dimanche 27 avril 2008

jeudi 24 avril 2008

Grosse fatigue

L'autre jour j'ai cru que tu souriais, mais ce devait être un hasard musculaire ou une erreur d'interprétation, car depuis une semaine, tu n'as jamais renouvelé ton exploit, aucune esquisse de bonheur ne s'est plus revue sur ton visage. Du point de vue extérieur, tu es une machine : tu manges, tu dors, tu pleures et tu crottes. Il n'y a guère que ta souffrance et la violence de ton expression qui rappellent que tu es en vie. La faim, la fatigue et ce corps qui te fais mal mais qui ne sert à rien sont ce qui t'anime, alors ta vie commence comme une longue plainte.

Je m'étais posé, quand j'étais triste, la question que tu te poses probablement en ce moment Pourquoi avait-t-il fallu que ce fut moi, cette ovule et ce spermatozoïde ? Si ces deux là ne s'étaient pas rencontrés, je me serais épargné pas mal de souffrance, même en comptant les quelques bonheurs perdus, l'un dans l'autre, je n'aurais pas perdu grand chose à l'affaire. Ce sont là des questions absurdes, car il est trop tard pour se le demander, mais l'on s'en veut parfois d'avoir été le premier. Les spermatozoïdes qui ont perdus la courses n'ont certes pas été les premiers mais ils auront eu une belle promenade.

A ton tour César de te demander pourquoi il faut nourrir ce corps si lourd. Tu restes débile, tu attends là où l'on t'a mis, dans ton berceau, sur le transat, dérivant de bras en bras, sans aucun contrôle, aucune liberté n'est à ta portée, tu manges ce qu'on te donne. Ce n'est guère que lorsque tu dors que l'on peut apercevoir sur ton visage un peu de sérénité, lorsque tu oublies le réel et regagnes l'ordre épars du royaume de Morphée, alors seulement nous voyons de la douceur sur ton visage. Le reste du temps, tel une bombe à rettardement, nous devinons anxieusment ton explosion iminente, tu trépignes continuellement comme quelqu'un qu'on a roulé. Celui qui voulait vivre se retrouve pieds et point liés dans son berceau et tu fronce les sourcils furieusement.

Pour nous également, l'accumulation de fatigue se fait sentir, Cristina commence à perdre patience et parfois pense à te jeter contre les murs, de mon côté, je n'ai qu'une hâte, partir travailler et m'éloigner de toi et ton angoisse existencielle. Les premiers mois, heureusement s'oublient, les enfants et les parents savent bien oublier les temps difficiles.

