récompensait en me donnant une noisette. Je n'aimais pas les noisettes, mais toutes récompense était bonne à prendre. Plus tard, dès le CE2, ma mère qui avait fini par désespérer de me convertir au sport, m'inscrit à un cours de dessin. Suivant les recommandation de mon institutrice, je me suis rendu à l'atelier de Bertrand Thomas. Il travaillait dans une maison sombre du vieux Mans, et pour arrondir ses fins de mois, il enseignait les dessins à de jeunes élèves. Son repaire était un sombre atelier d'où transpirait l'art. J'étais le plus jeune de ses élèves, aussi je me pliais à ses exercices de manière scolaire, mais d'autre élèves plus anciens s'amusaient à créer des jeux.
A l'école primaire Notre-Dame, lorsque j'atteins l'âge de 10 ans ma scolarité devint plus routinière et je me sentais plus assuré. Je jouais au loup, j'avais même appris à sauter à l'élastique pour jouer avec les filles. Sur le tableau, la maitresse écrivait le cours qui nous recopiions en silence, parfois on nous distribuait des polycopiés qui sentaient bon l'alcool. Les années se succédaient, les rentrées devenait moins pénibles.

Mais quand je suis entré en classe de sixième, il fallu tout recommencer. Je me souviens encore de ma rentrée au collège Saint Joseph, nous étions rassemblés sous le préau, des tableaux d'affichage nous donnaient nos affectation aux classes, mais j'étais trop impressionné pour comprendre quoique ce soit d'accessible. Les proportions changeaient, l'environnement devint hostile, la mer des élèves grondaient, et parmi ceux qui avaient effectués leur scolarité dans ce bâtiment, je faisais figure de provincial. Deux arbres plantés au milieu de la cours énorme fournissait la seule verdure pour égayer le béton. J'ai tenté de contenir mon trop plein d'émotion pour ne pas montrer ma faiblesse aux autres, mais c'était plus fort que moi, je me suis effondré. Certains se réjouissaient de retrouver le « bahut », moi je me morfondais, acculé à ma timidité.
Le midi, nous mangions à la cantine, et c'était un véritable gueuloir. Alors que nous mangions des pâtes qui baignaient dans l'huile, nous étions surveillé par un appariteur terrible, une véritable légende. Marouf avait la réputation d'être un ancien militaire, élevé à la dure. Il circulait entre les élève toutes sorte de légende à son propos, certain affirmait qu'il venait de la légion étrangère. Et entre certains élève et lui, il y avait comme une histoire d'affect. Entre les plus intrépides, ceux qui pissaient dans la salière et Marouf, c'était à qui serait le plus malin. A chaque fois qu'un gamin se faisait pincer, Marouf disait seulement un mot : de service. En l'occurrence, le service consistait non seulement à débarrasser les tables, mais avant de partir les fautifs étaient alignés devant un murs attendant leur punition, ils étaient condamnés à recevoir un ou plusieurs coup de cuillère sur la main. Marouf se promenait toujours avec sa cuillère fétiche, il demandait : « ta paume » et l'élève présentait sa main pour recevoir le coup. Cette technique faisait mal et ne laissait pas de trace et du point de vue de la relation avec les parents d'élève, elle était idéale. J'ai rarement été puni, mais chaque fois, cela m'a fort impressionné. Les rares fois où j'ai du essuyé des coups de cuillère, il s'agissait d'une punition collective, et je me sentais moins seuls. Les cancres, qui étaient punis seuls, me fascinaient. Ils soutenaient la douleur de la punition comme si leur fierté était en jeu. Je ne comprenait pas qu'il pussent être à la recherche de la confrontation, mais sans doute faut-il grandir dans un certain environnement familial pour bien comprendre leur mentalité.
Moi, j'étais trop sage pour être aussi drôle qu'eux, l'idée d'enfreindre les lois du collège me donnait des frissons. Mais je riais beaucoup aux plaisanteries pas très fines des redoublants, leur répartie était épatante, ils parvenaient même à faire pleurer le professeur d'histoire géographie.
J'étais bon public, et je ricanais piteusement devant tous ces méfaits que je n'oserais jamais commettre. Mon discernement dans le crime m'évita beaucoup de punitions, mais me priva aussi d'une forme de notoriété. Au collège, où la bravoure se démontre à grand coup d'éclat, je n'étais pas un acteur important. J'étais par exemple incapable de mettre des boules puantes en classe. Les blagues les plus drôles, étaient toujours commises par ceux qui n'avait rien à perdre. J'admirais leur aplomb et leur courage. Eux, qui avaient besoin d'un public, me prirent sous leurs ailes.
Mon rôle et ma place dans le monde, je ne les ai pas composés comme un acteur travaillerait son rôle. La vie n'est pas faite pour être guidée autrement que par ses instincts. Et si l'on me demandait aujourd'hui ce que je changerais à mon itinéraire, si l'on interrogeait les choix que j'ai faits à la lumière de mon expérience, je ne répondrais à cette question qu'en pure rhétorique, car en vérité, rien n'aurait pu être différent. J'en suis convaincu. Si l'on me donnais une autre vie, j'emprunterais les mêmes chemins, commettrais les mêmes erreurs et m'attarderais aux mêmes plaisirs. Pour ne pas virer au mystique disons que j'ai juste suivi la voie que m'indiquait mes gênes, et soyons honnêtes, aussi trempés qu'aient été mes brins d'ADN, la trajectoire qui fut la mienne n'a pas seulement dépendu de moi. Loin s'en faut ! La confrontation avec la réalité a largement contribué à ce que je suis.
D'abord, je suis né en France, blanc et en bonne santé, d'autre parts mes parents gagnaient correctement leur vie et m'avaient désirés, alors je veux bien admettre que j'ai eu de la chance. Je n'ai jamais connu la faim ni la guerre. Tous les besoins existentiels : manger, dormir... ne m'ont jamais tourmentés, j'ai vécu dans la profusion.. Comme beaucoup des enfants de l'opulence, j'ai grandi dans un palais doré, insouciant et peu pressé de quitter cet environnement protégé. Mon enfance est un tableau merveilleux et chatoyant, et si je n'étais pas modeste, je dirais qu'il s'agit de ma plus grande oeuvre. En toute justice, je dois d'abord remercier mes parents, car ils sont au moins aussi propriétaire que moi de ce paradis perdu. Ils m'ont protégé pour que j'en vive chaque moment sans aucune duplicité, à cette époque les rires me montaient directement du coeur à la bouche. Mon enfance ressemble au bouquet final d'un feu d'artifice, sauf qu'il arrivait au début. Ce glorieux actif est une photo magnifique qui me veille tout les jours et qui m'interroge durement lorsque chaque soir je résume la misère à laquelle s'est réduite ma journée ? Quelque part, j'ai toujours vécu sous l'ombre de mon enfance, et le temps passe comme un lent oubli des couleurs originales de la vie.
