À défaut d'une communication claire avec César, il nous est possible de rentrer dans son univers si nous acceptons de prendre les mêmes repères que lui. Entrons donc dans ta peau de César quelques instants, et suivons la promenade.
Dans l'objectif d'obtenir une perspective vraie, et délaisserait les analyses trop clinique, ni de rentrer dans des vues trop dialectiques. Pour percevoir et ressentir les émotions d'un bébé, évitons d'être systémique, alors laissons côté les analyses trop sophistiquée qui se font dans le monde des grands.
Les cris, les couches ou les sourires sont certes intéressants d'un point de vue pratique, technique et médical, mais ce ne sont que des symptômes qui ne permettent pas de savoir ce qu'il ressent vraiment. Procéder de la sorte serait comme de deviner le parfum d'un plat avec les yeux.
Et pour parler une dernière fois d'une voix adulte, je vais faire la proposition que César évolue dans un monde différent, tout simplement ! En l'occurrence, son point de vue, loin d'être impérial, se situe au ras du sol. Un jour que je jouais avec lui sur son tapis en faisant sonner les grelots d'un serpent en peluche, j'avais la tête au même niveau que lui et je suis resté à ses côtés pour tenter d'adopter son point de vue sur le monde.
Le monde d'un bébé est descendant et vertical, il vit au niveau des pieds. Du sol au plafond, quatre bébés comme lui, s'ils étaient utilisés comme étalon de mesure, seraient nécessaires pour atteindre le lustre auquel je me cogne la tête. Aussi, nous devons rapporter ces proportions à notre échelle et imaginer vivre sous 7 mètres de plafond pour nous représenter le monde immense de César. Sa maison, vaste et haute, est comme un palais où des géants circulent au hasard et utilisent une langue inconnue qui contient des O s des A s des U s et de I s. Parfois, quelques-uns de ces géants se penchent sur lui et font des grimaces, en formulant une étrange requête : « fais-moi un souwi'e ». C'est toujours d'en bas qu'il regarde les choses, même en vadrouille à l'extérieur, lorsqu'il nous observe dans sa poussette en contre-jour d'un soleil puissant, les adultes sont l'ombre d'une éclipse. Son horizon très proche le met en permanence en contact avec l'inconnu, tout est vraisemblable pour lui, s'il rencontrait un martien César ne s'étonnerait pas plus que s'il croisait un vélo rouge. La nouveauté n'existe pas pour lui, ce serait faire référence à une normalité qu'il n'a pas eu le temps de construire et l'horizon de César est fondamentalement irrésolu.
Pour aller pousser l'exploration au bout, au-delà des impressions spatiales, il faut intégrer également une perception différente du temps. L'approche scientifique suggère de l'aborder par son inertie thermique, elle permettra de quantifier ces différences, songez qu'il lui faut environ dix fois moins de temps pour se refroidir ou se réchauffer, en toute rigueur, l'intensité de son présent est multipliée par le même facteur. Ses cycles d'énergies sont accélérés, il mange six fois par jour et ses horloges défilent plus lentement que les nôtres. Lorsqu'il pleure le soir, il est très fatigué, comme si une semaine s'était écoulée depuis le moment où le soleil s'était levé jusqu'à ce qu'il se couche.
Enfin, César doit demeurer là où il a été posé, tel un poisson rouge dans un aquarium, il ne choisi pas les spectacles qu'il voit, pas plus qu'il ne choisi d'en être acteur. Pas question de s'échapper quand le médecin lui pique les fesses. Il est entièrement soumis à la bonté des mains qui le nourrissent, mais malgré cela, César est optimiste, il ne se méfie pas, pardonne tout. César est faible, certes, mais il n'a peur de rien.
Je crois bien que si je retournais maintenant à cet âge prétendument tendre, je serais terrorisé par cette impuissance qui est la sienne. Son monde, objectivement incontrolable, nous le vivrions probablement comme une maladie, avec l'âge, il apprendra que l'exercice de pouvoir et le désir son des acquis difficile à oublier. Mais lui, ne le sait rien de tout cela, sans moyen de fuite ni aucune police d'assurance qui puisse le garantir du mal, César insouciant se laisse bercer. Il lui reste qu'à se fier à ses deux parents !
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