dimanche 20 avril 2008

Ce qu'on doit à la vérité

« Tous les bébés sont différents. » Telle est l'universelle conclusion de parents qui échangent leurs expériences respectives. Cette manière polie permet d'abréger ces conversations qui, de toute façon, ne peuvent rien affirmer de valable. En faits, aucun conseil, aucun procédé n'est garanti dès lors qu'il s'agit de bébés. Alors, le flou doit se ménager, car les stratégies à adopter face à ces petits monstres sont éminemment polymorphes. Nulle méthode d'endormissement n'est fiable à 100%, aucune théorie d'alimentation ne fonctionne à tous les coups et rien n'est à croire, tout est à expérimenter ! Et dans cet océan de prudences, les mamies sont probablement les seules à n'être pas avares d'analyses et de solutions, puisque cela leur donne l'occasion de participer plus activement au maternage. Face aux nombreux questionnements que nous avons, les pédiatres sont en première ligne et doivent faire preuve d'autant de psychologie que de science médicale, leur métier est d'expliquer inlassablement aux mères que leur enfant n'est pas aussi fragile qu'elles le croient, et que leur poupon n'entrera jamais tout à fait dans la causalité rassurante qu'elles aimeraient, et il se doivent de broder un charmant discours ménageant son petit patient et tout autant que la nervosité de la mère. À propos du nez bouché de César, notre médecin déclara par exemple : oui, cela peut se produire, essayez ce produit et vous verrez...
Un bébé n'est pas une machine. Hélas ! Il n'existe aucun chemin balisé, l'apprentissage se fait jour après jour. Cela est d'autant plus vrai que les différentes relations existantes entre un fils et ses parents sont à multiplier par le nombre de différents caractères et mode de vie des parents. Tout « a priori » est donc inutile.
Cet élégant raisonnement que je me suis fait ne m'a pourtant pas totalement libéré de la masse des prêts-à-penser, ni des raisonnements parfois spécieux véhiculés par la conscience collective. En tête de ces poncifs, revient souvent le fameux : « Le bébé passe avant tout ». Depuis que ta mère l'a pris pour devise, j'ai du mal à modérer de cet absolutisme dangereux, car je vais à l'encontre d'un puissant marketing, j'ajoute que la nuance est difficile à argumenter avec une valise suspendue à chaque paupière. Difficile de dire, par exemple, que jusqu'à présent tu n'as eu de cesse d'alourdir notre train-train quotidien. Penser cette vérité, pourtant évidente, paraît grossier et presque immoral, l'avouer est encore plus incongru. Par exemple, une fois que je m'étais ouvert de ceci à des gens qui n'ont pas eu d'enfants, ils me demandèrent d'un air affligé : « Mais tu ne voulais pas d'enfants ? ». Cela m'a profondément vexé, et je me demande jusqu'à quand encore j'en resterais à la version authentique, c'est-à-dire celle pas revue et corrigée avec le filtre de du temps, une fois que j'aurai pris du recul. Heureusement, lorsque je vois sourire les autres jeunes parents, qui me voient si désemparé et je me rassure : les enfantillages ne sont une sinécure que pour ceux qui n'ont pas d'enfant.
Par opposition à ceux qui potassèrent leur sujet dans les livres avant la naissance de leur enfant, j'adopte une stratégie minimale et naturelle, j'apprends sur le tas et me félicite de n'avoir rien anticipé de cet inimaginable changement. Je ne m'astreins pas à ton rythme par décret, sinon par usure. Seule l'érosion lente de mes habitude m'entraîne progressivement vers une vie industrieuse, et je devient contraint aux vicissitudes ménagères. Nous organisons désormais tout autour de toi.
Les optimistes – c'est-à-dire ceux qui refusent les signes du réel -- analysent un dysfonctionnement comptable à ma balance bonheur et s'étonnent que je ne sois pas un plus positif à ton endroit, comme si tu étais un morceau de bonheur à ajouter à un inventaire, mon bilan d'après eux n'est pas complet. Ces faux calculs m'agacent et à la fin veut-on te transformer en investissement : tu n'es ni un morceau de bonheur, ni non plus un morceau de malheur, ni un pari sur l'avenir, ni une extension de moi même. Tu n'es pas à mettre dans une balance où l'on compterait les bénéfices et où l'on soustrairait les inconvénients. Tu es mon fils et c'est, à vrai dire, ma seule certitude.
Le problème est que je souffre essentiellement d'un défaut d'imagination, ni capable de t'imaginer me donnant la répartie, ni capable de profiter de toi et t'habiller comme une poupée qui va à la messe, et il se trouve aussi quece n'est pas non plus mon plaisir que de te changer tes couches. Alors, je patiente.

Last minute

Je m'apprêtais à écrire un autre article sur la condition de nouveau né, une autre lamentation d'un homme fatigué, quand un flash est tombé sur mon téléscripteur. L'événement s'est produit ce matin, vers six heures trente. Je rejoignais le lit conjugal pour ne pas avoir l'air de déserter totalement ma fonction, ta nuit avait été calme -- c'est l'écho que j'en avait eu à travers la cloison de ta chambre – tu étais allongé à prendre ton petit déjeuner au sein, et je t'ai vu sourire. Haléluiah, enfin ! Tu as enfin trouvé dans cette vie une raison de sourire.
Cette nouvelle ne peut que nous réjouir tu les deux, quelle injustice cependant tu venais de commettre en me souriant à moi ! Pour son dévouement, Cristina aurait mieux mérité que moi ce genre de palme. Tu es certes logique dans ta démarche, car tu vois ta mère en permanence, souvent fatiguée, et sans doute manger est bien utile, mais ce n'est pas drôle. Le rôle du père est plus simple, il amuse et se montre pour essayer de se rendre utile. En ce monde, il faut apprendre que le sacrifice ne paie pas. Bah ! Ce n'est que la dure loi des femmes et dans la prochaine vie Cristina sera un homme, elle l'a promis.
Cela m'amène à mon autre article à propos de Cristina. Depuis que tu es né, elle semble être entrée en religion et ne sort plus guère de son couvent, l'analyse de tes cris est devenue l'unique science qui distrait ses journées. Je suis surpris par l'absolu sérieux avec lequel elle prend sa fonction maternelle, se rendant responsable de tout ton univers. Elle te pardonne tout, et elle exige beaucoup d'elle même, m'expliquant même que tu ne sais pas dormir, ni même être heureux ! Certes, tu n'as qu'un mois et je reconnais qu'avec ce délai, tu n'as pas eu énormément de temps pour apprendre, mais quant à ne pas savoir dormir !! Ne pourrions nous pas te laisser apprendre seul ?

