mardi 15 décembre 2009

Mon doux nid

César est condamné aux apprentissages internationaux, il devra parler deux langues à la fois, comprendre deux cultures antagonistes, et selon l'endroit où il se trouve, apprécier en connaisseur les rillettes et le jambon serrano. Il vivra avec un pied dans chaque pays et avec une chambre dans chaque capitale. Tel est le lourd tribus d'avoir des parents de nationalité différente. Même s'il n'a pas encore deux ans, César connait déjà le blues du businessman, regrettant son lit, alors qu'il est à mille kilomètre de distance. Il n'a pas très bien dormi pendant ses vacances à Valladolid. Sa mère non plus d'ailleurs. Il criait tous les soirs pour protester ; la chambre qu'on lui avait ammngagé ne lui plaisait pas. Pour rassurer ses nuits, le doudou ne suffisait plus, il dormait appuyé sur les flancs de sa mère et grognait dès qu'il perdait le contact maternel, car il avait besoin de sentir un reste de familiarité dans cet environnement étranger. Cela n'a duré qu'une semaine, mais ce fut long...

Alors, lorsqu'il m'a revu dans l'aéroport, il était franchement heureux, même si le voyage l'avait fatigué, je lisais sur son visage qu'il était content de me revoir. De mon côté, moi aussi, qui avait passé une semaine dans un lit trop grand avec un emploi du temps beaucoup trop aéré, et j'étais content de revoir mes parts et demi et tirais avec enthousiasme les énormes valises vers le parking.
J'attachais César dans son siège bébé, à l'arrière de la Fiat Punto. Il se laissait faire et ne regrettait absolument pas la luxueuse Mercedes qui l'avait promené en Espagne. Tout gaga, je le surveillais dans le rétroviseur en lui faisant du grimaces. Lorsque la porte de chez nous s'est ouverte, comme tous les voyageurs de retour au bercail, il s'est figé dans l'encadrement de la porte avant de savoir quoi faire, j'imagine qu'il a du sentir l'odeur douceâtre du foyer ; l'odeur du parquet du salon, l'odeur de l'eau de javel des toilettes ; le parfum du panier à linge sale en train de fermenter dans la salle de bain, et ce délicat fumet de lasagnes refroidies flottant dans la cuisine. L'endroit où l'on rit et où l'on pleure est à la fois banal et unique. Toutes les exquises fragances du quotidien sont là. Il s'approche de son bacs à jouets et s'aperçoit qu'un détail ne colle pas avec ses souvenirs : ses jouets son rangés, ils ne sont pas répartis dans toutes la maison ! Alors, il commence le déballage. Sa mère, me montre ce que ses grand parents lui ont offert : un livre sonores qui chante des comptines espagnoles lorsqu'on appuie sur les boutons, un camion de chantier avec des vrais bruit de chantiers, etc. Mais pour l'instant, il boude ces nouveautés. D'autres nostalgies le détournent de sa tâche. Il me tend la télécommande de la playstation pour que je lui mette un peu de musique. Ce que vous avez de meilleur DJ ! Je m'execute. Blame It On The Boogie ! Mickael Jackson, the King of the Pop lui même est parmi nous ce soir. César rassemble ses dernière forces et se mets à danser devant les enceintes, il plies les genoux et tape des mains, il ira jusqu'au bout de la nuit et refuse d'aller se coucher ; "Non Papa ! Ce soir je ne vais pas au lit avant très tard !"

Un quart d'heure plus tard, il reposait dans mes bras les paupière mi-closes, béat. Nous l'avons déposé dans son lit, il s'est endormi en protestant à peine. Les sirènes de pompiers de la caserne voisine chantaient une berceuse familière tandis que les halos rouges et verts du feu de signalisation, filtrant au travers de la persienne, imprimait à son plafond un rêve heureux pace que connu, car rien ne vaut le doux nid de tous les jours. Le lendemain matin, il s'est invité dans notre lit, entre nous deux sous la couette, il avait chaud et était toujours à son bonheur d'être de retour. Spontanément, il nous a fait un bisou sur la joue ! Nous avons le souffle coupé – est-ce bien réel ? César a-t-il tellement grandi en une semainse s'il a compris qu'une baffe fait moins plaisir à recevoir qu'un calin ? Ou bien est-ce la magie de Nöel qui opère ?

