A te voir te débattre contre le ciel en agitant les poings, rouge comme une écrevisse, la vie ne semble pas donner un enthousiasme fou. Tu nous démontres chaque jour, en y mettant même beaucoup de coeur, qu'il est difficile d'être bébé. Au total, depuis un mois, les deux ou trois fois ou tu as bougé tes zygomatiques, ce ne fût guère que par accident, dans ton sommeil, tandis que, le reste du temps, tu oscillais entre des gazouillis inquiets, des froncements de sourcils, des éternuements et des cris : comme si l'enfer n'existait que pour les yeux ouverts.
Il ne faut pourtant pas accuser notre patience, durant ce premier mois, nous avons appris à supporter des nuits en pointillés, à fermer les yeux sans oublier que l'acalmie durerait peu. En somme, notre salaire fût bien maigre, pas même un sourire pour récompenser nos efforts. Et nous aimerions bien, ne serait-ce que pour préserver nos oreilles, trouvez le mal qui te fait hurler comme un dément, et résoudre l'équation de ton bonheur : Sein, massage, tétine, couverture, café, clope... ?
Tu gigotes sans arrêt, le mal te ronge de l'intérieur et tu souffre. La violence de tes spasmes est effrayante lorsqu'on la rapporte à ton petit corps. En cherchant des stratégies, nous ne réussissons qu'à produire des théories maraboutesques, un peu comme l'astrologie servait aux anciens, nous restons impuissants à résoudre le problème, mais parvenons à diminuer notre malaise. La machine est trop complexe et il n'appartient qu'à toi de te tranquilliser, il te faut accepter ce que la vie t'impose, c'est à dire ne disposer de ton corps que dans la mesure où il est capable de te servir. Coliques, froid, chaleur, ventre pas rodé etc. La liste de tes souffrances est longue... elle est infinie...
Sans doute, tu ne sais pas ce que tu fais, car il suffit qu'on te mette un bout de sein dans la bouche pour que cesse instantanément toute rébellion. Mais, je vois dans tous ces maux la première leçon que la vie te donne. La douleur est la définition la plus essentielle de l'acceptable, on peux se dédire de Dieu sans doute en choisissant délibérément des voies suicidaires, pourtant, mais il restera toujours cette limite indépassable posée par la douleur. La souffrance est la seule connaissance véritablement innée, et apprendre à supporter la douleur, c'est apprendre à vivre.
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