Je crois qu'il faut te laisser découvrir ces choses par toi même, car considérer qu'il n'existe rien de naturel chez toi, revient à t'assimiler à un produit où une machine. Premièrement, c'est peu connaître l'homme de le croire rationnel, a fortiori lorsqu'il vient de naître, et puis, surtout il est impossible. de considérer toutes les entrées et les sorties de ton système, les causes et les effets. Caca, pipi, jour, nuit, froid, chaud. Et malgré l'apparente simplicité de ton interface, nous ne sommes pas loin de te considérer comme une machine parfaitement chaotique, notre seule certitude est que lorsque tu dors : il faut te laisser dormir. Et quand je pense que ta simplicité n'est pas faite pour se simplifier, je tremble !

C'est un fait, depuis que tu a quitté son ventre, elle ne peut plus supporter tous tes malheurs. Mais l'apprentissage de la séparation est difficile, pour la mère comme pour le fils.

mardi 15 avril 2008

Plénitude (instants de répit)


Dernière indépendance

Les deux premiers mois, parce que ta chambre se trouvait à l'autre bout de l'appartement et que ta mère trouvait plus commode de t'avoir près d'elle pendant la nuit, tu dormais près de notre lit. Pendant ce temps, comme je continuais de travailler, je devais ménager mon sommeil. Pour ne pas trop souffrir de tes crise nocturnes, je me suis installé dans ta chambre sur un matelas à même le sol. Je recouvrais ainsi mon ancienne condition de célibataire dans une ambiance spartiate. J'appréciais le retour à ce confort d'étudiant, sentir le parquet froid, entendre le bruit de la rue, ne pas même fermer le volet... en réalité, j'ai la désagréable sensation de m'enfoncer dans le luxe fat des quadragénaires. Depuis que tu es né, ce destin est devenu fatal. C'est sans doute pour cette raison, que cette dernière indépendance me rafraîchit.
Alors, je suis seul dans ma chambre et je découvre à nouveau ce luxe inédit de pouvoir allumer la lumière au milieu de la nuit pour pouvoir lire. J'éprouve du bonheur à n'avoir rien à penser dans l'ordre, de ne pas avoir à répondre à aucune question d'intendance dans ma couche et adopter toute les formes qu'il me plaît pendant mon sommeil. Et je songe avec un certain regret à cette époque où j'étais libre, parce que j'ai la certitude, cette fois, que ce temps ne reviendra pas.
Avec Cristina, nous vivons actuellement comme deux collocataires, nos vies s'interfèrent surtout devant le frigo, et quoique nous essayons de ne pas délaisser totalement les attentions que nous avions l'un pour l'autre, nous sommes bien trop vasouillard pour faire preuve d'un romantisme digne de ce nom. Nous nous abandonnons au folklore amoureux de papa et maman, vestige d'une glorieuse époque : « As-tu passé une bonne journée, mon amour ? » etc. etc. Nous nous parlons surtout au dîner, quand tes caprices nous l'autorisent, mais alors ce ne sont jamais des discussion profondes : ni des projections dans le futur, ni des ressacs nostalgiques : rien que le strict minimum qui permet la convivance. En attendant, et jusqu'à ce que tu fasses tes nuits, ce n'est plus de l'amour, c'est du somnambulisme. Tout est clair et naturel, loin de l'idylle sophistiquée que les publicitaires voudrais nous faire avaler.
Évidemment, je pourrais mettre un peu plus de grâce pour expliquer ce virage à négocier. Commencer par mettre une de tes photos en fond d'écran au travail, ne plus écrire d'articles au vitriol, brosser le décor sur fond d'ours en peluche, te faire des gouzous-gouzous et surtout être fier de mon fils... comme tout le monde. Mais, je ne m'attendais pas à me retrouver dans le même état qu'un étudiant insomniaque, voire enragé et ça me fait rire.

Quelle bonne blague !

dimanche 13 avril 2008

Les douleurs inconsolables

A te voir te débattre contre le ciel en agitant les poings, rouge comme une écrevisse, la vie ne semble pas donner un enthousiasme fou. Tu nous démontres chaque jour, en y mettant même beaucoup de coeur, qu'il est difficile d'être bébé. Au total, depuis un mois, les deux ou trois fois ou tu as bougé tes zygomatiques, ce ne fût guère que par accident, dans ton sommeil, tandis que, le reste du temps, tu oscillais entre des gazouillis inquiets, des froncements de sourcils, des éternuements et des cris : comme si l'enfer n'existait que pour les yeux ouverts.

