jeudi 24 avril 2008

Grosse fatigue

L'autre jour j'ai cru que tu souriais, mais ce devait être un hasard musculaire ou une erreur d'interprétation, car depuis une semaine, tu n'as jamais renouvelé ton exploit, aucune esquisse de bonheur ne s'est plus revue sur ton visage. Du point de vue extérieur, tu es une machine : tu manges, tu dors, tu pleures et tu crottes. Il n'y a guère que ta souffrance et la violence de ton expression qui rappellent que tu es en vie. La faim, la fatigue et ce corps qui te fais mal mais qui ne sert à rien sont ce qui t'anime, alors ta vie commence comme une longue plainte.

Je m'étais posé, quand j'étais triste, la question que tu te poses probablement en ce moment Pourquoi avait-t-il fallu que ce fut moi, cette ovule et ce spermatozoïde ? Si ces deux là ne s'étaient pas rencontrés, je me serais épargné pas mal de souffrance, même en comptant les quelques bonheurs perdus, l'un dans l'autre, je n'aurais pas perdu grand chose à l'affaire. Ce sont là des questions absurdes, car il est trop tard pour se le demander, mais l'on s'en veut parfois d'avoir été le premier. Les spermatozoïdes qui ont perdus la courses n'ont certes pas été les premiers mais ils auront eu une belle promenade.

A ton tour César de te demander pourquoi il faut nourrir ce corps si lourd. Tu restes débile, tu attends là où l'on t'a mis, dans ton berceau, sur le transat, dérivant de bras en bras, sans aucun contrôle, aucune liberté n'est à ta portée, tu manges ce qu'on te donne. Ce n'est guère que lorsque tu dors que l'on peut apercevoir sur ton visage un peu de sérénité, lorsque tu oublies le réel et regagnes l'ordre épars du royaume de Morphée, alors seulement nous voyons de la douceur sur ton visage. Le reste du temps, tel une bombe à rettardement, nous devinons anxieusment ton explosion iminente, tu trépignes continuellement comme quelqu'un qu'on a roulé. Celui qui voulait vivre se retrouve pieds et point liés dans son berceau et tu fronce les sourcils furieusement.

Pour nous également, l'accumulation de fatigue se fait sentir, Cristina commence à perdre patience et parfois pense à te jeter contre les murs, de mon côté, je n'ai qu'une hâte, partir travailler et m'éloigner de toi et ton angoisse existencielle. Les premiers mois, heureusement s'oublient, les enfants et les parents savent bien oublier les temps difficiles.

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