Sur des airs de Villancicos – choeurs d'enfant chantant des chants traditionnels d'espagne – Cristina enroule une guirlande clignotante sur le sapin de noël qu'elle vient d'acheter à Carrefour. César l'aide à accrocher les boules. Il pense "C'est cool Nöel !" ; Le matin, dès réveil, il m'entraine près de la prise de courant et me demande allumer les lumière de l'arbre et appuie sur le modulateur pour tester toutes les options du clignotement. Les Pères Noël en chocolat disparaissent mystérieusement des branches, attrapé par un petit canibale, nous les retrouvons épars disséminé partout, sous le canapé, sur le sol de la cuisin. Le calendrier de l'avant que Momo l'épicier nous avait donné est vandalisé. César ne sait pas compter, il commence le mois de décembre en déchirant la trappe du onze, il insiste pour en prendre un autre ; "Non, non. Un par jour". Je lui explique patiemment, mais il ne sais pas compter, pas même jusqu'à un. Il veut du chocolat à gogo...

L'enfance de Cristina

Prenant quelques pas de recul, Emilia était encore plus convaincue d'avoir fait le bon choix. Elle se félicitait de son bon goût et plissait à demi les yeux pour admirer l'arlequin dans le cadre ; il avait les yeux dans le vague et semblait fixer un horizon incertains. Quoiqu'il paraisse légèrement triste, il apportait la touche finale à la décoration de la chambre pastel. En bas de la rue, elle avait acheté ce tableau pour contre quelques pesetas, dans un de ces bazar innombrable qui rendaient une multitude de service à ceux qui n'ont pas de voiture. Une dernière fois, elle vérifiait l'alignement du tableau, les deux lits étaient impeccablement faits. Dans le grand lit dormait Cristina et Natalia, l'ainé, Mariam, avait le bénéfice d'un lit pour elle seule. Emilia referma la porte en prenant soin de ne laisser aucun indice de son intrusion. Les filles auront la surprise au retour de l'école.

Elle venait de terminer toute ses tâches ménagères, alors elle se laissa tomber dans une chaise de la cuisine pour s'accorder un moment de répit, elle se laissait aller à une délicieuse d'inaction en grignotant des petits gâteaux, des roscones, ceux qu'elles préférait. Ces instants étaient devenus si rares dans ses journées interminables. L'entretien de la famille était pourtant devenu plus facile depuis que Natalia avait cessé de porter des couches, mais l'intendance du restait épuisante. Entre la préparation des repas, les achats alimentaires de la semaine, le nettoyage du linge, la vaisselle et la couture, l'oisiveté était devenue un rêve presque inaccessible. Mais elle aimait tellement sa famille, qu'elle acceptait sans condition ce travail incessant, non seulement sans résignation, mais avec fierté. Il y a longtemps. Elle avait du rêver dans sa jeunesse d'un destin romantique, d'un pays lointain et exotique. Mais cela n'avait plus d'importance, depuis qu'elle était devenu mère elle n'y pensait même plus. Et quoi que sa vie fut parfaitement ordinaire (toute les famille de l'immeuble se ressemblaient), elle s'y réalisait complètement. Cet appartement était le premier pas vers la sécurité matérielle, alors il fallait l'entretenir. C'était un de ces appartements au plan éprouvé que les promoteur avaient essaimé en masse dans les nouveaux quartier de travailleur. Mis-à-part le chauffage au charbon, l'appartement était doté tout le confort moderne, il comportait trois chambres en plus du salon et de la cuisine. On entrait par un vestibule au papier peint illustré de motif japonais, puis un couloir distribuait vers les différentes pièces derrière une porte vitrée. La chambre inoccupée servait de salle de jeu, elle n'avait pas de mobilier et les parois étaient brutes. Les filles avaient la permission d'écrire sur les murs, à condition de ne pas les abimer.

De ses trois enfants, Natalia était la dernière. Malgré son œil fou, cette petite fille avait un vrai talent pour apprendre rapidement. Natalia avait été propre à deux an, et elle avait commencé à parler avant même d'avoir une année et su précocement su séparer le vrai du faux. Elle parvenait admirablement à se faire comprendre pour obtenir ce qu'elle désirait, et était si maline qu'elle était parvenue à complexer sa sœur cadette Cristina.

Cette dernière avait le syndrome classique de la cadette, prise en sandwich entre la première et la dernière, Cristina se sentait lésée de son état intermédiaire, eclipsée par ses deux sœurs. L'émoi de de ses premiers pas avait été oublié à cause de la précocité de Natalia. Et Mariam l'indépendante n'avait pas besoin de sa soeur pour jouer à la poupée. Auprès de ses parent, elle éprouvait tout simplement de la difficulté à exister. Comme une page au milieu d'un livre, lue sans y penser, elle ne possédait ni le piquant de la nouveauté, ni l'attention du dénouement. Ce n'était évidemment pas une punition consciente de la part de ses parents, car sur le point de vue de la justice, ils mettaient un point d'honneur à aimer leur trois filles de la même manière. Mais comment doser l'amour ? Ces subtances sont aussi difficile à manifester qu'à estimer.

