Lorsque l'on parlent des couples, on affirme souvent qu'il s'y trouve toujours des symétries pour construire l'équilibre familial,les défauts du le père son compensés par les qualité de la mère, et vice et versa créent la complémentarité. Dans ton cas, on peut même cultiver l'antagonisme par les deux pays dont tu fais la synthèse. L'Espagne demeure pour moi Français un mystère, car je ne sais pas ce qui a pu m'attacher à ce pays qui me ressemble si peu : exhubérante, vivace, violente et si simple qu'elle pourrait être transparente... L'Espagne, c'est l'anti-moi.
Aux environs des années 2000, l'Espagne passait pour être le pays le plus optimiste d'Europe, elle avait la réputation d'être avant tout festive et débraillée, mais les indicateurs de croissances n'en démordait pas, le pays était un des moteur du développement de l'économie Européenne. Sous le vent d'une croissance sans précédent, le pays récupérait rapidement le retard économique qu'il avait accumulé durant le règne de Franco. Découvrant les joies de la société de consommation, les espagnols s'adonnaient sans complexes à une vie basée sur le commerce, so fric, so chic..
Des grues hérissaient les périphéries des grandes villes : à Madrid, Barcelone, Valladolid... elles s'apercevaient de loin. Partout la fièvre immobilière rongeait la péninsule. Pas une ville, pas un village ne manquait à son chantier. Les immeubles poussaient tel des champignons, certains promoteurs prospéraient si bien qu'il leur arrivait même de construire des zones urbanisées au milieu de nulle part, comme au temps du far-west.« Quand le bâtiment va, tout va ! » : Plus que jamais, l'adage se vérifiait. Le moral des ménages était au beau fixe et rien ne tempérait cette frénésie. La confiance en l'avenir était si exacerbée que même les banquiers abandonnaient leurs habituelles réserve et accordaient parfois des prêt à des ouvriers pour réaliser le rêve de leur vie et rouler en BMW. Dans ce contexte, il va de soit que les cassandres, les malthusianistes, les millénaristes n'était pas nombreux.
Ainsi, le retour aux vraies valeurs et aux modes de vie naturels, les mouvements neo baba cool, tel qu'ils sévissaient en France, indifféraient globalement les Espagnols. Eux, trouvaient leur bonheur dans le pouvoir d'achat, c'était simple et rassurant. Ce optimiste s'entendait de loin, et l'Espagne était devnue une des destination favorites des touristes en mal d'amusements. L'Espagne représentait : le soleil, la fête et la joie et tout ce qui va avec. Sous le soleil, on croquait la vie à pleine dents.
Dans cette économie stéroïdée, des touristes remplis d'autant de clichés qu'il avait de cash, se livraient à des hobby peu modérés: Shopping, Beuveries, Bronzage, Drague amnésique. Dans les boutiques de souvenirs se vendaient des T-Shirt humoristiques qui résumaient la comment était perçue l'Espagne dans le reste du monde, ils décrivaient le marathon espagnol : « Drink, Eat and Fuck». Il est certainement regrettable que les vendeurs en question aient été Espagnol ! Mais, ce manque d'orgueil national s'explique par la revanche d'un pays tenu hors du train du monde pendant longtemps.
Sous la férule du generalissimo Franco, autrement appelé le Caudillo, l'Espagne vivait recroquevillée sur elle-même, elle subsistait tant bien que mal. A mi chemin entre la dictature et la république, ce drôle de pays maintint ses valeurs traditionnelles et chrétiennes jusqu'à la mort du chef en 1976. Le régime de Franco était militaire et paternaliste, comique et pathétique à la fois, il résistait vaguement à la modernité, flou jusque dans son idéologie. Les partis politiques n'étaient interdits que parce que cela n'aurait pas servi le jeu des apparatchiks. Disons que, sous ce régime, le peuple sans disposer totalement de sa liberté d'expression, parvenait néanmoins à vivre. Même s'il y eu quelques rationnement, les vexations de Franco se supportaient tant les ventres ne souffraient pas. Et, considérant les choses dans leur ensemble, les privations endurées sous ce régime n'étaient pénibles que comparées aux autres pays d'Europe Occidentale. La longévité de Franco témoigne d'ailleurs de du relatif bon fonctionnement de la dictature. Franco mourut dans son lit sans que jamais l'ordre établi n'ai tremblé.