J'ai été aimé et choyé, d'aucuns trouveront sans doute que ma vie n'aura été qu'un caprice. Une promenade où le réel n'aura guère eu l'occasion de planter ses griffes. En vérité, ceux-là n'auront pas tout à fait tort, mes rêves et mes phobies ont été au moins aussi constitutifs de ma perception du monde que ne l'ont été les faits stricts et durs. Dans cet univers, les lois étaient différentes : l'expérience physique importait peu, mais les mots avaient une vocation d'absolu.
Les mots, parlons-en ! Il est indéniable que les adjectifs employés par les grandes personnes à mon égard influencèrent indirectement la construction de ma personnalité. Enfant blondinet, souriant, innocent, de l'avis général, j'étais un mignon petit garçon, mais chaque fois que j'en recevait le compliment, la remarque était assortie d'un commentaire sur ma timidité et ma réserve comme s'il s'agissait de la clé permettant de percer mon mystère. En un sens, j'avais tout pour plaire : les adultes aiment les enfants qui ne font pas de bruit. Mais si je me tenais tranquille lorsque je poussais des petites voitures sur le parquet ou lorsque j'examinais un clou rouillé., ce n'était pas à cause de mon obéissance ou d'un supposé goût de l'ordre. Simplement je n'aimais pas le bruit, même les cris des autres enfants me perturbaient.
Un peu tir au flan, à la vie en société je préférais les jupes de ma mère. Lorsque mon frère Etienne est né, elle s'est arrêté de travailler pour s'occuper de nous, grâce à lui, il n'y avait même plus besoin de sortir de la maison pour trouver un compagnon de jeu même si j'ai été un peu jaloux de son intrusion dans notre famille. Finalement, je n'étais pas si lésé. Maman me défendait bien, elle affirmait à ma place ce qui était bon où pas pour moi et je trouvais cela très commode. Elle était toujours là pour moi, lorsque je me faisais mal, lorsque j'étais contrarié, lorsque je ne dormais pas... Dans la maison, tout était sous contrôle et paisible, et c'était très rassurant de jouer dans le salon, à sauter sur le canapé, tandis qu'elle repassait le linge en regardant la télévision, j'étais alors invincible.
J'ai très tôt compris l'avantage de se taire, d'abord le silence est une manière d'économiser son énergie. Comme dit le proverbe : "qui ne dit mot consent", donc, en ne protestant pas, en laissant les événements suivre leur cours, j'avançais sans avoir besoin de politique, ni même de morale, sans m'encombrer d'aucun devoir. Le silence permet de ne pas devoir faire de choix et de se consacrer exclusivement au loisir, de toutes façon, je ne suis pas né pour accomplir une mission. Dans le fond j'étais né pour devenir artiste, sans raison, simplement pour la beauté d'exister, comme une fleur. Et pour résumer mon caractère, deux mots sont suffisant : Nombrilisme et sensibilité.
Ce n'est pas un hasard, si j'ai été un marcheur précoce : je voulais découvrir le monde et me servir de mes jambes. Je me risquais en équilibre sur deux jambes avant d'avoir atteint me première année pour aller plus loin et plus vite. Mon urgence était physique. En contrepartie de ma rapide acquisition de la motricité, mon apprentissage de la langue a été ralenti. Comparativement à la norme, j'avais du retard, mais je parvenait à mes fins en désignant du doigt ce que je désirais. Il suffisait de montrer du doigt mon biberon pour me faire comprendre, la communication ne me semblait pas une aptitude prioritaire.
Dans la classification systématique qu'utilisent les adultes pour normer le monde, j'étais rangé parmi les introvertis. La société ne m'intéressait pas, car d'autres domaines d'exploration avaient ma préférence. D'ailleurs, les personnes étrangères à mon univers m'inspiraient une forme de terreur, puisque je ne concevais pas qu'ils puissent être faits de la même matière que moi, j'avais aussi peur des autres que j'avais peur des martiens où des loup. J'imaginais difficilement qu'ils puissent être pareils et partager les même craintes et les mêmes envies que moi. En vérité, l'idée d'être commun ne m'a jamais vraiment traversé l'esprit. Ce manque d'instinct grégaire est à l'origine de mon premier souvenir.
J'ai été scolarisé à l'âge trois ans. Mes début à l'école furent naturellement difficile à cause de ma sauvagerie, mais après quelques temps j'avais pris l'habitude de mes horaires et je me résignais sans trop protester : le matin j'allais à l'école et l'après midi, je le passait à la maison avec mon frère. Nous y allions à l'école à pied en passant des petites rues, montant et descendant des escaliers dans des rues au nom de fleurs, nous traversions la rue des rosiers et suivions l'allée des acacias.
La matinée était ordinairement consacrée aux activités manuelles : Dessins, moulages et collages. Pour ma génération, permettre l'éveil des enfants était une des mission de l'enseignement. Suivant la saison, il pouvait s'agir de confectionner un pot à crayon avec un rouleau de papier toilette pour la fête des père, ou bien il s'agissait de coller du coton sur une pomme de pain peinte en rouge pour la transformer en père Noël à suspendre dans le sapin. Parfois même, pour anticiper les classes future, la maitresse nous donnait un crayon pour que nous exercer à tracer des lettres, mais j'écrivais à l'envers comme dans un miroir à cause de ma main gauche. Ma spécialité personnelle était le découpage : en me concentrant bien et en tirant la langue, j'arrivais à suivre les traits en pointillés avec un talent rare. De l'avis de l'institutrice, les gauchers parvenaient exceptionnellement à de tels exploits. Les activités artistiques et mettant à contribution l'imagination me convenaient bien : j'imaginais des lions pédalant sur des machines étranges, des girafes avec des noeuds au cou, des oiseaux aux becs baignoires. Mes visions surréalistes amusaient, intriguaient, et souvent, je devais expliquer mes oeuvres délirantes aux esprit trop cartésiens qui les observait. Pour les disciplines plus académique, par exemple, l'initiation à l'écriture était plus problématique, à cause de ma main gauche, je formais mes lettres à l'envers, comme dans un miroir. Mais la vraie difficulté de l'école, ce n'était pas de suivre les consignes. Le cadre scolaire me fournissait un support auquel me raccrocher, mais dans la cours de l'école, lorsqu'il s'agissait d'échanger avec les autres, les lois cessaient, la logique perdait prise, et je devais exister sans l'aide d'aucun pointillé.
