Au début du mois d'aout, Cristina a traversé une crise existencielle liée à son déracinement forcé. Tu es en effet un lien de plus entre elle et la France, encore un obstacle à un éventuel retour dans son pays. Elle s'est mise à douter et à se sentir prisonnière de la France. Nous avons commencé à nous disputer à propos de l'achat de la maison. Lorsque j'ai commencé à lui parler de mettre en caution son appartement Barcelonais pour consentir un prêt plus important, je me suis vu opposer un refus net et sec. Pas question !
Son appartement de Barcelone, représente sa dernière île, sa dernière possibilité de retraite si jamais tout allait mal. A Barcelone, elle a n'a pas eu le temps d'être libre de Valladolid, si peu. Il aura suffit qu'elle me rencontre pour aller s'enchainer ailleurs. Au fond, la glue familiale reprend sous une autre forme.
Coup de stress et jeu des hormones, sa baisse de moral est peut-être passagère, mais sur le fond, elle ne se trompe pas : des liens se tissent malgré elle avec ce pays, la vie l'empètre dans sa toile. Elle n'a plus le choix, il faut continuer d'avancer dans ce pays pas encore connu sans savoir où elle va. Elle n'arrêtait pas de me que c'est injuste !
Le problème est pourtant plus théorique que réel car Barcelone est un mauvais séjour pour un enfant, y retourner serait une erreur : trop de bruit, trop de pollution, trop de stress... Nous ne pouvons décemment pas y retourner pour t'élever, ce serait idiot, puisqu'ici tout est vert et les balançoires sont juste à coté de notre appartement. Il faut qu'elle fasse son deuil, je suis compréhensif. C'est tout ce que je peux faire.
Ta mère ne déteste pas Toulouse, mais ne l'aime pas non plus. La différence de taille avec moi c'est qu'elle n'a pas choisi cette ville. Et son déménagement aura peut-être toujours des restes amers, tous les époques dorées ont un goût d'inachevé. En Espagne elle a laissé son indépendance. Son exil n'a rien d'horrible dans l'absolu, mais possède le gros défaut de ne pas être choisi et elle le vit mal.
Elle ne savait pas si ça marcherait entre nous et, secrètement elle espérait qu'une brutalité de la vie la renvoie dans ses pénates, c'aurait été plus simple. Hélas, ce n'est pas le cas, un an plus tard elle est embarassée. Continuons donc ce chemin, nous verrons bien où il nous mènera. C'est une page à tourner, une page de plus, chacune de ces pages jamais ne se réécrirons, jamais plus nous ne pourrons les réécrire. Hier, je te parlais de ton devoir d'être heureux. Aujourd'hui, je te parle du notre.
Un jour sans date, pour l'équité. On pourra bien retourner en Espagne. Ormis cela, je ne vois pas de bonne raison de quitter Toulouse, j'aime Toulouse et j'éspère que beaucoup de projets se réaliserons à cet endroit.
Quand l'Europe est en train de se réaliser, à quoi bon être patriote ? La question identitaire, la survivance de ses gênes et de sa culture sont des questions de chiffoniers. Ce n'est hélas que théorique !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire