mercredi 15 août 2007

Avant...

Tu as probablement remarqué mon ton professoral et mon langage corseté un peu austère. Mais ll ne faut cependant pas m'en vouloir d'être si froid : je n'ai jamais été papa avant. Sans aucun doute, celui qui te fera avaler des purée en inventant des jeux de marionnettes ne devrait pas faire autant de manières pour m'expliquer, mais ne sait pas faire autrement.
Ainsi, les premiers symptômes de la paternité se manifestent par l'impérieuse nécessité d'avoir l'air solide. Dans ses fonctions essentielles, un parent se doit d'être un repère, ni subversif, ni divertissant, simplement pédagogique et patient. Car tu es mon fils (ou ma fille) et j'aimerais t'éviter certains doutes.

Aujourd'hui, je voulais te parler te parler un peu du temps où tu n'étais pas encore né pour que tu connaisses mieux qu'au travers les photos le contemporain de ta naissance. Il s'agit donc d'un cours d'histoire en temps réel. Exercice de style difficile, s'il en est !

Avant que tu naisses le monde ne ressemblait probablement pas à celui dans lequel tu évolue, sans dire s'il est meilleur ou pire, je peux témoigner de la réalité de ces temps.

À cette époque, La France n'était plus la nation des lumières qu'elle avait été, loin s'en faut, dans le monde, elle n'entousiasmait plus que par ses paysages. Les français passaient pour être des pessimistes patentés et possédaient comme marque de fabrique la réputation d'être le peuple le plus grincheux de la planète. Par le jeu de la démocratie, la classe moyenne (salariés de leur état) détenait le pouvoir, elle formait une d'aristocratie de l'espèce la plus crasse que l'on puisse concevoir, consummée de consomation, obsédé par le pouvoir d'achat, le bonheur s'était positivement rangé du coté des chiffres et se déterminait par la mesure du train de vie sur étalon euros : voiture, maison, culture et voyage, téléphone portable etc. tout se cumulait. Impossible d'exister sans cela. La réalisation des individus passait donc par une traduction monétaire et mécanique. A la fin, on ne devenait important que lorsqu'on avait beaucoup accumulé, c'est à dire lorsque l'on était vieux. Cette passion thésauriste allait ternir même les âmes qui avaient à peine vingt ans et c'était grand peine. On était matérialistes, esclaves de nos biens, on craignait que le ciel nous tombe sur la tête à chaque instant parce qu'on avait tellement à perdre et si peu à gagner. Nicolas Sarkozy était notre président, il avait exploité un bon filon en s'étant fait le chantre du pouvoir d'achat. Son slogan était : « Travailler plus pour gagner plus »

En ces temps, les pauvres n'étaient plus pauvres et les riches se plaignaient de l'être. En définitive, c'était dur d'être heureux dans l'économie florissante car sans autres ennemis que soit on ne savait plus qui il fallait accuser. En vérité, les pays occidentaux traversaient une crise existentielle camouflée sous un fard de bien pensance. Les individus pas tout à fait anesthésié dans les gazes euphorisantes de la consommation se demandaient ce que valaient leur vies bien réglé comme des oiseaux en cage et révaient seules de dynamiter le système. Le monde était revenu désabusé d'à peu près tout : conquêtes, progrès, science et l'art... L'ensemble de cette pharmacopée était devenue inopérante vis-à-vis de ce qu'on appelait la crise de mal-être.

Ainsi, les théoriciens définissaient l'humanité d'un point de vue juridique : en droits et devoirs. Un homme responsable canonique payait ses factures, classait ses papiers et déclarait ses impôts.
Une fois qu'il avait terminé toutes ces choses, le citoyen n'avait plus suffisamment d'énergie pour songer au néant auquel il avait circonscrit sa vie. Tout allait bien tant qu'on ne réflechissait pas, il dormait en attendant la fin de la semaine. Le week-end, il partait loin pour oublier son existence morne. Ta mère et moi, hélas, tenions notre rang parmi ces inombrables.

Dans ce contexte, les aventuriers étaient une espèce an voie de disparition. Les originaux par un glissement de langue se sont assimilés aux "marginaux" dans les dictionnaires tandis que de l'autre côté, les assureurs prospéraient sur une peur bien entretenue. Pour rentrer chez quelqu'un, il faut taper un code pour franchir le parking, ensuite il y avait un digicode qui servait pour franchir la porte de l'immeuble, lui protégeait des vendeurs itinérants, enfin il fallait afficher sa tête à travers le judas avant qu'on ne t'ouvre la porte, toutes ces protections vendue pour protéger des voleurs n'aidaient pas à connaître son voisin.


Le "post-modernisme" résumait bien l'état de l'esprit de l'époque, la frénésie consumériste n'avait calmé aucune faim, mais elle avait effondré bien des volontés.

Alors, en attendant le crack où le choc de la chute, les Cassandres exultent et les drogués à leur confort s'enfoncent un peu plus dans leur sofa et la natalité dans les pays industrialisés est assez faible, soit-disant à cause du coût de la vie... mais en réalité, c'est un monde sans joie et vieillissant qui s'enferre dans un hédonisme décadent.

Selon une opinion courante, il faut d'abord avoir une maison et un travail stable pour se reproduire, et puis ce n'est jamais suffisant. Pourtant, comme dans les temps ancestraux, il suffit encore d'une quéquette et d'un con pour faire l'affaire. Bref, la vie n'a plus la cote, car on est trop serré dans le bocal terre, et parce que c'est devenue trop emmerdant de vivre sans risque.

Je vois la folie dans les hommes dans la vacuité des ambitions. Un jour, la guerre arrivera peut-être pour réguler naturellement toutes les ressources que les hommes ne parviennent plus à se partager, mais je ne sais pas quand. J'espère que tu nous pardonnera d'avoir couru ce risque.

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