Un jour, ma mère décida que j'avais l'âge suffisant pour passer une journée entière à l'école et ce matin, comme tant d'autre, elle m'emmenait à l'école Clairefontaine. Le drame commença l'après midi, après avoir mangé à la cantine quand je constatais que ma mère n'était pas venue me chercher comme à son habitude. Tandis que nous jouions sur la cours après le repas, dans les bâtiments de l'école les enseignantes ourdissaient un complot. Lorsque la récréation se termina, les enfants furent regroupés et dirigés vers un endroit inconnu, elle nous emmenaient vers une salle qu'on appelait mystérieusement la salle de sieste. L'endroit baignait dans un inquiétante pénombre, des lits en miniature étaient disposés en rang comme dans une salle. Sur chacun des lits, une couverture orange plié en quatre avait été déposée. Une enfilade de petits les porte manteaux sur les murs avec des autocollant marquant notre nom. Un par un, mes camarades était appelés, les aides maternelles leur enlevaient prestement leur pull-over, et accrochait méthodiquement leurs vêtements avant de les emporter pour les faire disparaître de ma vue. Mon cœur s'est accéléré, je sentais que mon tour arrivait. Des bras me saisirent. Quand je me suis aperçu qu'ils voulaient me faire dormir dans un lit qui n'était pas le mien, j'ai paniqué. La couverture me grattait, l'odeur des draps m'était inconnue, tandis qu'autour de moi, un par un, les autres enfants s'assoupissaient, leur âmes légères comme des plumes s'envolaient aspirées, évaporées, évanouies dans les royaumes de Morphée. J'entendais leurs faibles respirations parvenir jusqu'à moi. Un charme dangereux me menaçait.
Quand la porte du dortoir fut fermée, je ne perçus plus d'autre bruit que les sifflements des dormeurs. L'obscurité me décida à réagir, je me suis mis à hurler et à pleurer sans m'arrêter. Une surveillante apparut immédiatement et essaya de me calmer en me racontant des douceurs, mais je ne voulais rien entendre et refusais toute forme de négociation. Et pour réclamer une capitulation sans condition, je lançais une rébellion générale, les enfants surpris dans leur sommeil, se réveillaient sur cette musique de terreur et pleuraient à leur tour. Je criais tellement qu'elle n'eut pas d'autre choix que de m'enlever de la salle. Finalement, je me suis remis de mon cauchemar en me promenant dans la cour déserte. Le lendemain, ma mère me gardait à la maison. J'avais gagné !
Nous vivions dans un quartier populaire intermédiaire, des jeunes actifs et retraités au vie tranquille se mélangeait. Le 17 rue Jacques Amyot, là où nous vivions, donnait en fait sur une place où les enfants se retrouvaient pour faire du vélo. En recherchant dans le dictionnaire que j'ai appris aujourd'hui que ce Jacques Amyot avait oeuvré pour l'éducation nationale, mais pendant toute mon enfance, ce ne fut jamais que là où j'habitais, 17 rue Jacamiot. La plupart des maisons étaient construites sur le plan de la "maison mancelle". Étroites et verticales, elle permettaient d'accéder à la maison individuelle pour un budget accessible au jeunes ménages. Les Mancelles avaient trois étages, le rez de chaussée était utilisé pour le garage tandis que les étages supérieurs servaient à l'habitation. Notre maison avait la particularité de s'appuyer sur une butte, de sorte que pour accéder au jardin, nous montions un escalier. Les chambres se trouvaient au deuxième étage, j'y dormais avec mon frère, Etienne, dans une chambre à deux lits se superposaient.
Cet univers n'était pas bien grand, mais il suffisait amplement à nos explorations. Du haut de mes quelques centimètres de hauteur, les cent mètres carrés que totalisait notre maison nous paraissaient un vaste palais. Dans le jardin, ma mère tendait le linge pendant que je chahutais avec mon frère, je l'aidais dans son apprentissage de la marche en m'asseyant sur son dos tandis qu'il essayait de se dresser sur ses jambes. Le weekend, mon père s'occupait du petit jardin, parfois il l'arrosait et nous jouions avec l'eau, d'autres fois il fallait tondre la pelouse, c'était la fête. Mon père utilisait une tondeuse à gazon à moteur électrique, il nous défendait de nous approcher de la lame de coupe, mais nous trouvions cela très drôle de suivre la machine en chantant..
Dans le trou dans la clôture, le chat de la voisine nous observait jouer, circonspect, et l'air fâché, car nos cris l'avaient tiré de son sommeil. Ce chat taché blanc et noir, ne se laissait pas approcher, mais il nous fixait de ses yeux verts en amande, il se tenait immobile et enroulait sa queue autour de ses pattes, superbement arrogant. Dès que nous nous approchions, il disparaissait. Nous ne pouvions pas le suivre de l'autre coté de la barrière à cause des groseilliers qui nous barraient la route. La seule manière d'y parvenir consistait à aller le visiter sur son terrain, chez la voisine, alors nous pouvions le caresser en mangeant des petits gâteaux.
Mamie Pitt, baptisée du chat éponyme était pour nous une sorte de mamie de proximité, elle nous gardait parfois chez elle pour rendre service à ma mère. Nous aimions bien aller chez elle, peut-être on s'ennuyait parce qu'il n'y avait rien à faire, mais ce monde intriguait. L'après midi, comme un rituel, on allumait la télé un jeu mortifère : Les chiffre et les lettres, et je ne sais pas comment elle y parvint, mais elle réussis à nous convaincre de chercher avec elle. Chez elle, une étrange pendule entrainait sans bruit des sphères dans un sens puis dans l'autre. Elle était à la retraite, elle n'avait pas de petits fils et ses enfants vivaient loin. Tout le monde y trouvait son compte quand elle prenait le temps de jouer avec nous à une sorte de jeu de l'oie.