Il ne faut pourtant pas accuser notre patience, durant ce premier mois, nous avons appris à supporter des nuits en pointillés, à fermer les yeux sans oublier que l'acalmie durerait peu. En somme, notre salaire fût bien maigre, pas même un sourire pour récompenser nos efforts. Et nous aimerions bien, ne serait-ce que pour préserver nos oreilles, trouvez le mal qui te fait hurler comme un dément, et résoudre l'équation de ton bonheur : Sein, massage, tétine, couverture, café, clope... ?
Tu gigotes sans arrêt, le mal te ronge de l'intérieur et tu souffre. La violence de tes spasmes est effrayante lorsqu'on la rapporte à ton petit corps. En cherchant des stratégies, nous ne réussissons qu'à produire des théories maraboutesques, un peu comme l'astrologie servait aux anciens, nous restons impuissants à résoudre le problème, mais parvenons à diminuer notre malaise. La machine est trop complexe et il n'appartient qu'à toi de te tranquilliser, il te faut accepter ce que la vie t'impose, c'est à dire ne disposer de ton corps que dans la mesure où il est capable de te servir. Coliques, froid, chaleur, ventre pas rodé etc. La liste de tes souffrances est longue... elle est infinie...

Sans doute, tu ne sais pas ce que tu fais, car il suffit qu'on te mette un bout de sein dans la bouche pour que cesse instantanément toute rébellion. Mais, je vois dans tous ces maux la première leçon que la vie te donne. La douleur est la définition la plus essentielle de l'acceptable, on peux se dédire de Dieu sans doute en choisissant délibérément des voies suicidaires, pourtant, mais il restera toujours cette limite indépassable posée par la douleur. La souffrance est la seule connaissance véritablement innée, et apprendre à supporter la douleur, c'est apprendre à vivre.

jeudi 10 avril 2008

Le côté espagnol

Lorsque l'on parlent des couples, on affirme souvent qu'il s'y trouve toujours des symétries pour construire l'équilibre familial,les défauts du le père son compensés par les qualité de la mère, et vice et versa créent la complémentarité. Dans ton cas, on peut même cultiver l'antagonisme par les deux pays dont tu fais la synthèse. L'Espagne demeure pour moi Français un mystère, car je ne sais pas ce qui a pu m'attacher à ce pays qui me ressemble si peu : exhubérante, vivace, violente et si simple qu'elle pourrait être transparente... L'Espagne, c'est l'anti-moi.

Aux environs des années 2000, l'Espagne passait pour être le pays le plus optimiste d'Europe, elle avait la réputation d'être avant tout festive et débraillée, mais les indicateurs de croissances n'en démordait pas, le pays était un des moteur du développement de l'économie Européenne. Sous le vent d'une croissance sans précédent, le pays récupérait rapidement le retard économique qu'il avait accumulé durant le règne de Franco. Découvrant les joies de la société de consommation, les espagnols s'adonnaient sans complexes à une vie basée sur le commerce, so fric, so chic..

Des grues hérissaient les périphéries des grandes villes : à Madrid, Barcelone, Valladolid... elles s'apercevaient de loin. Partout la fièvre immobilière rongeait la péninsule. Pas une ville, pas un village ne manquait à son chantier. Les immeubles poussaient tel des champignons, certains promoteurs prospéraient si bien qu'il leur arrivait même de construire des zones urbanisées au milieu de nulle part, comme au temps du far-west.« Quand le bâtiment va, tout va ! » : Plus que jamais, l'adage se vérifiait. Le moral des ménages était au beau fixe et rien ne tempérait cette frénésie. La confiance en l'avenir était si exacerbée que même les banquiers abandonnaient leurs habituelles réserve et accordaient parfois des prêt à des ouvriers pour réaliser le rêve de leur vie et rouler en BMW. Dans ce contexte, il va de soit que les cassandres, les malthusianistes, les millénaristes n'était pas nombreux.

Ainsi, le retour aux vraies valeurs et aux modes de vie naturels, les mouvements neo baba cool, tel qu'ils sévissaient en France, indifféraient globalement les Espagnols. Eux, trouvaient leur bonheur dans le pouvoir d'achat, c'était simple et rassurant. Ce optimiste s'entendait de loin, et l'Espagne était devnue une des destination favorites des touristes en mal d'amusements. L'Espagne représentait : le soleil, la fête et la joie et tout ce qui va avec. Sous le soleil, on croquait la vie à pleine dents.

Dans cette économie stéroïdée, des touristes remplis d'autant de clichés qu'il avait de cash, se livraient à des hobby peu modérés: Shopping, Beuveries, Bronzage, Drague amnésique. Dans les boutiques de souvenirs se vendaient des T-Shirt humoristiques qui résumaient la comment était perçue l'Espagne dans le reste du monde, ils décrivaient le marathon espagnol : « Drink, Eat and Fuck». Il est certainement regrettable que les vendeurs en question aient été Espagnol ! Mais, ce manque d'orgueil national s'explique par la revanche d'un pays tenu hors du train du monde pendant longtemps.

