mercredi 8 août 2007

Je suis heureux que tu connaisse Mozart

La maison croule sous une paresse honteuse, dans la touffeur de cet été, nous croupissons, vautrés dans le canapé. A la merci du ciel implacable, nous sommes terrés dans notre appartement. Au dehors, la température avoisine les trente-cinq degrés, nous dégoulinons de sueur à chaque mouvement. Je reste immobile tel un reptile. L'été est une saison que je n'apprécie pas. Il serait approprié de dormir, mais j'ai envie d'écrire, c'est plus fort que moi. Il me semble que lorsque rien ne s'écrit on est comme à la préhistoire, on vivote dans l'imagination des autres.

Attablé, je tiens mon crayon en suspend au dessus de la page blanche, mais les mots ne viennent pas. Je suis en panne d'inspiration. Il fait trop chaud pour mon imagination et le travail n'est pas possible. Cristina abdique devant la télévision, visionne des épisodes de la série Friends. J'abandonne un moment et j'attends que le soleil s'affaisse.
Pour me rafraichir je me sers glacial Clair de Lune de Beethoven. Le temps passe, mais le soleil s'obstine en l'air. Cristina maintenant feuillette lascivement des magazines féminins. Comme la chaleur ne faiblit pas, je mets mon disque favori à jouer : Le concerto N° 20 et 21 de Mozart. L'entends tu d'où tu es ? Rapidement le concerto fait son effet : je m'endors assis, rafraichi. Au plafond de mes rêves, un étrange ballet se met en place, des nuages se dessinent en rythme comme des volutes d'encre dans un verre d'eau. Comme c'est bon... J'ai beau avoir écouté ce disque un millier de fois, l'effet demeure identique. Comme à chaque fois, je peine à croire que c'est un simple homme qui a écrit cette pièce. On dirait qu'il s'agit d'une musique de Dieu, une improvisation d'oiseau.

Tu apprendras, hélas, qu'il existe autant de raisons d'avoir honte d'être humain que d'en être fier. Ce musicien et quelques autres te réconcilieront toujours avec ton espèce. Je suis heureux que tu connaisse Mozart. Il est de ceux qui rendent fier d'être humain et démontre que ce ne sont pas les plus gros cailloux qui font les plus grosses vagues.

Parce qu'il sais jouer, Mozart a compris l'essentiel de la vie. Même mort, il continue de vivre à travers beaucoup de bons moments. Comprendre la musique est essentielle pour apprendre à vivre, la musique, tout comme le temps qui passe, n'a aucun retour en arrière possible. Bien qu'elle conduise inéluctablement au silence, elle sait s'amuser entre l'introduction et la conclusion et laisser son empreinte par quelques refrains ou quelques doux moments à se souvenir. Elle démontre qu'il n'est pas nécessaire de construire dans le marbre pour qu'on se souvienne de toi, elle rit de la légère vertue de la vie.

A ton tour, tu trempes dans cette grande histoire de l'humanité, alors nages-y sans peur. Ce fleuve charrie le meilleur comme le pire, à toi de trouver les bons courants. Depuis Abraham, nous nous sommes tous baigné dans la même eau et Mozart y nage encore dans ce fleuve, même s'il est mort. On se souviendra longtemps qu'il a si bien joué.

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