Chez nous, la plupart des objets intéressants étaient maintenus hors de notre portée. Pour un enfant, tout est pratiquement trop dangereux ou trop fragile. Mais en dépit des efforts de nos parents, il y avait toujours des recoins sans verrous où nous pouvions trouver l'aventure. Mes incursions se terminaient souvent du côté du garage. Dans les placards à côté de la chaudière, un fourbis invraisemblable était en sommeil. Parce que mon père était un sentimental, il conservait absolument tout : papiers, radio déglinguée, piles moitié usagée, moteur désossée et tout ce trésor était en consigne indéfinie, livré pour nous. Il y avait de quoi piocher pour longtemps dans son bric-à-brac. La boite à outils de mon père ressemblait à des LEGO pour de vrai. A portée de main, je trouvais des clous, des vis, et n'importe quelle quincaillerie. En fouillant dans les tiroirs, je trouvais des serre-joints, un rivet, un étau... J'étais particulièrement surveillé pour l'utilisation du tournevis, du marteau et la scie, mais ces interdictions ne servaient qu'à exacerber ma curiosité et je me jurais de parvenir un jour à enfoncer un clou, tout seul. Pour apprendre le bricolage, je demandais à mon père quel était le meilleur moyen d'unir deux bout de bois, car je ne voyais pas plus grande finalité que l'assemblage. Les réponses qu'ils me faisaient était souvent vaseuse à mon goût, il disait : « ça dépend de ce que tu veux faire ». Sa réponse, en l'occurrence, me déçu beaucoup car trop peu ambitieuse. J'imaginais que dans le bricolage, comme tous les arts, avait aussi son absolu. Alors, j'ai suivi ma seule conviction et commençais par apprendre à me servir le marteau. Car il était plus difficile à manier, ma logique d'enfant concluait qu'il était forcément plus efficace. Je passais des heure accroupi tentant d'enfoncer des clous sans me taper sur les doigts, souvent, la masse s'abattait sur mes ongles, je jurais et m'énervais, mais ne renonçais jamais. Mes assemblages rudimentaire formaient des avions, des bateaux. Je trouvais toujours quoi inventer.
Ma mère devait appeler plusieurs fois avant que je ne daigne m'asseoir à table pour diner. Je mangeais rapidement et retournais à mes expériences.
Pour détourner ma frénésie d'assemblage, ma mère nous a très tôt initié aux LEGO. Pour nous occuper lorsque nous apprenions à faire nos besoins en autonomie, elle nous donnait des briques à emboiter. Ainsi, nous combinions au plaisir de démouler un joli caca, le bonheur de l'ingénierie. Créant des maisons, des vaisseaux spaciaux, nous composions dans la salle de bain. Et c'était très drôle quand mes frères laissaient échapper un morceau dans le trou. Je dénonçais sans état d'âme mes frères aux doigt trop gourds : « Maman ! Guillaume il a fait tomber un LEGO dans le pot ! »
J'ai beaucoup donné à la science et mon inventivité eut parfois des prolongements dangereux, comme cette fois où je me confectionnais un parachute à partir de sacs en plastique avant de m'élancer dans le vide. La suspension était assurée par des fils de fer attachés autour de mes épaules. Même si mes projet progressais de manière scientifique, parfois, parfois mon protocole expérimental souffrait de quelques légèreté. J'avais procédé a des simulations avec mes ours en peluche, mais les résultats se sont révélés peu convainquant, cependant j'avais constaté que plus le poids était important plus le gonflage était important, et par voie de conséquence la portance était augmentée. Fort de cette observation, j'ai pensé augmenter mes chances de succès en me substituant au mannequin. C'est ainsi que je sautais du perron menant au premier étage pour tester les capacité de vol de mon invention. Heureusement, je ne me foulais que la cheville. Une autre fois, je testais les nœuds coulants en me les attachants autour du cou et en sautant de mon lit avec ajustant la longueur au plus cours. J'aimais la science au péril de ma vie !
Dans ces conditions, pourquoi serais-je aller chercher de la joie auprès des autres ? En classe élémentaire, je peinais à faire ma place car mes camarades de classe m'intimidaient. Je ne parlais guère avec eux, pour moi, ils n'appartenaient clairement pas au même monde et je les enviais néanmoins d'être si expressifs. J'avais décidé d'être un observateur de ceux-là. Même si parfois je jalousais mes compagnons d'avoir autant d'amis, comme je l'ai déjà dit, l'idée d'être commun ne me traversait pas l'esprit. Tous mes décalages enfantins trouvaient une réponse dans un imaginaire échevelé. Si j'étais vexé, je m'inventais des super-pouvoirs. Mon héros favori était un personnage de télévision nommé X-OR, il avait pour mission de défendre la terre contre l'invasion de méchants extra terrestres, les Cerex. Lorsque les monstres s'en prenaient à la population, il se transformait en justicier en revêtant une armure d'argent. Avec sa moto volante de combat appelé depuis l'espace, il éradiquait la menace en lançant son cri de guerre : « Tu l'aura voulu cerex !». Je me tranquillisais, je volais au dessus de la ville et mon amoureuse ne me résistait plus. Je croyais qu'en me concentrant suffisemment, je parviendrais un jour au exploits de X-OR. Alors, les autres n'avaient qu'à bien se tenir car un jour j'aurai ma revanche, il n'y avait donc pas de raison de parler.
Cependant, mon mutisme obstiné finit par inquiéter mes parents qui décidèrent de m'emmener voir un spécialiste. Il prirent le temps de m'expliquer que ce n'était pas grave, probablement, il craignaient de me traumatiser. Je ne compris pas bien l'objet de leur préoccupation, car je me foutais d'être différent, je le savais déjà et puis, pourquoi serait-il grave d'aller voir un scie-quatre ?
L'homme avait une plaque dorée au dessus de son interphone, il me fis asseoir dans un grand fauteuil en cuir avec des roulettes, j'étais très impressionné. Dans son bureau cossu, je regardais les cadres au murs, des fleurs en peinture et surtout un petites maquette de bateau derrière un vitrine. Pendant que j'examinais son bureau, il me posait quelques questions auxquelles je répondis rapidement. L'entretien fut bref, je du sortir à la fin pour qu'il parle à mes parents. Il informait mes parents qu'il ne détectait rien d'anormal dans mon comportement. Ceci les rassura, mon silence n'était donc pas un maladie, mais une simple manière d'être.