Sous la férule du generalissimo Franco, autrement appelé le Caudillo, l'Espagne vivait recroquevillée sur elle-même, elle subsistait tant bien que mal. A mi chemin entre la dictature et la république, ce drôle de pays maintint ses valeurs traditionnelles et chrétiennes jusqu'à la mort du chef en 1976. Le régime de Franco était militaire et paternaliste, comique et pathétique à la fois, il résistait vaguement à la modernité, flou jusque dans son idéologie. Les partis politiques n'étaient interdits que parce que cela n'aurait pas servi le jeu des apparatchiks. Disons que, sous ce régime, le peuple sans disposer totalement de sa liberté d'expression, parvenait néanmoins à vivre. Même s'il y eu quelques rationnement, les vexations de Franco se supportaient tant les ventres ne souffraient pas. Et, considérant les choses dans leur ensemble, les privations endurées sous ce régime n'étaient pénibles que comparées aux autres pays d'Europe Occidentale. La longévité de Franco témoigne d'ailleurs de du relatif bon fonctionnement de la dictature. Franco mourut dans son lit sans que jamais l'ordre établi n'ai tremblé.

L'histoire tend à rendre ridicule ce petit homme laid, toujours droit dans ses bottes, il défendait néanmoins une certaine idée de l'Espagne éternelle : brutale et rustique. L'Espagne a toujours été foncièrement radicale, dans sa gloire, comme dans sa médiocrité, la nuance est une notion tout sauf ibérique. Quand il mange, un espagnol s'arrête juste avant que sa panse n'éclate, quand il travaille, il va jusqu'à s'abrutir, et quand il rit, il oublie tout, quand il veut être généreux, il donne tout. Au fond rien n'est plus simple et redoutable qu'un Espagnol, il dit ce qu'il croit et croit ce qu'il dit, voilà ce qui est fascinant dans ce pays : il s'y dévoile sans filtre le plus grand et le plus abject.

En 1968, la dictature de Franco commençait à s'ébrécher, le pays trop tenté par la société de consommation de ses voisins, s'ouvrait inéluctablement à la démocratie. Ainsi, l'autocrate, sachant que son système ne lui survivrait pas, plaça un roi à la tête du pays par te'stament. Il est probable que ce petit homme fier eut un éclair de lucidité lorsqu'il vit que la postérité risquait de le caricaturer trop. La fin de dictadura fut donc une dictablanda.

Lorsque les Espagnols jugent leur passé, la sévérité de leur jugement dépend de la région où l'on se trouve. En réalité, ce sont surtout les têtes dures, c'est-à-dire les idéologues, qui ont souffert des colères de Franco : les Catalans, les Basques, les communistes...

En Castille, en revanche, la population s'est accommodée mieux qu'ailleurs aux idées de Franco, certains regrettent même le « bon vieux temps ». Là-bas, l'idéologie dominante est réactionnaire. Pays de viticulteurs, paysans, le traditionalisme y trouve son terreau naturel. Il y a d'abord les processions pour les saints du village, les hommage à la vierge et puis les encierros où les taureau sont lâchés sur la place du village, il y a aussi les pétards, la famille, le bar du coin, la famille etc.

Les terres de Castilles, lorsqu'on vient de France, paraissent des déserts presques hostile, ce n'est pas qu'il soient dangeureux, c'est juste que les dimensions des paysage interdisent de s'en faire des familiers. Rien n'accroche l'oeil, les champs de blés fuient à perte de vue, des routes bien droites qui relient entre eux les villages. Aussi, il n'est pas question de nouer une forme de complicité avec la nature. Les villages sont tous identiques les uns au autres. Aucun arbres à l'horizon ne vient border ces prairies, et sans repères, le ciel a une dimensions écrasante.

Parce que les seuls arbres dans ces terres sont des pins nourris dans des sables d'ocres, il n'existe pas vraiment de contre-pouvoir au règne solaire, tout puissant, il impose ses constrastes violents aux hommes qui vivent sur cette terre, imprimant à ce peuple une certaine vision à la fois brutale et simple du monde.

L'esprit espagnol est l'exact opposé de l'esprit romantique, essentielement pragmatique, la vie évolue au grand jour, ses exhubérances feurissent à l'extérieur et non pas à l'intérieur, dans un jardin secret .D'ailleurs, celui qui chercherait à se plonger dans des méditations fractales n'en trouverait pas le support. Vous avez sans doute remarquer à quel point les Espagnol parlent fort, et bien c'est précisément à cette endroit que se situe l'essence de ce pays.

