vendredi 27 juin 2008

Présence

Il est clair que le temps des couches et des biberons passe plus vite que celui des béguins amoureux. Entre deux impératifs alimentaires, nos emplois du temps chargés laissent peu de place à l'ennui et aux questionnements. Nous nous efforçons de garder un minimum de vie propre et de rester sociable : un peu de sport, un peu de musique, un peu de shopping. Il ne nous reste alors plus rien pour nous disperser et nos vies, car elles sont pleines...

Je trouve moins de temps pour écrire, mais il faut également préciser que j'en ai moins envie. Ce n'est pas uniquement par contrainte que je suis moins productif, mais, suivant la formule consacrée, cette activité est passée au second plan. Certes, s'occuper du bébé fait partie de nos devoirs, mais ce n'est pas ceci qui me fais m'assoupir dans la contemplation. Au fond, je crois que les règles du jeu ont changées, la révolution que provoque la venue d'un enfant est inimaginable, pour résumer je crois simplement que l'urgence de vivre est diminuée, ce trait de jeunesse disparait progressivement sans remords, ni regrets.
L'intendance maternelle, quoique contraignante, n'a pas de prise réelle sur notre bonheur. Il suffit de se pencher sur son petit lit pour comprendre. Il dors de travers et bouge les pieds en l'air, il semble pressé de bouger sans avoir comment faire, il se fend la poire alors qu'il a plein de merde au cul.
César tombe comme un glaçon dans deux verres éventés au soleil. Notre besoin d'utilité enfin satisfait, nous pouvons prendre le temps de nous relaxer. Nous avons changé de dimension et d'espace-temps. Passé, présent et futur se confondent maintenant, hier et demain, n'ont plus honte de s'avouer leur ressemblance. La semaine commence à peine que déjà elle se termine et je comprends mieux cette hantise des grands-mères qui veulent le voir grandir, oui, c'est vrai, le temps part si vite.

Ataca de orso

César, en revanche, vit dans un autre temps où ne se conjugue que le présent. Pour lui, les minutes élastiques s'étirent et se contractent chaotiquement : ou bien c'est un sommeil de plomb, ou bien des rires et des pleurs se succèdent d'instant en instant. Il lui faut très peu de temps pour oublier la douleur d'une dent, quelques secondes suffisent pour qu'il perde son sourire dans les larmes. Il tient son petit chien en peluche, contractant ses doigts, lui tirant sur les oreilles et l'observe intensément. Privé de peluche, il observe son poing fermé et j'imagine qu'il se demande à quoi pourront lui servir ces cinq doigts. Pour compenser ses limitations dans le déplacement, je le transporte parfois dans mes bras en faisant quelques fois le tour de la maison, je m'arrête devant la fenêtre et lui laisse observer le levé et le coucher du soleil, les soirs d'orage, j'ouvre la fenêtre et lui fait respirer l'odeur des pluies d'été, pour lui, c'est toujours la première fois. Même s'il ne comprend que le tiers de ce que ses yeux sont capables de voir, l'impression du vent sur sa figure est plus violente pour lui que ne le serait un saut en parachute pour moi.

Il rit quand nous sommes en face à lui, la plupart du temps, il suffit de lui sourire pour qu'il réponde en commençant à babiller. Contrairement, à ce que laissaient présumer ses premiers mois, César est un petit garçon bien content d'être là.

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