Le travail des adultes me paraissait mystérieux et intrigant. À l'école, chaque fois que la maitresse demandait aux élèves le métier de nos papas et mamans, j'étais bien embêté, je savais que ma mère ne travaillait pas, mais je ne parvenais jamais à me rappeler la profession de mon père. Il me fallait quelques instants pour m'en rappeler approximativement, et dire qu'il était « concert confiscal » mon approximation devait faire rire les adultes (il était conseiller fiscal). J'avais ouï dire qu'il s'agissait de rencontrer des clients et de faire des calculs sur l'argent... enfin, son métier demeurait assez flou pour moi dont le l'univers se restreignait à l'école, les copains et les jeux. Qu'aurais-je pu prendre au sérieux à part cela Je n'étais donc pas préoccupé de savoir à quoi correspondaient les activités d'adultes et sans investigation elles me restaient obscure. Je me suis très rarement rendu à son bureau de la rue Bollée. Parfois au retour de l'école, mon père s'y arrêtait pour y prendre un document pour travailler le soir. À ces seules rares occasions, je pouvais apercevoir le monde du travail. Dans cet univers circulaient des messieurs bien habillés. La moquette dans les couloirs m'impressionnait, des cendriers à plateau centripète se trouvaient dans chaque bureau, en attendant que mon père retrouve son « dossier », je les testais un à un : une pression sur un bouton central actionnait un plateau qui se mettait à tourner, la force centrifuge faisait disparaître la cendre dans le compartiment du bas, j'étais fasciné. Une secrétaire me demandait d'arrêter de toucher parce que c'était sale, mais j'avais du mal à résister. Mon père me dit de m'asseoir. J'admirais alors le fauteuil à roulettes. Celui-ci, à la différence de la chaise Mickey de ma chambre, roulait parfaitement, j'étudiais les calculatrices à rouleau, etc. Dans cet univers les grandes personnes évoluaient dans des décors de rêve et il y avait tellement de choses à toucher que je ne savais pas où donner de la tête. Il me paraissait étrange que les grandes personnes puissent conserver ce sérieux irréprochable au milieu de cette multitude de jouets amusants. Concrètement, je savais que mon père partait le matin avec un costume, et qu'il revenait le soir, se disant souvent fatigué. Arrivé à la maison, il parlait avec ma mère pendant le diner. Dans ses histoires, il était toujours question de clients, de collègues et de dossier. Un certain Méléard, une certaine Madame David, étaient les personnages récurrents de ce théâtre d'ombres.
À la fin du repas, on regardait les « infos » à la télé. Ce rituel n'était pas négociable. Mon père affirmait que c'était le seul moment de détente de sa journée, je sais aujourd'hui que ce n'était qu'un prétexte puisqu'il a conservé cette tradition alors qu'il est à la retraite. Je m'asseyais entre ses jambes et je lui tirais les poils en suçant mon pouce. Dans le poste de télévision, un homme cravaté annonçait quotidiennement les drames du jour. Je m'intéressais surtout au générique qui défilait en image de synthèse ; on y voyait une mappemonde s'enrouler autour d'elle-même pour former un globe. J'essayais de me concentrer pour comprendre ce qu'il y avait de si intéressant à ces nouvelles. Mon père captivé, ne disait rien et nous demandait de nous taire quand nous jouions trop bruyamment.
Pour mes parents, mes professeurs, mon inclination à le rêverie éclairait beaucoup de mes comportements et ma réputation me précédait comme une aura. Loin de me déplaire, j'en étais assez fier de mon étiquette de distrait. Elle me donnait le droit au silence et à la non-justification. D'un point de vue strictement pratique, ma qualité de rêveur m'autorisait à me comporter comme un aristocrate, sans me soucier du vulgaire quotidien. Et comme tout aristocrate, il me fallait des domestiques, mes parents me servaient de secrétariat, il géraient les contingences. Au rêveur-timide, les adultes pardonnent souvent et facilement. Ma distraction, ma saleté et mon désordre faisaient partie des indulgences ordinaires. Lorsque je rendais des copies où l'encre bavait sur toute la feuille, j'étais quitte pour une gentille semonce et un roulement des yeux au ciel, "Ah, c'est un rêveur...". C'était tout. Jamais mon système n'a été remis en cause de front et dans les cas de remontrances plus sévères, il me suffisait de pleurer et l'on m'affranchissait. Peut-être certains professeurs virent-ils clair mon jeu, mais il ne parvinrent jamais à le contrer.
Ma timidité ne se discutait pas, elle était une caractéristique essentielle de ma personnalité. Conforté dans une logique inéluctable, mes faibles talents sociaux se sont rapidement atrophiés. Tout comme un aveugle apprend à vivre sans voir, j'ai appris à vivre sans communiquer. Sous le double parapluie de l'innocence et de la timidité, je devenais grossier sans le savoir, fuyant les salamalecs, je pratiquais la politique de l'autruche, la tête dans le sable, je me cachais pour échapper aux bisous baveux des mamies et des tantes. Je ne trouvais aucune corvée plus horrible que celle de jouer le brave garçon. Je me sentais mal à l'aise lorsqu'il fallait remercier. Mes parents me poussaient : « va embrasser untel et lui dire merci, alors je m'exécutais, raide comme un piquet. » Les adultes semblaient si préoccupé d'avoir l'amour d'un enfant, que je ne parvenais pas à négocier ce point ! Je développais toute sorte de stratégies pour éviter ces pénibles effusions. Par exemple, au moment de dire au revoir dans les réunions de famille, je m'éclipsais discrètement et je me réfugiais près de la voiture et m'asseyais en attendant que mon père mette le contact et que nous partions au large.