Un Espagnol pense : si je parle fort, il m'entend mieux, or si je parle c'est pour qu'il m'entende ; donc je parle fort. La troublante perfection du raisonnement ne laisse pas d'interroger. Pourquoi diable sommes nous si timorés pour nous exprimer ?

L'homme est à l'image de la nature qui l'entoure, une nature simple, crée un homme simple, l'inverse est également vrai. Comment expliquer autrement, la si grande dissemblance entre Français et Espagnol, pourtant si voisins ?

La rencontre d'Emilia Garcia et de José Luis Ortiz de Zarate eut lieu à cette époque. « Accroche », en l'occurrence, serait un terme plus exact designer croisement de ces deux destins.

Emilia est partie à Valladolid alors qu'elle avait douze ans. Elle y est venue avec sa mère Gregoria qui ne savait pas lire et qui devait trouver de nouvelles ressources depuis la mort de son mari David. Gregoria avait été élevée à la dure, née en 1900, elle savait l'heure en regardant le soleil et avait appris à manger des oignons avec du pain pendant la guerre civile. Elle savait mieux survivre que que vivre, sil l'on entends ces deux mots dans leur sens moderne. Elle avait par exemple du prévenir son frère qu'il figurait dans une liste pour être fusillé le lendemain s'il ne s'échappait pas.

Elle disait à Cristina, qu'il ne lui servait à rien de se laver autant car elle risquait de se pourrir les les cheveux, elle lui disait aussi, "Para que sirve tener tantos atos para solo un cuerpo" et pour la consoler de ne pas avoir de petit ami : "No preoccupes hija ! Los hombres son como la setas que nacen de noche y mueren de dia".

Gregoria n'aimait pas parler de son passé, elle fermait rapidement le chapitre sans satisfaire la curiosité de Cristina. Elle disait pour se débarasser de la question qu'avant c'était comme maintenant, ce qui manifestement révelait le prosaisme de sa conception de la vie, elle avait un proverbe pour chaque occasion.

Avant, elle vivait à Matapozuelos, un village à une trentaine de kilomètre de la ville. Elle n'en garde que peu de souvenir, ils se perdent dans le brouillard de l'enfance. Il était mort un jour de vendange suite à un mauvais choc sur une machine agricole avait causé une hémorragie interne qu'il l'avait tué en une journée. Sa mère déjà âgée de soixante deux ans, ne pouvait plus travailler seule, et Emilia vivant seule avec sa mère puisque ses frères était déjà partis du village, devait apporter son travail au foyer.
Elle travaillait aux vendanges dès ses dix ans, mais elle eu son premier travail salarié en tant qu'ouvrière dans une usine de conserve quand elle eu treize ans. Mais la ferme devenait trop contraignante pour la veuve, alors sa mère décida de s'installer en ville à côté de sa soeur de Valladolid. La ville permit à Emilia de trouver un travail dans une usine de confiture, elle contribuait ainsi aux finances familiales. Cependant, son passé campagnard ne se démentit pas immédiatement, et sa défiance vis-à-vis de la ville perdurait.

José, fleur de macadam, avait grandit en ville, son père était mécanicien à la RENFE. Ses fils, malgré les conditions avantageuse de ce statut, avaient préférés suivre leur propre voix. Il avait ouvert un atelier de réparation d'électro-ménager où il travaillait avec son frère Angel.

C'était un soir de printemps, Emilia longeait le bord du canal et rentrait chez elle accompagnée d'une amie. Soudain, un escogriffe à vélo se mit en travers de son chemin et à faire des commentaires sur la pluie et le beau temps. Assez élégant comme à son habitude, José portait une moustache et revenait de son travail. Flânant comme un professionnel, il prenait le temps de profiter de la vie en sybarite. Surtout lorsqu'il s'agissait de convaincre des jolies filles, c'était un lutteur de fond, comme les chats lorsqu'ils s'amusent avec les souris, il préférait laisser à ses victimes suffisamment de forces vives pour lui offrir la distraction de la résistance, mais il ne lâchait pas prise. S'étant invité dans l'intention trop évidente de faire quelques conquête, il s'agit d'abord pour lui d'obtenir une audience, parler de tout et de rien n'était pas le plus dur pour José.
Emilia à l'inverse, d'un tempérament plus réfléchi, se trouvait un peu noyée sous le flot des mots, elle jugeait ce garçon sympathique mais un brin trop gloseur. Il s'informait de tout un tas de détails insignifiants, Emilia consultait sa montre, voyant l'heure tourner, elle pensait que sa famille l'attendait. La futilité de la conversation, le mouvement perpétuel des lèvres de José à ce séducteur un air inconséquent qu'elle exécrait. Pour toutes ces raisons, elle mit fin à cette conversation, convenant d'un rendez-vous en ayant le projet coupable d'oublier rapidement cette promesse.