L'histoire tend à rendre ridicule ce petit homme laid, toujours droit dans ses bottes, il défendait néanmoins une certaine idée de l'Espagne éternelle : brutale et rustique. L'Espagne a toujours été foncièrement radicale, dans sa gloire, comme dans sa médiocrité, la nuance est une notion tout sauf ibérique. Quand il mange, un espagnol s'arrête juste avant que sa panse n'éclate, quand il travaille, il va jusqu'à s'abrutir, et quand il rit, il oublie tout, quand il veut être généreux, il donne tout. Au fond rien n'est plus simple et redoutable qu'un Espagnol, il dit ce qu'il croit et croit ce qu'il dit, voilà ce qui est fascinant dans ce pays : il s'y dévoile sans filtre le plus grand et le plus abject.
En 1968, la dictature de Franco commençait à s'ébrécher, le pays trop tenté par la société de consommation de ses voisins, s'ouvrait inéluctablement à la démocratie. Ainsi, l'autocrate, sachant que son système ne lui survivrait pas, plaça un roi à la tête du pays par te'stament. Il est probable que ce petit homme fier eut un éclair de lucidité lorsqu'il vit que la postérité risquait de le caricaturer trop. La fin de dictadura fut donc une dictablanda.
Lorsque les Espagnols jugent leur passé, la sévérité de leur jugement dépend de la région où l'on se trouve. En réalité, ce sont surtout les têtes dures, c'est-à-dire les idéologues, qui ont souffert des colères de Franco : les Catalans, les Basques, les communistes...
En Castille, en revanche, la population s'est accommodée mieux qu'ailleurs aux idées de Franco, certains regrettent même le « bon vieux temps ». Là-bas, l'idéologie dominante est réactionnaire. Pays de viticulteurs, paysans, le traditionalisme y trouve son terreau naturel. Il y a d'abord les processions pour les saints du village, les hommage à la vierge et puis les encierros où les taureau sont lâchés sur la place du village, il y a aussi les pétards, la famille, le bar du coin, la famille etc.
Les terres de Castilles, lorsqu'on vient de France, paraissent des déserts presques hostile, ce n'est pas qu'il soient dangeureux, c'est juste que les dimensions des paysage interdisent de s'en faire des familiers. Rien n'accroche l'oeil, les champs de blés fuient à perte de vue, des routes bien droites qui relient entre eux les villages. Aussi, il n'est pas question de nouer une forme de complicité avec la nature. Les villages sont tous identiques les uns au autres. Aucun arbres à l'horizon ne vient border ces prairies, et sans repères, le ciel a une dimensions écrasante.
Parce que les seuls arbres dans ces terres sont des pins nourris dans des sables d'ocres, il n'existe pas vraiment de contre-pouvoir au règne solaire, tout puissant, il impose ses constrastes violents aux hommes qui vivent sur cette terre, imprimant à ce peuple une certaine vision à la fois brutale et simple du monde.
L'esprit espagnol est l'exact opposé de l'esprit romantique, essentielement pragmatique, la vie évolue au grand jour, ses exhubérances feurissent à l'extérieur et non pas à l'intérieur, dans un jardin secret .D'ailleurs, celui qui chercherait à se plonger dans des méditations fractales n'en trouverait pas le support. Vous avez sans doute remarquer à quel point les Espagnol parlent fort, et bien c'est précisément à cette endroit que se situe l'essence de ce pays.
Un Espagnol pense : si je parle fort, il m'entend mieux, or si je parle c'est pour qu'il m'entende ; donc je parle fort. La troublante perfection du raisonnement ne laisse pas d'interroger. Pourquoi diable sommes nous si timorés pour nous exprimer ?
L'homme est à l'image de la nature qui l'entoure, une nature simple, crée un homme simple, l'inverse est également vrai. Comment expliquer autrement, la si grande dissemblance entre Français et Espagnol, pourtant si voisins ?
La rencontre d'Emilia Garcia et de José Luis Ortiz de Zarate eut lieu à cette époque. « Accroche », en l'occurrence, serait un terme plus exact designer croisement de ces deux destins.
Emilia est partie à Valladolid alors qu'elle avait douze ans. Elle y est venue avec sa mère Gregoria qui ne savait pas lire et qui devait trouver de nouvelles ressources depuis la mort de son mari David. Gregoria avait été élevée à la dure, née en 1900, elle savait l'heure en regardant le soleil et avait appris à manger des oignons avec du pain pendant la guerre civile. Elle savait mieux survivre que que vivre, sil l'on entends ces deux mots dans leur sens moderne. Elle avait par exemple du prévenir son frère qu'il figurait dans une liste pour être fusillé le lendemain s'il ne s'échappait pas.