La liste exhaustive des bénéfices tirés de ma fonction de timide est difficile à dresser car elle est trop longue. Elle me permit notamment de ne pas faire de compétions de judo et de ne pas partir en colonie de vacances, etc. Je compensais ce peu d'échange extérieur en développant un univers intérieur riche. Quand mes frères aimaient s'étourdir, sauter, courir après le repas, j'aimais aller doucement, et réfléchir. Mon caractère s'accommodait très bien aux virtualités de l'esprit. Mon imagination, plus fertile qu'une terre grasse, produisait sans relâche toute sorte de choses iconoclastes et hétéroclites. Inventant dans toute les directions, je me suis rapidement trouvé encombré de tout un bazar de pensées, connectées, emmêlées entre elles. Je ne prenais jamais le temps de démêler mes idées, car cette réorganisation aurait impliqué une pause dans l'innovation que je refusais absolument. Je n'avais de toute façon aucune aptitude au rangement. Dès lors qu'il s'agissait d'y mettre de l'ordre, j'éprouvais de vives difficultés. Continuellement, j'égarais mes devoirs, mes jouets, mes crayons.... Je ne m'inquiétais pas, de toute façons, les conséquences pratique de ces oublis échoyaient invariablement à mes parents. Jurant que ce serait leur dernier effort, ils se chargeaient tout de même de retrouver les objets perdus, les devoirs en retard.
J'aimais les livres qui traitaient des volcans, des châteaux-fort, des planètes, des livres pour la science remplis images. J'étais d'autant plus assidu à ces études que mes parents semblaient apprécier cette passion. Ce n'étais jamais un problème pour se faire offrir un livre. Il y avait des collections : une série de livre verts, traitant de la nature, une série de livre rouge traitant de l'histoire, et une série de livre bleu parlant de technologie que j'appréciais particulièrement. Je les ouvrais régulièrement en regardant sur le quatrième de couverture, les titre qui me manquaient pour compléter ma collection. Je m'efforçais de retenir les informations, j'y mettais plus cœur que pour apprendre mes leçons, car je me sentais libre. Autant que me permettaient les désordres de mon imagination, je tentais de bien travailler à l'école, mais mon manque de rigueur condamnait mes efforts.
Je faisais mes devoirs avec coeur et envie, mais l'école ne me plaisait pas pour autant. Par dessus tout, la rentrée des classe me terrorisait. Après la trêve de l'été, elle déclenchait chez moi une angoisse insondable. Et chaque début du mois de septembre, équipés de nos nouveaux cartables, nos stylos, nos tubes de colle flambants neufs, succédait le jour tant redouté. Chaque fois qu'arrivait le mois de septembre, je revivais le même cauchemar. Sous les tilleuls, une foule d'élèves piaffait d'impatience de retrouver ses amis, ses jeux, le joyeux chahut. Je me tenais un peu à l'écart, incapable de me jeter dans dans l'arène et de lâcher la main de ma mère. Je ne parvenais pas à réprimer les gros sanglots qui me montaient dans la gorge. Puis, je cherchais l'enfant qui pleurais plus que moi, mais il n'y en avait pas. La réalité massive et brutale me rattrapait. Le triomphe de certains de mes camarades si heureux de retourner travailler pointait cruellement une différence fondamentale entre moi et eux. L'idée de revoir les copains et de jouer aux billes ne m'animait guère. Je préférais la table du jardin où je dessinais durant les grande vacances. L'école marquait la fin de la liberté.
De fait, mes amis avaient un talent social plus développé que le mien et mon point d'entrée dans le groupe passait par le sésame du « meilleur copain ». En école primaire, Pierre-Yves était le nom de mon Sésame. Pierre-Yves était mon acolyte pour à peu près tout et quand par malheur il n'était pas disponible, je restais paralysé, incapable d'entreprendre les actions que je laissais en sous-main à mon associé.
Son père était architecte, et j'enviais sa réussite : il avait la belle vie, une console vidéo et de l'argent de poche. Le soir en rentrant chez lui, il s'achetait chez le marchand de journaux des images autocollantes, des bonbons et des billes. La richesse de sa famille était clairement démontrée par le jeu de fléchette dans sa chambre. Je passais quelques mercredi après-midi chez lui, nous jouions aux fléchettes et à la console vidéo. Dans la cour de récréation, il me donnait un peu de ses bonbons. A l'école, je contractais chaque jour de nouveaux emprunts à Pierre-Yves pour démarrer ma journée de billes que je perdais immédiatement faute d'entrainement.
Pas doué non plus au foot, je restais parmi les derniers, attendant que le capitaine de l'équipe me choisisse, il m'assignais gardien de but. Le monde se dessinait en bas relief dans la cours de l'école : certains avaient la fibre marchande, d'autres aimaient la lutte, les cowboys et indiens, quant à moi, je me contentais de mon savoir faire : je rêvais !
Avec mon frère Étienne, nous espérions devenir constructeur de Lego professionnel. Mais bien sur, j'ai eu d'autres vocations, j'ai, tour à tour, voulus être mathématicien, physicien, puis pilote d'avion. Les mercredis après-midi, je dessinais des engins, en m'inspirant des mes livres illustrés. Je m'étais fixé pour objectif de construire une machine à mouvement perpétuel et créer l'énergie à partir de rien . Je relus souvent les paragraphes qui exposaient les principes d'un tel mécanisme. L'encyclopédie prétendait qu'il était impossible d'inventer une telle machine. Les frottements, les déperditions thermiques et d'autres obscures raisons condamnaient l'entreprise. Je ne désarmais pourtant pas, les savants avaient du se tromper dans leurs calculs et peut-être même, pensais-j, qu'Einstein en affirmant que l'énergie se conservait s'était fourvoyé. J'allais devenir l'homme du siècle. J'enchaînais les dessins, Ma mère un peu désabusée, confirmait nonchalamment les affirmations du livre : « Il n'existe pas de machine à mouvement perpétuel ». Mon père seul, affirmait qu'il valait la peine que j'y réfléchisse. Alors, je réfléchissais...