Mais les chemins s'empruntent souvent plusieurs fois et il fallu encore croiser le chemin du bavard vélociporté, et toujours, poser des lapins : 1, 2, 3 ... Mais le pugnace José ne renonça pas et parvint, à force d'usure, à ébrécher les certitudes d'Emilia. Elle finit pas lui accorder sa chance. Elle l'accompagna dans un bar à tapas de Valladolid, José commandait un pincho moruno (Aucune sortie plus sauvage n'aurait été convenable). Emilia qui ne connaissait guère les usages de la ville dut attendre que José goba le sien avant de savoir comment il fallait manger ces choses. L'isolement des campagne avait contribué à se sentir peu assurée dans tout ce qui concerne la mode et l'air du temps. mais aussi, sa mère qui l'avait eu à cinquante ans n'était pas de la dernière pluie.

A mesure que le temps passait, Emilia s'habituait aux préventions de José, quand on savait le connaître, ce garçon n'était pas si pesant qu'il ne le paraissait au premier abord, et surtout il était de ces amis fidèles et attentifs qui prêtent toujours leur épaules en cas de besoin. Cependant, ces joies simples ne satisfaisait pas complètement Emilia, elle rêvait d'aventure et avait sur le coeur un remord de jeunesse. Elle ne goûtait pas pleinement les joies de la tranquillité car elle n'avait pas vécu, comme ses amies qui étaient parties à Paris, ce frisson du départ, elle voulait partir en voyage, mais elle savait que José ne comprenait pas son romantisme. Alors, redoutant de ne pas savoir se défendre ni s'expliquer devant ce redoutable parleur, elle préparait son escapade sans lui en parler et ne lui annonça qu'une semaine avant son départ pour Paris : son billet était déjà acheté.


Un couvent de Neuilly sur Seine, à côté de Paris, l'accueillait. Ce n'était certes pas la panacée, mais tout le monde n'avait pas à ce moment opportunité de voyager. L'ambiance là-bas était très studieuse, elle eu du mal à reconnaître l'aventure qu'elle s'était imaginé. La vie monacale était non seulement austère, mais ne lui permettait même pas de pratiquer son Français puisque les soeurs parlaient entre elles en espagnol et qu'à cause du couvre feu de neuf heures, elle ne trouvait pas le temps de gouter Paris. Aussi lorsque José qui commençait à s'impatienter lui lançait un ultimatum pour revenir en France, elle repartit la frustration de n'avoir pas terminé ce qu'elle n'avait pas commencé, las, pas d'aventures... elle n'avait pas vraiment le choix.

L'histoire familiale suivit la mode de l'époque, ils se marièrent, puis firent des enfants : Mariam, puis Cristina, et enfin Natalia. Trois filles qui comblèrent Emilia, elle aimait énormément ses enfants. Emilia cessa de travailler pour se consacrer à l'éducation de ses filles. Perdue dans un quotidien qui ne lui laissait pas une minutes pour elle, elle ne prit jamais le temps de passer son permis de conduire et restait frustrée de son manque d'indépendance. Elle retravailla lorsque sa dernière fille eu atteint 10 ans.

José ne touchait pas tellement aux enfant, il ne savait pas comment s'y prendre et ne cherchait pas tellement à comprendre, il regardait les choses de loin, l'essentiel étant d'être suffisement heureux, il s'efforçait de subvenir au besoin financier de la famille en déployant son énergie vers l'extérieur. Il cumulait deux travaux : le premier à Fasa, une société fabriquant des sièges pour les automobiles Renault, il travaillait au contrôle des entrepôt et le soir, il aidait encore son frère dans sa société de dépannage d'électro-ménager.

FASA offrait une relative sécurité de l'emploi, et permettait surtout de bénéficier d'une mutuelle santé, garantie que l'entreprise de son frère Félix n'offrait pas. Aussi, José gérait donc les affaires financière de la maison avec la volubilité et l'instinct qui lui était propre, c'est lui qui décida entre autre d'acheter une maison. Le week-end, il aimait à se promener en costume, où jouer des compétitions de tennis dans la piscina FASA. José était classé et ce sport un peu bourgeois permettait au enfants de côtoyer d'autre milieux que celui des ouvriers.