Elle disait à Cristina, qu'il ne lui servait à rien de se laver autant car elle risquait de se pourrir les les cheveux, elle lui disait aussi, "Para que sirve tener tantos atos para solo un cuerpo" et pour la consoler de ne pas avoir de petit ami : "No preoccupes hija ! Los hombres son como la setas que nacen de noche y mueren de dia".
Gregoria n'aimait pas parler de son passé, elle fermait rapidement le chapitre sans satisfaire la curiosité de Cristina. Elle disait pour se débarasser de la question qu'avant c'était comme maintenant, ce qui manifestement révelait le prosaisme de sa conception de la vie, elle avait un proverbe pour chaque occasion.
Avant, elle vivait à Matapozuelos, un village à une trentaine de kilomètre de la ville. Elle n'en garde que peu de souvenir, ils se perdent dans le brouillard de l'enfance. Il était mort un jour de vendange suite à un mauvais choc sur une machine agricole avait causé une hémorragie interne qu'il l'avait tué en une journée. Sa mère déjà âgée de soixante deux ans, ne pouvait plus travailler seule, et Emilia vivant seule avec sa mère puisque ses frères était déjà partis du village, devait apporter son travail au foyer.
Elle travaillait aux vendanges dès ses dix ans, mais elle eu son premier travail salarié en tant qu'ouvrière dans une usine de conserve quand elle eu treize ans. Mais la ferme devenait trop contraignante pour la veuve, alors sa mère décida de s'installer en ville à côté de sa soeur de Valladolid. La ville permit à Emilia de trouver un travail dans une usine de confiture, elle contribuait ainsi aux finances familiales. Cependant, son passé campagnard ne se démentit pas immédiatement, et sa défiance vis-à-vis de la ville perdurait.
José, fleur de macadam, avait grandit en ville, son père était mécanicien à la RENFE. Ses fils, malgré les conditions avantageuse de ce statut, avaient préférés suivre leur propre voix. Il avait ouvert un atelier de réparation d'électro-ménager où il travaillait avec son frère Angel.
C'était un soir de printemps, Emilia longeait le bord du canal et rentrait chez elle accompagnée d'une amie. Soudain, un escogriffe à vélo se mit en travers de son chemin et à faire des commentaires sur la pluie et le beau temps. Assez élégant comme à son habitude, José portait une moustache et revenait de son travail. Flânant comme un professionnel, il prenait le temps de profiter de la vie en sybarite. Surtout lorsqu'il s'agissait de convaincre des jolies filles, c'était un lutteur de fond, comme les chats lorsqu'ils s'amusent avec les souris, il préférait laisser à ses victimes suffisamment de forces vives pour lui offrir la distraction de la résistance, mais il ne lâchait pas prise. S'étant invité dans l'intention trop évidente de faire quelques conquête, il s'agit d'abord pour lui d'obtenir une audience, parler de tout et de rien n'était pas le plus dur pour José.
Emilia à l'inverse, d'un tempérament plus réfléchi, se trouvait un peu noyée sous le flot des mots, elle jugeait ce garçon sympathique mais un brin trop gloseur. Il s'informait de tout un tas de détails insignifiants, Emilia consultait sa montre, voyant l'heure tourner, elle pensait que sa famille l'attendait. La futilité de la conversation, le mouvement perpétuel des lèvres de José à ce séducteur un air inconséquent qu'elle exécrait. Pour toutes ces raisons, elle mit fin à cette conversation, convenant d'un rendez-vous en ayant le projet coupable d'oublier rapidement cette promesse.
Mais les chemins s'empruntent souvent plusieurs fois et il fallu encore croiser le chemin du bavard vélociporté, et toujours, poser des lapins : 1, 2, 3 ... Mais le pugnace José ne renonça pas et parvint, à force d'usure, à ébrécher les certitudes d'Emilia. Elle finit pas lui accorder sa chance. Elle l'accompagna dans un bar à tapas de Valladolid, José commandait un pincho moruno (Aucune sortie plus sauvage n'aurait été convenable). Emilia qui ne connaissait guère les usages de la ville dut attendre que José goba le sien avant de savoir comment il fallait manger ces choses. L'isolement des campagne avait contribué à se sentir peu assurée dans tout ce qui concerne la mode et l'air du temps. mais aussi, sa mère qui l'avait eu à cinquante ans n'était pas de la dernière pluie.