Cette passion pour la technique et des sciences ravissait mes parents. Dans notre famille, l'éducation scientifique était prioritaire. Nous vivions dans le mythe d'une intelligence scientifique et métrée, quantifiée précisément par le QI, le quotient intellectuel, et quoiqu'il admettaient volontiers qu'il y eu une part d'inné dans les disposition d'un esprit à l'abstraction, toutes les initiative ludiques qui aiguisaient ces facultés étaient encouragées. Lorsque nous partions en vacances, nous emmenions des cahiers de jeux qui n'étaient rien plus ni moins que des devoirs présentés sous une forme ludique. Pendant les longs trajets en voiture, nous répondions à des questionnaires testaient nos connaissances pour nous amuser. Ma mère ne plaçait aucune vertu au dessus de l'intelligence. Le soir à table, nous parlions avec déférence des gens intelligents : des astronautes et des polytechniciens. Inlassablement ma mère faisait de la publicité pour « voie royale ». Elle en étais sure, avec un diplôme d'ingénieur en poche, nous pourrions faire tout ce que nous voudrions. Au crédit de mes parents, cet élitisme n'était guère original en ces temps là. Aucun parents n'aurait abandonné sans remords ses enfants au sort des ouvriers, ou pire, des paysans. Personne ne doutait que l'avenir ne s'ouvre qu'à la matière grise.
Je grandis bercé de ces illusions positivistes. Insidieusement, une compétition s'instaurait dans la fratrie, nous comparions notre classement et nos résultats, et je me sentait menacé si je n'atteignait pas la tête de classe, cependant, je n'ai pas été premier de la classe car trop brouillon. Au final, mon snobisme intellectuel, me permis de surmonter ma privation de bonbons et d'images autocollantes. Mes parents déployaient beaucoup de moyen pour nous enrichir. Dès ma sixième années, je commençais à étudier le piano auprès d'une soeur du couvent qui gérait l'établissement. Je faisais mes gammes et toutes sorte d'exercices horriblement ennuyeux et si soeur Alice Marie constatait des progrès, elle me récompensait en me donnant une noisette. Je n'aimais pas les noisettes, mais toutes récompense était bonne à prendre. Plus tard, dès le CE2, ma mère qui avait fini par désespérer de me convertir au sport, m'inscrit à un cours de dessin. Suivant les recommandation de mon institutrice, je me suis rendu à l'atelier de Bertrand Thomas. Il travaillait dans une maison sombre du vieux Mans, et pour arrondir ses fins de mois, il enseignait les dessins à de jeunes élèves. Son repaire était un sombre atelier d'où transpirait l'art. J'étais le plus jeune de ses élèves, aussi je me pliais à ses exercices de manière scolaire, mais d'autre élèves plus anciens s'amusaient à créer des jeux.
A l'école primaire Notre-Dame, lorsque j'atteins l'âge de 10 ans ma scolarité devint plus routinière et je me sentais plus assuré. Je jouais au loup, j'avais même appris à sauter à l'élastique pour jouer avec les filles. Sur le tableau, la maitresse écrivait le cours qui nous recopiions en silence, parfois on nous distribuait des polycopiés qui sentaient bon l'alcool. Les années se succédaient, les rentrées devenait moins pénibles.
Mais quand je suis entré en classe de sixième, il fallu tout recommencer. Je me souviens encore de ma rentrée au collège Saint Joseph, nous étions rassemblés sous le préau, des tableaux d'affichage nous donnaient nos affectation aux classes, mais j'étais trop impressionné pour comprendre quoique ce soit d'accessible. Les proportions changeaient, l'environnement devint hostile, la mer des élèves grondaient, et parmi ceux qui avaient effectués leur scolarité dans ce bâtiment, je faisais figure de provincial. Deux arbres plantés au milieu de la cours énorme fournissait la seule verdure pour égayer le béton. J'ai tenté de contenir mon trop plein d'émotion pour ne pas montrer ma faiblesse aux autres, mais c'était plus fort que moi, je me suis effondré. Certains se réjouissaient de retrouver le « bahut », moi je me morfondais, acculé à ma timidité.
Le midi, nous mangions à la cantine, et c'était un véritable gueuloir. Alors que nous mangions des pâtes qui baignaient dans l'huile, nous étions surveillé par un appariteur terrible, une véritable légende. Marouf avait la réputation d'être un ancien militaire, élevé à la dure. Il circulait entre les élève toutes sorte de légende à son propos, certain affirmait qu'il venait de la légion étrangère. Et entre certains élève et lui, il y avait comme une histoire d'affect. Entre les plus intrépides, ceux qui pissaient dans la salière et Marouf, c'était à qui serait le plus malin. A chaque fois qu'un gamin se faisait pincer, Marouf disait seulement un mot : de service. En l'occurrence, le service consistait non seulement à débarrasser les tables, mais avant de partir les fautifs étaient alignés devant un murs attendant leur punition, ils étaient condamnés à recevoir un ou plusieurs coup de cuillère sur la main. Marouf se promenait toujours avec sa cuillère fétiche, il demandait : « ta paume » et l'élève présentait sa main pour recevoir le coup. Cette technique faisait mal et ne laissait pas de trace et du point de vue de la relation avec les parents d'élève, elle était idéale. J'ai rarement été puni, mais chaque fois, cela m'a fort impressionné. Les rares fois où j'ai du essuyé des coups de cuillère, il s'agissait d'une punition collective, et je me sentais moins seuls. Les cancres, qui étaient punis seuls, me fascinaient. Ils soutenaient la douleur de la punition comme si leur fierté était en jeu. Je ne comprenait pas qu'il pussent être à la recherche de la confrontation, mais sans doute faut-il grandir dans un certain environnement familial pour bien comprendre leur mentalité.
Moi, j'étais trop sage pour être aussi drôle qu'eux, l'idée d'enfreindre les lois du collège me donnait des frissons. Mais je riais beaucoup aux plaisanteries pas très fines des redoublants, leur répartie était épatante, ils parvenaient même à faire pleurer le professeur d'histoire géographie.
J'étais bon public, et je ricanais piteusement devant tous ces méfaits que je n'oserais jamais commettre. Mon discernement dans le crime m'évita beaucoup de punitions, mais me priva aussi d'une forme de notoriété. Au collège, où la bravoure se démontre à grand coup d'éclat, je n'étais pas un acteur important. J'étais par exemple incapable de mettre des boules puantes en classe. Les blagues les plus drôles, étaient toujours commises par ceux qui n'avait rien à perdre. J'admirais leur aplomb et leur courage. Eux, qui avaient besoin d'un public, me prirent sous leurs ailes.