Alors, Cristina écoutait Mariam vanter la beauté de ses poupées Nancy, elle la laissait tenter des essais de coiffure sur ses propres poupées. Pour se faire une place dans la famille, Cristina utilisait d'autres rouages. La nuit, elle pleurait et jouait à demander de l'eau dès que les lumières s'éteignaient, à table elle refusait obstinément de manger ce qu'on lui donnait et n'acceptait d'avaler que du pain et du lait. Elle ne cédait pas.

Sa mère exaspérée de son comportement, la laissait méditer tout un après midi devant un beefsteak pour réfléchir à la valeur de la nourriture et se plaignait à son mari - Cette gamine est scandalisante ! Il arrivait qu'Emilia passe des heures à préparer un plat et que Cristina n'y touche pas, rien n'entrait dans sa bouche ! Les docteurs imaginèrent des solutions : un médicament pour développer l'apétit, un steak de cheval pour combler les carence en vitamine, mais rien ne changeait, le seul régime que la petite acceptait était à base de pain et de lait. Lorsqu'elle était contraint d'avalé, elle ressemblait à une condamnée à mort en train d'avancer vers la potence.

En plus de ceci, Cristina était anormalement silencieuse pour ses quatre ans. Le baragouin précoce de Natalia l'avait complexée. Les enfants en entendant Cristina parler demandaient souvent à leur mère : « Pourquoi elle parle mal Cristina !» Et depuis qu'elle savait son retard, elle se réfugiait dans le mutisme pour ne pas commettre de faute. Ses parents l'emmenèrent chez un orthophoniste pour qu'elle apprenne à prononcer les phonèmes espagnols. Sa mère la tirait par la main, elle s'amusait à sautiller sur ses pieds en faisant bouger ses couettes de droite à gauche, et sa mère lui demandait d'avancer plus vite. En attendant la venue du docteur, elle jouait avec ses pieds qui ne touchaient pas encore le sol et chantonnait ses chansons préférés : « Caracol, col, col.. Saca los cuernos al sol ». Cristina aimait sortir avec sa mère.

Un petit garçon venait aussi aux séances de rééducations, il s'appelait Victor. Son visage présumait d'un garçon doux, il portait des culotte courte et il jouait timidement en regardant les revue posée sur la table basse, Cristina en attendant que débute la séance le regardait intriguée en balançant ses pieds sous la chaise. Victor fut le tout premier amour de Cristina, un amour appareillé et passé en soupirant dans la salle d'attente du médecin. Le traitement orthophonique consistait à parler dans un appareil en métal destiné à former la bouche. Le docteur demandait gentiment eux enfants de répéter en roulant correctement les Rs : « perro », ce n'était pas follement amusant, mais ça ne faisait pas mal et puis ça occuppait.

Finalemenent, jusqu'au jour où ce docteur lui ôte « préventivement » ses amygdales. Elle aimait bien se rendre au cabinet pour répeter les mots qu'on lui disait, mais cette opération lui rappela que la fréquentation des docteurs comportait aussi quelques risques. On procéda à l'ablation sans anesthésie, tandis que Son père lui maintenait les bras attachés, le docteur avança son bistouri dans la gorge et tranchait d'un coup sec l'appendice. Puis, il posait délicatement le morceau sanguinolent sur un petit plateau en inox. Cristina criait et pleurait comme une possédée.

Même si mis longtemps à s'exprimer, Cristina comprenait parfaitement le sens des paroles qu'on lui adressaient, intégrant le point de vue des autres dans ses réflexions, son empathie avec les autres possédait un qualité assez exceptionnelle, et son sens inné du compromis et de la négociation lui permirent de bénéficier rapidement de la confiance des adultes. Dès qu'elle sut parler, il y eu rarement de conflits avec Cristina. Contrairement aux enfants butés qui refusaient à tout prix de prêter leur jouets, acceptait gracieusement le prêt pour obtenir en retour une compensation qui pouvait être d'une autre nature. Au lieu de feindre l'ignorance, elle demandait toujours la permission avant d'entamer une activité potentiellement répréhensible car Cristina intuitait que la vie des hors-la-loi n'avait rien de simple. Elle préférait les jeux tranquilles et comme toute les petite filles, elle aimait jouait à la poupée et aimait se coiffer les cheveux devant la glace. Sa petite sœur Natalia était une bonne compagnie. Ensemble, elles dormaient dans le même lit. Elles descendaient souvent dans la rue et jouaient avec les enfants du voisinage. Le quartier était calme, la résidence était remplie de jeunes couples fraichement mariés, décidés à fonder une famille. Dans le groupe d'enfant, la hiérarchie naturelle était souvent respectée, il y avait une chef et le reste de la troupe, Cristina préférait les hiérarchie subalternes. Emilia, à travers les rideaux, surveillait que tout allait bien de temps à autre, mais en général, il n'y avait pas à s'inquiéter. Les jeux des fillettes étaient paisibles, qu'il s'agisse de la dinette, de jouer au docteur où à la maitresse d'école.