A mesure que le temps passait, Emilia s'habituait aux préventions de José, quand on savait le connaître, ce garçon n'était pas si pesant qu'il ne le paraissait au premier abord, et surtout il était de ces amis fidèles et attentifs qui prêtent toujours leur épaules en cas de besoin. Cependant, ces joies simples ne satisfaisait pas complètement Emilia, elle rêvait d'aventure et avait sur le coeur un remord de jeunesse. Elle ne goûtait pas pleinement les joies de la tranquillité car elle n'avait pas vécu, comme ses amies qui étaient parties à Paris, ce frisson du départ, elle voulait partir en voyage, mais elle savait que José ne comprenait pas son romantisme. Alors, redoutant de ne pas savoir se défendre ni s'expliquer devant ce redoutable parleur, elle préparait son escapade sans lui en parler et ne lui annonça qu'une semaine avant son départ pour Paris : son billet était déjà acheté.
Un couvent de Neuilly sur Seine, à côté de Paris, l'accueillait. Ce n'était certes pas la panacée, mais tout le monde n'avait pas à ce moment opportunité de voyager. L'ambiance là-bas était très studieuse, elle eu du mal à reconnaître l'aventure qu'elle s'était imaginé. La vie monacale était non seulement austère, mais ne lui permettait même pas de pratiquer son Français puisque les soeurs parlaient entre elles en espagnol et qu'à cause du couvre feu de neuf heures, elle ne trouvait pas le temps de gouter Paris. Aussi lorsque José qui commençait à s'impatienter lui lançait un ultimatum pour revenir en France, elle repartit la frustration de n'avoir pas terminé ce qu'elle n'avait pas commencé, las, pas d'aventures... elle n'avait pas vraiment le choix.
L'histoire familiale suivit la mode de l'époque, ils se marièrent, puis firent des enfants : Mariam, puis Cristina, et enfin Natalia. Trois filles qui comblèrent Emilia, elle aimait énormément ses enfants. Emilia cessa de travailler pour se consacrer à l'éducation de ses filles. Perdue dans un quotidien qui ne lui laissait pas une minutes pour elle, elle ne prit jamais le temps de passer son permis de conduire et restait frustrée de son manque d'indépendance. Elle retravailla lorsque sa dernière fille eu atteint 10 ans.
José ne touchait pas tellement aux enfant, il ne savait pas comment s'y prendre et ne cherchait pas tellement à comprendre, il regardait les choses de loin, l'essentiel étant d'être suffisement heureux, il s'efforçait de subvenir au besoin financier de la famille en déployant son énergie vers l'extérieur. Il cumulait deux travaux : le premier à Fasa, une société fabriquant des sièges pour les automobiles Renault, il travaillait au contrôle des entrepôt et le soir, il aidait encore son frère dans sa société de dépannage d'électro-ménager.
FASA offrait une relative sécurité de l'emploi, et permettait surtout de bénéficier d'une mutuelle santé, garantie que l'entreprise de son frère Félix n'offrait pas. Aussi, José gérait donc les affaires financière de la maison avec la volubilité et l'instinct qui lui était propre, c'est lui qui décida entre autre d'acheter une maison. Le week-end, il aimait à se promener en costume, où jouer des compétitions de tennis dans la piscina FASA. José était classé et ce sport un peu bourgeois permettait au enfants de côtoyer d'autre milieux que celui des ouvriers.
Le rêve de sa vie était de s'acheter une Mercedes. C'était une forme de compensations pour les dernières années de sa vie qu'il passait avec l'impression de sacrifier son temps pour un travail qu'il n'aimait pas. José désirait la retraite, il voulait repartir à la campagne et puis élever des lapins retourner à une vie épicurienne. Il atteint cet objectif en touchant l'argent de sa préretraite quand il quittait FASA. Mais sans doute, José garde sur le coeur de n'avoir pas suffisamment suivi ses rêves et regrette de n'avoir été personne, suivant ses termes, c'est à dire qu'il ne fut pas reconnu pour ce qu'il désirait être. Malgré ses regrets à cet endroit, il fit le choix de la sécurité et parvint à mettre les siens à l'abri du besoin.
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