Le rêve de sa vie était de s'acheter une Mercedes. C'était une forme de compensations pour les dernières années de sa vie qu'il passait avec l'impression de sacrifier son temps pour un travail qu'il n'aimait pas. José désirait la retraite, il voulait repartir à la campagne et puis élever des lapins retourner à une vie épicurienne. Il atteint cet objectif en touchant l'argent de sa préretraite quand il quittait FASA. Mais sans doute, José garde sur le coeur de n'avoir pas suffisamment suivi ses rêves et regrette de n'avoir été personne, suivant ses termes, c'est à dire qu'il ne fut pas reconnu pour ce qu'il désirait être. Malgré ses regrets à cet endroit, il fit le choix de la sécurité et parvint à mettre les siens à l'abri du besoin.

samedi 5 avril 2008

Philosophie dérivée de cris de bébé

Les girafes tombent à la naissance d'une hauteur de 1,80 m. C'est se qui s'appelle une entrée sonnante et trébuchante dans vie. La condition humaine, permet au nouveau né une approche nettement plus progressive, parce qu'un prédateur ne risque pas de te manger les fesses et parce que nous avons le sens du devoir et que ne sommes pas des barbares, tu peux brailler aussi longtemps et aussi fort que tu le veux, tu ne risques rien. Mais est-ce une bonne chose ? Les gazelles par exemple se tiennent sur leur pattes le jour même de leur naissance et se mettent à courir au bout d'une semaine. Toi, il te faudra patienter plus d'un an avant de mettre un pied devant l'autre tout en ayant l'air d'un balourd, pour le moment tu n'es même pas capable de soutenir ta tête. Et quoique l'espèce humaine soit une des plus futée qui soit -- puisque c'est elle qui a inventé Dieu -- on peut se demander s'il elle doit se vanter de laisser tant de temps d'apprentissage aux enfants. Si j'admets que ta douleur est réelle quand tu cries, les deux milles ans de patience de parents n'auront servi qu'à empirer les choses en ne pratiquant plus la sélection naturelle.
Personne n'est responsable de cette état de fait, ni les parents qui aiment leur enfants, ni les enfants qui bénéficient de leur patience, tout au plus il est possible d'accuser une certaine arrogance de l'espèce humaine qui cherche en permanence à se défaire de sa condition naturelle. Le résultat demeure cependant : les enfants sont hémiplégique jusqu'à l'âge d'un an, et sévrable à vingt ans. Et la situation est loin de s'améliorer puisque maintenant la grossesse relève d'une pathologie comme une autre et que la puériculture est érigée au rang de science. Alors...

Lege Romana

Je n'aurais jamais imaginé qu'il faille être aussi patient pour élever un enfant. Quoique le nécessaire aveuglement qui a précédé ta naissance nous a épargné une angoisse inutile et bien que la fatigue s'oubliera vite une fois que tu auras fini d'être un perpétuel affamé, je supporte péniblement la situation présente. Et je n'ai finalement qu'une seule envie : Que tu te taises ! J'ai l'impression toujours de répéter le même conseil à Cristina : je lui demande de te laisser pleurer un peu avant de se laisser aller à ses instincts et d'accourir à ton secours. J'ai dans l'idée que tôt où tard, il te faudra être seul et tes pleurs ne changeront rien à l'affaire, alors autant commencer tôt. D'autant plus qu'un proverbe Espagnol apprend que « del hambre se aprende » (La faim est une bonne leçon)

Cristina est plus digne de moi dans cette épreuve, car tout en ayant un rôle beaucoup plus accaparant, elle parvient encore à relativiser et à penser que cet état n'est que temporaire, tu l'as pourtant réduite à l'état de machine à produire du lait. Les rares fois où tu l'énerves vraiment, elle est immédiatement saisie d'un remord presque mondain : « Mon Dieu, si j'étais une mauvaise mère »

Comme il est loin, le temps où je pensais que l'amour entre parents et enfants est immédiat et évident. En fait, pour le père il n'en est rien, dès que tu es sorti du ventre de ta mère, ton alterité m'est apparue de manière flagrante. Pas de fusion, pas d'entente tacite. En somme, pour rivaliser avec l'amour maternel --- qui je suppose repose sur des bases physiologiques – le père doit s'appuyer sur des bases dialectiques, cette construction est beaucoup plus lente. Et quoique la modernité s'évertue à flouer cette réalité sexuelle, comme dans le droit romain, tu viens d'entrer dans la loi du père et dans l'amour de la mère.

Je suis sévère mais honnête, surtout je suis terriblement fatigué, et je laisse l'esprit s'amuser puisque le coeur est épuisé et que la compassion n'est pas une vertu qui se travaille. De toute les façons, je crois que la voie du milieu est encore à trouver, et nous sommes deux à la chercher : Je cherche à comprendre ton angoisse de la faim, Cristina quant à elle recherche un asservissement raisonnable.

Con el peluchito


Con el peluchito
Mise en ligne par ElBrazelonian