La tribu qui se réunissait chaque jour après l'école formait une société en miniature avec ses règles et son commerce. Parmi les bons, les mauvais, Cristina aimait être au milieu, ni trop devant, ni trop en arrière. Elle avait si profondément intégré son classement intermédiaire, qu'elle avait finit par aimer le confort de la moyenne, rester au chaud et ne pas faire d'esclandre. Sa seule hantise était de créer des problèmes. Elle se laissait aller aux petits bonheur de la vie. Dans la rue, Cristina aimait surtout bavarder. Avec ses amies, elle colportait les derniers ragots. Elle organisait avec ses copines le marché des vers à soie. Chacun avait son élevage plus ou moins clandestin. Entre bonne amies, les œufs de vers à soie se donnaient ou s'échangeaient. Quand un ver était adopté, le nouveau propriétaire installait sa bestiole dans une boîte allumette, y percer trois petit trou pour laisser passer l'air et ramassait quelque feuille de murier pour fournir le déjeuner à la larve. Quand arrivait l'époque de la la mutation, le vers se transformait en chrysalide et se changeait en papillon, libérant les acheteurs du pénible entretien de leur bestiole, jusqu'à l'année suivante. Plus que le miracle de la nature, c'était l'organisation de la vente des insectes qui motivait Cristina. Avant de partir en tournée pour proposer ses insectes au voisin de l'immeuble, elle choisissait avec soins ses bijoux. Les adultes la complimentait sur sa robe, elle rougissait. Puis, contre quelques pièce de monnaie et un sourire, elle donnait un ver bien nourri à ses clients. Une bonne journée pouvait rapporter plusieurs centaines de pesetas. Avec l'argent, elle s'achetait quelques bonbons et quelques extras pour mettre dans ses cheveux. Elle aimait enfiler des robes et se regarder devant la glaces. Pour ses sept ans, sa mère lui avait offert une robe a pois sévillanaise, elle s'était maquillé les yeux et passé du rouge sur les lèvres. Devant l'appareil photo, elle prenait la pose, au milieu de ses deux sœurs. Son jour de gloire !

La famille vivait dans le quartier des Delicias, au cœur d'une banlieue dortoir de Valladolid. Beaucoup des ouvriers travaillant à FASA Renault dormaient ici. Jose était également employé dans cette entreprise (A cette époque il s'agissait de la plus importante de Valladolid). Grâce à cette quasi garantie d'un emploi stable, Les banques avait accordé facilement leurs crédits et la famille devint rapidement propriétaire. Une année seulement après leur mariage, les deux amoureux roucoulaient dans un appartement bien à eux. Pendant les première années, Jose emmenait sa femme et sa fille sur sa moto, puis peu à peu la famille s'est agrandie et il a acheté une voiture. Ouvrier assembleur chez FASA le jour et dépanneur de matériel électroménager le soir, Jose cumulait deux emplois pour gagner plus d'argent, mais il n'avait pas beaucoup de temps de à consacrer à ses filles, il partageait les activités familiale uniquement pendant le week-end. Le matin, il partait tôt, dès six heure, prenant le bus pour se rendre à l'usine il profitait du trajet pour s'endomir et cachait sa tête derrière un rideau pour pour que les gyrophares des éboueurs ne perturbent pas ses rêves. La plupart des ouvriers faisaient de même, tentant de poursuivre leur nuit alors que les premières lueurs du jour réveillait la ville frissonnante. Pendant huit heures, son travail consistait à assembler des sièges d'automobile pour Renault. Les journées étaient parfois longues, mais l'esprit de camaraderie permettait d'oublier la monotonie des tâches. Le soir, il gagnait l'atelier de ses frères et réparait de des appareils electro-ménager, là il se sentait le patron. Et pendant qu'il ramassait l'argent et conduisait la voiture, les tâches domestiques incombaient à sa femme. Le weekend, Jose étaient fatigué, alors il se reposait et toutes les activités s'organisait autour du loisir du mâle de la maison. Il était toujours défendu de commencer de manger avant qu'il ne fût rentrer de sa partie de tennis avec ses camarades de travail, et certains samedi, lorsqu'elles allumaient la télé, elles n'apercevaient que le générique du dessin animé qu'elles voulaient voir. La semaine, es filles allaient chercher leur père à la sortie du travail à 22h. Ce mode de fonctionnement avait fait ses preuves.

