Après le nain Dormeur, après mon abonnement de métro, c'est au tour de ma carte de crédit de disparaître. De retour chez moi, j'ai eu beau chercher dans les planques habituelles, derrière la console de jeu, au fond du meuble à chaussure et dans le tiroir de l'imprimante, je n'ai pas retrouvé son butin. A force de rapine, un véritable magot dormira sous mon parquet. Et quand bien même je voudrais faire avouer ce délinquant en herbe, soyez sur qu'il gardera le silence, puisqu'il ne sais pas encore parler.
César est un impénitent, alors qu'il rend son père indigent, il se réveille de sa sieste sans l'ombre d'un remord et danse une ronde en sautillant sur ses jambes, il tape dans ses mains et se met à chanter. Dadoudidada... Vivre sans argent n'est pas un problème pour lui, pas même un tracas. Son ventre plein est suffisant pour accéder au bonheur. Depuis qu'il a suffisamment de forces pour ouvrir la porte du frigo, les possibilités sont devenues considérables. Comme accompagnement de la purée est des pâtes, il aime surtout le Doliprane en sirop et son délicieux goût de fraise, il aime aussi le chocolat cuit pioché avec le doigt dans les chocolatines, et puis les glaçons à suce qu'on trouve dans les verres à apéro, les cacahuètes chipées à bout de bras etc. Il a compris qu'il est nécessaire de frauder pour accéder au bonnes choses. Chaque fois, il se trouve une tactique : pour avoir un peu de Doliprane, il met son doigt dans la bouche et nous montre ses dents en disant : "Aie, aïe, aïe", quelle souffrance !
Alors, même s'il sera bientôt livré à l'impitoyable univers de la crèche, nous ne sommes pas vraiment inquiet pour son futur, le petit est armé. Il se lève le matin au alentour de sept heures et demi et vide d'un trait son biberon avant de courir vers notre lit pour bousculer le dernier de ses parents qui se cache sous la couette. Pour bien faire passer son message, il pousse l'interrupteur des appliques et nous apporte nos chaussures : Debout !
Il a bien fallu que nous nous habituions à ses horaires. Nous avons fini par oublier que le dimanche est une journée où il était possible de s'offrir une grasse matinée, à nos vie sans temps mort. Nous nous organisons. Le soir nous nous couchons tôt, et après avoir notre épisode quotidien de notre série du moment, nous posons tranquillement nos têtes sur les oreillers et dormons immédiatement. Oui, c'est une vie tranquille et je suis indéniablement en voie de papification. J'ai commencé à provisionner de manière régulière et systématique mon compte d'épargne en prévision de l'achat d'un monospace. Je regarde la météo avant nos sortie du week-end et je connais les conditions de ma complémentaire maladie.
Assis à la terrasse de café Papagayo, proche de l'université de Toulouse 1, je commande un cappuccino pour me détendre, seul – j'allais dire comme au bon vieux temps – je m'accorde quelques vacances. Les étudiants qui m'entourent devisent de choses futiles et graves, rient souvent. Je sors mon cahier et m'amuse à jouer l'artiste, le plaisir ne se dément toujours pas, mais je ne peux que constater la distance parcourue. Je me flatte de quelques gourmandise que je devine dans le regard de certaines étudiantes et puis songe au chemin qu'il leur reste à parcourir dans les impénétrable méandres où emmène la vie.