Contre toute attente, un repas avalé vite fait au milieu du bruit des caisses enregistreuses et de cris d'enfants peut-être reçu comme un moment de calme et de sérénité, il s'agit d'une simple question de point de vue. Après un an et demi de cohabitation, nous ne sommes plus si pointilleux sur les détails, qu'importe si nous n'avons pas de couverts pour nos hamburgers, qu'importe s'il faut faire la queue et porter soit même son plateau, nous nous concentrons sur l'essentiel du restaurant : nous n'avons pas à faire de cuisine, et ce n'est pas nous qui ramasserons les frites tombées par terre.
Du haut de sa chaise bébé, César lentement, mais surement, a raison de chacun de ses nuggets de poulet, et ce n'est guère que parce qu'il n'y avait plus de place dans son estomac qu'il cesse de manger des frites. Comme nous, il pense que Mac Donald est un monde merveilleux plein de couleur et de bonne choses. Derrière le restaurant, après le dessert, nous le conduisons aux jeux. Des cubes de couleur, des tapis en mousse et des toboggans à foison lui permettent de se défouler. César criait son bonheur à chaque enfant qu'il croise et nous l'observons satisfaits. Toutes les calories qu'il dépense si débonnairement ses calories sont pour nous l'opportunité d'un futur moment de repos. Courre petit ! Courre ! Pour être certain d'épuiser ses réserves, nous enchainons directement une par un poussage de caddie dans les allée de carrefour. Enfin ses paupières se font de plus en plus lourde lourdes et même le jouet offert avec le Happy Meal est oublié.
Le soir, nous poursuivons l'entrainement, il enfile des formes de couleur dans des trous au contours de cube, de triangle et de rond. L'exercice, même s'il paraît simple, est encore un peu délicat pour César. Il préfère, quand il rencontre une contrariété, utiliser la force plutôt que de réfléchir. Si quelques chose ne rentre pas dans un trou, il pousse plus fort jusqu'à ce que ça passe, et si ça ne rentre toujours pas, il pousse une cri suraigüe signalant sans ambiguïté à papa et maman l'urgence de leur intervention. Ne désespérons pas, il est relativement normal que l'enfance de César soit vouée à la barbarie.
Il y a pourtant quelques raison d'espérer, l'art est une piste à retenir, car il aime la musique. Le matin, il regarde de clips musicaux avec sa mère, et le soir lorsque je me passe un disque, il se met à bouger en rythme. Qu'il s'agisse de Jazz, de Michael Jackson ou même de Christophe Willem, il se plante devant l'enceinte de la chaine hifi et se mets à bouger la tête d'un air entendu, comme si un irrésistible instinct le poussait à danser. Pour l'encourager dans cette voie, je lui ai offert une flute à bec et un harmonica. Il aime bien jouer de l'harmonica entre deux cuillère à soupe, histoire d'y baver quelques vermicelles. L'instrument est intéressant car il ne fait pas la même note suivant qu'il souffle ou qu'il inspire. Et puis il joue de la flute en soufflant comme un âne. Au guidon de son tricycle, il s'en sert comme d'un avertisseur.
Il reproduit tout ce que nous faisons, devant l'ordinateur, il s'installe et se met à taper violemment sur le clavier et à bouger la souris découvrant des fonctionnalités que j'ignorais. Il insiste pour manger des cornichons et puis fais une grimace en souriant lorsqu'il a croqué dedans : Tu vois je peux en manger aussi !
Heureusement qu'il y a mon petit bonhomme. Il m'aide à tenir le coup. Parfois... souvent... j'ai le réveil difficile. Au moment où je m'engage dans le couloir dans mon costume impeccablement lisse et de ma sacoche modèle business, César me salue en ouvrant et fermant sa main. J'ai un pincement au coeur, car je sais ce qui m'attend. Une autre morne journée, un ordinateur pour compagnon de de jeu, et pour tout loisir une machine à café. Et si j'ai besoin d'une explication, il se trouvera toujours un imbécile pour me rappeler que je vais là bas pour produire, pas pour vivre. Pauvre con !
J'ai beau retourner le problème dans tout les sens, mon métier est une misère et je ne suis qu'un spectre parmi les spectres, soldat d'une armée de l'ombre. Les travailleurs salariés le plus triste bétail qu'on puisse imaginer. Il s'engraisse avec une céréale spéciale : l'argent. Je ne supporte plus d'entendre mes collègues geindre et espérer "une augmentation", comme des glands pour des cochons. Je ne les supporte plus quand ils coupent court à mes envies de révolte en disant : "C'est comme ça". Non, je ne supporte plus leur médiocre soif de pouvoir d'achat et je suis encore plus triste lorsque je songe qu'il aura fallu trois mille ans d'histoire pour en arriver là.
1 commentaire:
salut Clément,
Très heureux de vivre ton blog. Tu es fortement renseigné sur les anciens et très heureux de faire vivre ta passion de Père. De plus,j'ai eu l'occasion de voir la passion de ton frère pour Dorothée.
A plus sur un autre épisode
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