Cristina est parti du quartier de Delicias à l'âge de sept ans. Toute la famille déménagea sans cérémonie, ils chargèrent le camion avec l'aide de la famille, et mirent tout en remorque, même leurs espoirs, ils les emmenaient avec eux. C'était une progression assez logique, puisque Jose avait suffisamment d'argent, il s'achetait une maison « mieux ». Mais Cristina n'avait aucune idée de ce que signifiait « le mieux », pour elle « le mieux » aurait été de rester avec ses copines et continuer de jouer à la dinette dans la grande cours de l'immeuble, le soir en rentrant de l'école. Dans sa nouvelle maison, elle regrettait ses amies, mais personne ne voulu le remarquer. Sa mère, qui aimait plus que tout au monde les trépidations du centre ville voulait se rapprocher du centre, pas très loin de la voie ferrée, il lui était désormais possible de se rendre à pied au Campo Grande pour pousser des promenades jusque dans les grandes avenues commerçantes. Pour Cristina ce changement signifiait autre chose, laissant derrière elle un collège privé, elle entrait dans un collège publique et c'était comme un autre monde ! En Espagne, quand on a les moyen, il est de bon ton de mettre ses enfant dans les institutions religieuses pour avoir de meilleures chances de réussir ses études. A côté de la rue santa Rita, il n'y avait pas d'établissement catholique, alors, les trois filles furent envoyé dans un collège publique. Elle y découvrir la mixité. Toutes les mixités se conjuguaient : mixité des sexes et mixité sociales. Cela n'a duré que deux années pourtant ces années comptèrent beaucoup.

Dans le nouveau quartier, la nouvelle amie de Cristina s'appelait Elisabeth Mary Park. On repérait facilement qu'elle n'était pas du coin. Elle avait des cheveux roux et les attachait pour faire des couettes, elle s'habillait bizarrement avec des jupes longue et remontait ses chaussettes jusqu'au genoux, elle vivait dans une maison individuelle (ce qui était inhabituel à Valladolid). Une foule de petits détails la trahissait ses origines anglo-saxonne. Ses parents étaient venus fonder une académie de langue à Valladolid. Cristina adorait sa différence et elle la représentait souvent dans les marges de son cahier, et passant en orange carotte la couleur de ses cheveux. Ensemble, elles jouaient à collectionner des trésors et à amasser des centaines de pierres brillantes dans la cour de l'école. Leur trouvailles étaient entreposées dans sa chambre, précautionneusement rangées dans des boites.

Les trois sœurs se rendaient à pied à l'école de Sainte Rita en se donnant la main. L'ambiance dans les collège laïcs n'avait rien à voir. Les enfants y étaient plus indisciplinés. Les garçons jouaient au football et au bille, Cristina ne comprenait pas les règles mais elle admettait que ces activités avaient de l'enjeu, puisqu'il arrivait parfois qu'une interprétaion des règles puisse créer un bagarre. Et puis, il y avait ceux qui cherchaient à regarder sous les jupes des filles, ceux là, il fallait les fuir selon son père.

Ce ne fût pas le dernier mouvement de la famille, la trajectoire se poursuivait vers les centre de de la ville, toujours attirée par les vacarmes des boutiquiers, Emilia, qui ne savait pas conduire une voiture, souhaitait encore se rapprocher du centre ville. Ils partirent vivre rue Nuñez de Arce, pas loin de la Plaza Mayor et de la cathédrale. La séparation d'avec Elisabeth fut difficile, Cristina essaya bien de lui écrire, mais le temps eu finalement raison de ces amitiés enfantine. Une nouvelle vie beaucoup moins exotique commençait.

Emilia et José, souhaitant que leurs filles aient une bonne éducation, les inscrivirent dans un collège de filles toutes proche de leur nouvelle adresse, les filles pouvaient s'y rendre à pieds. L'établissement était dirigé par des nonnes françaises venue de Paris. L'enseignement était catholique, il y avait un crucifix dans chaque salle de cours et les garçons n'étaient bien sur pas admis pour l'influence corruptrice qu'il pourrait avoir sur les âmes pures des jeunes filles. Entre elles les sœurs parlaient en français et lorsqu'elle s'exprimaient en espagnol, leur accent trahissait grossièrement leur origines. Désormais, Cristina enfilait un uniforme pour aller étudier, sa jupe lui descendait en dessous des genoux et elle savait le pater noster, mais finalement elle ne pensait pas à ces choses comme à des contraintes. Malgré l'austérité des méthodes, les instituts catholiques avaient bonne réputation. Les sœurs enseignaient toutes les matières, en plus du catéchisme, elle cumulaient des spécialités les plus diverses. La Sœur principale, la sœur Noëlle, enseignait à la fois les mathématiques, la géographie et le français et parfois il lui arrivait même de donner cours d'éducation sexuelle. Elle apprenait aux jeunes filles à se méfier des jeunes garçons et de repousser « L'acte » autant que faire se peut, car, disait-elle la vertu d'une femme ne peut se perdre qu'une seule fois.

