mardi 15 avril 2008

Dernière indépendance

Les deux premiers mois, parce que ta chambre se trouvait à l'autre bout de l'appartement et que ta mère trouvait plus commode de t'avoir près d'elle pendant la nuit, tu dormais près de notre lit. Pendant ce temps, comme je continuais de travailler, je devais ménager mon sommeil. Pour ne pas trop souffrir de tes crise nocturnes, je me suis installé dans ta chambre sur un matelas à même le sol. Je recouvrais ainsi mon ancienne condition de célibataire dans une ambiance spartiate. J'appréciais le retour à ce confort d'étudiant, sentir le parquet froid, entendre le bruit de la rue, ne pas même fermer le volet... en réalité, j'ai la désagréable sensation de m'enfoncer dans le luxe fat des quadragénaires. Depuis que tu es né, ce destin est devenu fatal. C'est sans doute pour cette raison, que cette dernière indépendance me rafraîchit.
Alors, je suis seul dans ma chambre et je découvre à nouveau ce luxe inédit de pouvoir allumer la lumière au milieu de la nuit pour pouvoir lire. J'éprouve du bonheur à n'avoir rien à penser dans l'ordre, de ne pas avoir à répondre à aucune question d'intendance dans ma couche et adopter toute les formes qu'il me plaît pendant mon sommeil. Et je songe avec un certain regret à cette époque où j'étais libre, parce que j'ai la certitude, cette fois, que ce temps ne reviendra pas.
Avec Cristina, nous vivons actuellement comme deux collocataires, nos vies s'interfèrent surtout devant le frigo, et quoique nous essayons de ne pas délaisser totalement les attentions que nous avions l'un pour l'autre, nous sommes bien trop vasouillard pour faire preuve d'un romantisme digne de ce nom. Nous nous abandonnons au folklore amoureux de papa et maman, vestige d'une glorieuse époque : « As-tu passé une bonne journée, mon amour ? » etc. etc. Nous nous parlons surtout au dîner, quand tes caprices nous l'autorisent, mais alors ce ne sont jamais des discussion profondes : ni des projections dans le futur, ni des ressacs nostalgiques : rien que le strict minimum qui permet la convivance. En attendant, et jusqu'à ce que tu fasses tes nuits, ce n'est plus de l'amour, c'est du somnambulisme. Tout est clair et naturel, loin de l'idylle sophistiquée que les publicitaires voudrais nous faire avaler.
Évidemment, je pourrais mettre un peu plus de grâce pour expliquer ce virage à négocier. Commencer par mettre une de tes photos en fond d'écran au travail, ne plus écrire d'articles au vitriol, brosser le décor sur fond d'ours en peluche, te faire des gouzous-gouzous et surtout être fier de mon fils... comme tout le monde. Mais, je ne m'attendais pas à me retrouver dans le même état qu'un étudiant insomniaque, voire enragé et ça me fait rire.

Quelle bonne blague !

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