L'aventure s'arrête là où IKEA commence
Dans la vie d'une homme il y a un moment où les choses basculent, ou le monde des possible se contracte brusquement pour ne laisser plus qu'une seule possiblité : filer droit ! Cela se produit en règle général sans que l'on s'en rende compte. Un samedi ordinaire fait bien l'affaire, ealors qu'on est en train de faire ses courses à IKEA et que l'on choisi la couleur de ses papiers-peints. L'irréversible s'est produit et désormais il n'est plus question de faire demi tour. Je viens de franchir cette douloureuse étape où le rêve d'autre vies bascule dans le mensonge. Je m'y suis progressivement accoutumé, déjà je ne suis plus torturé par la constatatation dramatique que toute les choses qui commencent ont nécéssairement une fin. Alors, c'en est définitivement terminé de ma jeunesse folle. Le bricolage à l'intérieur de la maison m'accapare et il ne me coute plus autant de ne plus ne plus voir le jour pour me concentrer sur la transformation de mon bien. Ainsi, voici plus d'une semaine que je n'ai pas écrit une seule ligne.
Cela s'est produit cet après midi alors que j'allais chercher des outils pour notre nouvel appartement. Nous avons du refaire toute l'électricité de l'appartement et la choses s'est révélée plus compliquée que prévue.
Cela s'est produit cet après midi alors que j'allais chercher des outils pour notre nouvel appartement. Nous avons du refaire toute l'électricité de l'appartement et la choses s'est révélée plus compliquée que prévue.
Petit conseil à une grande personne
« L'avantage d'être grand, c'est premièrement de pouvoir prendre le chocolat en haut de l'armoire sans avoir à demander la permission. Ensuite, quand on est grand, on peut conduire une voiture, et quand il n'y a pas de feux rouges, on peut aller très vite. Et puis surtout, les grands n'ont pas de devoirs à faire quand ils rentrent chez eux. Ils font tout ce qu'il veulent parce qu'ils ont des sous et avec peuvent s'acheter plein de bonbons.
Les grands ils font tous ce qu'ils veulent, personne ne les oblige à rien faire, c'est pour ça que je suis pressé d'être grand. »
D'ici quelques années, tu me feras probablement ce rappel utile sur ma condition privilégiée, la logique de ce raisonnement, en effet, semble implacable : « plus on vieillit, plus on est libre ». La réalité résiste pourtant solidement à cette séduisante évidence. Mon expérience est en effet contraire, je me sens devenir de plus en plus esclave de ma propre vie, non que mes possibilités soient devenues limitées par des contraintes physiques, mais une sorte d'autocensure me tient dans une prison morale, et je me suis mis en demeure d'assumer mes responsabilités, d'accomplir une trajectoire : professionnelle, sentimentale, etc. En somme, il faut plus parler d'esthétisme que de libre arbitre. Ton arrivée ne fait qu'accentuer ce sentiment de renonciation, ce brusque raidissement du fil du destin parait nous emmener tout droit vingt ans après, comme une autoroute qui ne connaît plus les chemins de traverse.
Je le ressens surtout le matin, lorsque je traîne mes savates au travail, quand je me laisse aspiré tel un vaincu dans la bouche de métro, in fine gangrené par le train-train, j'accepte qu'on me juge sur ma production à la manière d'une machine. Aux yeux de Dieu et des enfants, je suis effectivement un hérétique. N'est-il pas fou, celui qui croit qu'il a mieux à faire que de gamberger ? N'est-il pas déglingué, celui qui s'emploie à être sérieux ? N'est-il pas déjà mourant, celui qui ne songe qu'à son devoir ?
Évidemment, peut-être... je n'en sais rien... à trois ans tu le sauras mieux que moi... Ces cinglés sont si nombreux que je me garderai cependant de les appeler anormaux.
Probablement aussi, l'âge me lasse de la Liberté -- cette grande idée – à force d'en avoir trop jouit, et je finis par m'en distraire autant que le ferait des cocottes en papier. Alors, quand je serais vieux, quand je m'achèverais à coup de mots croisés et de télé, pensant n'avoir été ni pire, ni meilleur que les autres, tu me diras encore, comme c'est grand la vie, combien de kilos de bonbons je pourrais me payer avec un mois de salaire, et j'aurai réussi, grâce à toi à agrandir la mienne, de vie.
Les grands ils font tous ce qu'ils veulent, personne ne les oblige à rien faire, c'est pour ça que je suis pressé d'être grand. »
D'ici quelques années, tu me feras probablement ce rappel utile sur ma condition privilégiée, la logique de ce raisonnement, en effet, semble implacable : « plus on vieillit, plus on est libre ». La réalité résiste pourtant solidement à cette séduisante évidence. Mon expérience est en effet contraire, je me sens devenir de plus en plus esclave de ma propre vie, non que mes possibilités soient devenues limitées par des contraintes physiques, mais une sorte d'autocensure me tient dans une prison morale, et je me suis mis en demeure d'assumer mes responsabilités, d'accomplir une trajectoire : professionnelle, sentimentale, etc. En somme, il faut plus parler d'esthétisme que de libre arbitre. Ton arrivée ne fait qu'accentuer ce sentiment de renonciation, ce brusque raidissement du fil du destin parait nous emmener tout droit vingt ans après, comme une autoroute qui ne connaît plus les chemins de traverse.
Je le ressens surtout le matin, lorsque je traîne mes savates au travail, quand je me laisse aspiré tel un vaincu dans la bouche de métro, in fine gangrené par le train-train, j'accepte qu'on me juge sur ma production à la manière d'une machine. Aux yeux de Dieu et des enfants, je suis effectivement un hérétique. N'est-il pas fou, celui qui croit qu'il a mieux à faire que de gamberger ? N'est-il pas déglingué, celui qui s'emploie à être sérieux ? N'est-il pas déjà mourant, celui qui ne songe qu'à son devoir ?
Évidemment, peut-être... je n'en sais rien... à trois ans tu le sauras mieux que moi... Ces cinglés sont si nombreux que je me garderai cependant de les appeler anormaux.
Probablement aussi, l'âge me lasse de la Liberté -- cette grande idée – à force d'en avoir trop jouit, et je finis par m'en distraire autant que le ferait des cocottes en papier. Alors, quand je serais vieux, quand je m'achèverais à coup de mots croisés et de télé, pensant n'avoir été ni pire, ni meilleur que les autres, tu me diras encore, comme c'est grand la vie, combien de kilos de bonbons je pourrais me payer avec un mois de salaire, et j'aurai réussi, grâce à toi à agrandir la mienne, de vie.
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