La scolarité des jeunes filles était jalonnée par les différentes étapes de la vie chrétienne et les semaines filaient paisiblement comme une déambulation monacale. Les élèves assistaient aux offices du mercredi et s'asseyaient sur les bancs de la chapelle. Dans le recueillement, tout du moins c'est vers cet état de paix que les sœurs tentaient de diriger leur élèves, le prêtre livrait son sermon aux jeunes filles qui lui faisait face. Mais Cristina écoutait d'une oreille distraite ces boniments trop entendus, elle étudiait une millième fois l'étrange encensoir qui reposait devant l'autel. Elle ne l'avait avait jamais vu fonctionner et pensait qu'un jour, pour sa communion, elle le verrait peut-être fonctionner. A la langueur des journées, Cristina trouvait toute sorte de petits atermoiements, elle tuait le temps en dessinant dans les marges de son dictionnaire, ajoutant des petits compléments rigolos aux illustrations. Elle dessinait sur les page du milieux où l'on détaillait dans l'anatomie comparée de l'homme et de la femme, mettait des mots à ces natures mortes : « Hola guapo, quieres un beso ? ». En de rare occasion, elle prêtait attention au cours auquel elle assistait, mais d'une manière générale, les études ne la fascinait pas. Elle deviendrait bien quelque chose, elle en était sûre, elle préférait juste que le destin prenne la décision à sa place. En un sens, les gribouillis qu'elle laissait dans ses cahiers comptaient plus que les leçons de latin. Regardant par la fenêtre, elle songeait à ses progrès dans la voie du seigneur, elle rêvait du jour où elle enfilerait sa robe de communiante, elle pensait au voile blanc et aux bijoux qu'on lui offrirait. Et quand l'enseignante recherchait un volontaire pour réciter sa leçon, elle se cachait derrière son livre et priait pour ne pas qu'on l'envoie au tableau. Elle voulait être discrète. Ses parents n'exigeaient rien de plus, il lui suffisait de se maintenir dans la moyenne.

Pourvu qu'elle ne fasse pas de vague et qu'elle soit sage. Le soir, elle se confiait à la vierge Marie. Elle lui réclamait bonnes notes, et pour montrer sa bonne volonté elle demandait pardon au seigneur – ainsi qu'on lui avait enseigné – elle s'accablait de peccadille pour avoir droit à sa miséricorde. Mais il fallait grossir un peu ses écarts pour parvenir à fabriquer un pêché digne de ce nom. Elle aurait bien aimé être sœur elle aussi. Particulièrement si elle devenait une de ces missionnaires pour lesquelles la collecte du Duomo était organisé. Tous les ans, l'institut récoltait des fonds pour envoyer au petit Africains, pour construire un puits, pour ouvrir une école etc. Cristina se chargeait de la collecte. A la sortie de l'église, elle tendait son tronc représentant une tête de nègre, et les fidèles laissaient parfois une ou deux pièces. Cristina se laissait grisée par un rêve romantiques. Pour aller en Afrique elle aurait accepté de prendre le voile.

A la différence de ses sœurs, Cristina n'était pas une nature rebelle. Les professeurs la félicitait de sa sagesse et ses parents citait son comportement en exemple, car cette fille qui faisait ce qu'on lui disait. Elle était soucieuse des convenances et créait rarement des problèmes. Peut-être le faisait-elle même trop bien, car à force d'adapter ses comportements en fonction de ce qu'on attendait d'elle, sa personnalité fini par être négligée. Alors, ignorant la révolte, elle s'adaptait souffrant en silence les misères de son quotidien, elle s'interrogeait parfois à propose de la religion. Qu'est ce donc que cet amour, si triste. Qui sont donc ces prophétesses de l'amour qui s'habillent de gris, si passionnées de monotonie. Les sermons de la sœur Noëlle toujours rébarbatifs ne débordaient pas de joie, les airs renfrognés de la principale dissimulait mal son aigreur de la vie. La plupart des sœurs se laissaient corrompre par des menus cadeaux, des pâtisseries, des fleurs à poser sur le bureau etc. Les présents étaient appréciés et les parents d'élèves attentifs au confort des sœurs, grappillaient pour leur enfants quelques bonus sur les appréciations, lesquelles seraient du meilleur effet pour l'admission au lycée.
Deux fois par an, les élèves étaient incités à se confesser. Les confesseurs étaient des hommes soupçonneux pourchassant le pêché et les mauvaises pensées, si malins à le débusquer à l'endroit où il n'était pas attendu qu'il y avait une forme de perversion dans leur méthode. L'objectif était de fournir des repères à la jeunesse, et pour baliser le chemin, ils utilisaient comme épouvantails des péchés, et les bonnes actions. Jugement dernier, les bons et les méchants...est-ce cela l'amour du Christ ? Dans cet univers, elle oubliait le monde luxuriant qu'elle avait perçu dans la cours des Delicias. Elle oubliait les garçons, leur brutalité, leur rires. Toutes ses fantaisies s'écrivaient en rose bonbon.

Le jour de sa première communion, est arrivé. Elle avait demandé à sa mère d'avoir une robe neuve et puis une nouvelle coiffure, mais sa mère n'a pas cédé. Elle a simplement arrangé sa robe en lui ajoutant un ruban confectionné par ses soins. Ainsi a-t-elle défilé parmi les communiants portant un cierge au fond de l'église depuis l'autel, les flash crépitaient. A vrai dire, la religion n'était pas vraiment ce qui intéressait, car après que les hommes ai pris un apéritif dans un café de la ville, toute la famille se réunirait dans un restaurant et on ferait une belle fête. Jose s'était mis sur son trente et un, lui qui portait le bleu trop toute la semaine, ne manquait jamais une occasion d'être élégant. Il circulait parmi les invité trouvant le bon mot pour chacun, faisant preuve de beaucoup de tact. Le moment le plus important serait celui où elle recevrait ses cadeaux. Mais elle n'eut pas de surprise, puisqu'elle reçu un vélo presque identique à celui de se grande sœur ainsi qu'une médaille.

Sa grand-mère, égale à elle même, avait refusé de mettre une robe spéciale pour occasion, à peine avait-elle abandonné sa blouse, il n'était pas question qu'elle s'habille autrement qu'en noir. Elle portait toujours le deuil de son mari qui était mort depuis plus de quarante ans. Elle regardait sa petite fille avec un air amusé, ne comprenant pas vraiment que toutes chez choses matérielles puisse lui tourner autant la tête. Tant de rubans sur une si petite fille ! Aujourd'hui, elle acceptait de ne rien dire. Elle aimait bien Cristina, c'était la seule qui intéressait autant à son passé. Elle demandait toujours -- c'était comment avant ?

"Avant pauvre petite, il n'y a rien a en dire, c'était différent et pareil à la fois." La grand mère ne voyait pas l'intérêt de raconter - ce qui est passé est passé est passé. Et puis qu'avait-elle à apporter à ce monde auquel elle ne comprenait rien, elle se foutait du progrès et ne désirait pas l'apprendre. La modernité ne la concernait pas elle qui était plus ridée qu'une pomme séchée au soleil. Depuis que son mari était mort, elle vivait dans une maison en périphérie de Valladolid sans électricité (pourquoi faire, le soleil marche très bien et c'est gratuit). Sur l'insistance de ses enfants, elle s'était laissée convaincre d'une installation de l'eau courante, mais elle allait souvent au puits en guise de promenade.

Dans le village où elle grandit, elle avait passé sa vie dans une maison petite de torchis au pied de la place de l'église. Les saisons était rythmées par les travaux de l'agriculture, la moisson, les vendange (C'est comme ça que son mari s'était tuée en se laissant entrainé par le mécanisme du pressoir) Et puis le dimanche, tous le monde se retrouvait, les hommes allaient boire un verre dans un bistrots pendant que les femmes allaient à l'église prier pour leur salut avant d'aller faire la cuisine. Alors qu'avait-il donc, ces gens qui courraient dans les villes à être si frivoles et à se rendre impossible une vie pourtant si simple. Elle demandait à sa petite fille, mais pourquoi tu te lave autant, tu travaille même pas dans les champs, à force de te frotter, tu finiras par pourrir ! Et puis toutes ces nippes, c'est incroyable d'avoir tant de pull, de robes et de pantalons pour un corps qui n'a que deux bras et deux jambes ! Mais Cristina était traversée par ces mystérieuses remarque, n'en écoutant que la singularité, comme si sa grand mère gardait un secret qu'elle refusait de lui révéler. Pendant les vacances, lorsqu'elle se rendait à Matapozuelos, elle inspectait la maison de sa grand-mère, effectuait des recherche dans les recoins des mur, dans les lézardes de la courette si elle ne pourrait pas trouver par hasard un trésor. Elle regardait dans ses tiroirs.

A de rares exception près, il ne partaient pas en vacances vers des destinations lointaines, mais se rendait à Matapozuelos pour passer les vacances. Il faisaient comme de nombreux fils du pays parti essaimés dans toute l'Espagne, ils venaient se ressourcer en famille là où tou à commencer, dans le village qui les avait vu naitre. De Valladolid, de Barcelone, de Madrid, de Séville, la paella n'était jamais meilleur que dans le caldron de la madre. Et pour les plus jeunes, ceux qui n'avaient jamais vécu au vilage, des activités étaient organisées par classe d'âge. Dans les peña, les enfants se réunissaient et inventaient des activités entre eux pour tromper la torpeur de l'été. La première chose à faire lors de l'a fondation d'une peña est, comme dans un gang, de déterminer un nom et un couleur pour les T-shirt. Les plus petits allaient ensemble jouer à la piscine ou s'éclabousser dans la rivière près de l'ermitage. L'eau n'était pas profonde et il n'est pas possible de nager, mais elle suffisante pour se rafraichir et chahuter un peu.

Le jour du saint, à la fin du mois de juin, il y avait un grand défilé jusqu'à l'ermitage, de jeunes garçons tout en muscles portaient la statue de la vierge en se relayant depuis l'église jusqu'à la chapelle de l'ermitage. Et le soir une grande paella est organisée, dans un poellon de plusieurs mètres de diamètre, les grands mère brassaient avec de grandes cuillères en bois des quantité énorme de riz, du poulet, des crevette, du chorizo, suivant la méthode ancestrale. Chacun venait ensuite tendre sa gamelle. Au mois de juillet, chaque village des environs organisaient une fête avec un lâché de vachette dans les ruelles. La population surexcitée regardait les taurillons s'élancer dans les rues et derrière les lourdes barricade, les filles regarder les fiérots du village enlever le T-Shirt et esquiver les bête, reproduisant les mouvement des toreros, il se déhanchait au dernier moment sur le côté. Ole ! Les churros sans interruption tombaient dans l'huile bouillante et l'orchestre enchainaient les paso doble les un après les autres.

Des groupe de jeunes, portant tous les même T-Shirt s'asseyait dans les tribunes, c'était les peñas. Cristina et sa sœur était membre de la peña "Complices", une peña composée pratiquement exclusivement de filles et avait choisi la couleur orange. Créatures des villes qui se retrouvaient désemparée à la campagne. Le matin, elles se retrouvaient sur la place du village et réfléchissaient à l'activité du jour. Jusqu'au soir elle discutaient et s'amusaient à relever des défis, comme celui d'aller à la porte du cimetière et d'aller déranger les morts, pour voir s'ils se réveilleraient.

Elle organisaient des fêtes où l'orangeade coulait à flot. La préparation de la fête est au moins aussi intéressante que la fête en elle même. Le meilleurs fêtes se passaient dans les caves, les bodegas. Ces endroit, qui avait été abandonnés depuis que la production était devenue industrielle, servaient maintenant de repère aux peñas pour organiser leur fête. Pendant toute la semaine, dans la pénombre caves enterrées, les peñas s'activaient comme des fourmis. Ils nettoyaient et préparaient la lumière, posaient les table. Le jour J, les pommes et les oranges étaient mises à macérer dans le vin. La non-mixité des complices était aussi un de leur attraits, il y avait toujours beaucoup de garçon à leurs fêtes. Les fleurs attire les abeilles, les filles attirent les garçons. Tout le monde était invité. Cristina pris sa première cuite innocemment, il lui avait suffit de ne refuser aucun des verres qu'on lui proposait. Avec Natalia elle rentrèrent et s'allongèrent sur le lit comme des masses et dormirent une sieste sans rêve.

En 1987, toute la famille est partie à la mer, à côté de Valence, Natalia n'est plus aussi dépendante de ses soeurs . A Peniscola, pour ses quinze ans, elle s'apprête, pour la première fois de sa vie, à aller danser en discothèque accompagnée de Mariam. En train de faire des pâté de sable sur la plage, il y a Clément, mais il n'a que dix ans.

Avec les années, les centre d'intérêts des petites filles se déplacèrent progressivement des poupées pour se porter vers les garçons. Chacune avait son soupirant, Cristina soupirait pour Gonzalo, Gonzalo soupirait pour Cristina, tout le monde le savait, la bande plaisantait sourdement – mais jamais ouvertement – lorsqu'il s'asseyaient systématiquement l'un à côté de l'autre dans les pic-niques organisés au bord de la rivière, mais il ne se passait jamais rien. Car dans la bande, tout fricotage aurait été problématique. Alors chaque année à la fin du mois d'aout, le frisé venu de Barcelone repartait bredouille, mais avec toujours autour du cou un collier avec une dent de requin.

L'hiver, il fait froid à Valladolid, le vent glacial descend du nord et dès le début du mois de novembre, il commence à geler.

Crisitina commençait à conduire dès qu'elle atteint dix-huit ans. Emilia avait encouragé ses filles à être indépendante et le premier pas vers l'indépendance était de savoir conduire. Cristina emmenait ses amies en discothèque. Crisitina aimait beaucoup conduire, elle conduisait toujours la fenêtre ouverte, c'était une principe.