dimanche 29 août 2010

Juilllet 2010 - Casablanca

Après une laborieuse année, la traversée du désert se termine enfin pour moi : Ah les vacances... un mirage ?! Je crois apercevoir au loin cet endroit où je pourrais oublier les futilités qui ont accaparés mes jours et nuits. Dans un bleu trouble, je distingue le reflet du ciel et le palmier de mes tropiques idéaux. Mais je n'ose y croire, car la force de la routine a fini par me rendre méfiant. Pourtant nous y sommes, et je me surprends à espérer une inspiration nouvelle, mais trois semaines de congés seront-elles suffisantes pour me laver de ma fatigue ?
Pour décompresser en douceur, je passe ma dernière semaine de travail à Casablanca pour former nos équipes marocaines. Le coût de production au Maroc est beaucoup moins élevé que celui de la France et permet de produire a un prix très intéressant. Aussi, tout comme le secteur automobile, le secteur informatique procède à ses délocalisations. Quand il s'agit du Maroc, nous appelons ceci "Le développement nearshore" (joli nom). Cette déclinaison de la mondialisation me permets d'évoluer et j'ai saisis l'opportunité de jouer à l'homme d'affaire. Pour le triomphe du grand capital, je prends mon ordinateur portable en bandoulière et j'embarque en première classe pour les colonies. Sur le vol 947 pour Casablanca, je déploie au dessus de mes genoux le Times gracieusement offert par la compagnie Et pour que le trajet soit agréable, l'hôtesse me sert un verre de champagne. A 10000 pieds en dessous de moi, l'Andalousie défile à la vitesse de 900 km/h. Par le hublot, l'échiquier créé par les cultures s'apparente à une oeuvre abtraite. Avachi dans mon fauteuil, je me perds joyeusement dans des considérations stratosphériques et savoure déjà le moment où je raconterai mes aventures. Déjà, j'aperçois les reliefs de l'Atlas. Avec un sourire crispé, l'hôtesse sert les plateaux repas et je souris dans ma barbe (tout ce luxe pour moi ?!). Un jus de pomme, un peu de champagne, du café ? Tout est possible. mais pas moyen d'avoir la paix !
Au sortir de l'avion, l'odeur de la terre africaine assaille mes narines. L'air est chaud, lourd et gras. Autour des quatre majestueux palmiers de l'aéroport, des nuages d'oiseaux pépient avec une vigueur surprenante. Je monte dans un taxi pour rejoindre mon hotel. Les vitres de la Mercedes sont grandes ouvertes et je découvre émerveillé les improbables autoroutes du Maroc. Ici, le système D fonctionne à merveille. Chacun va selon ses moyens. Des voitures de toutes formes et de tous âges, les autos neuves et les guimbardes, se mêlent aux mobilettes pétaradantes et aux attelages tractés par des mules pour converger vers le centre ville.
Mais, le pitoresque s'arrête là, car Casablanca n'est pas vraiment une destination touristique. Entre les mâchoires de l'économie internationale, elle est le plus pur produit de la modernité. Devant l'argent, l'esthétisme parait bien secondaire et il est difficile de trouver l'harmonie du Maroc éternel vanté les prospectus des agences de voyage. La ville enfle et se boursouffle au gré des capitaux. De superbes campus se construisent à côté de bidonville. Et pour le petit français que je suis, la disparité sociale est choquante. Il est étrange de voir ces gens cohabiter pacifiquement : entre les filles intégralement voilées et les minettes super sexy, entre les types qui passent leur journée dans une cabane à louer leur service pour astiquer les voitures et les hommes d'affaire marocains portant leur Rolex de manière bien apparente, je réalise que la justice sociale est bien un concept plein d'avenir au Maroc.

De fait, j'appartiens à la caste des privilégiés et mes homologues marocains sont très sympathiques et avenants, cependant, si tant est qu'il faille le prouver, il ne suffit pas d'être de bonne condition pour être heureux. Le soir je mange seul mon repas et ne parle à personne. Pour m'assommer un peu je commande une bière et regarde longuement le jardinier tailler les plantes pendant que je mange mon dessert. Inutile de chercher à discuter, tous les gens qui séjournent dans l'hôtel sont des étrangers en voyage d'affaire. Ils descendent de leur chambre accompagné de leur ordinateur portable et se connectent à leur vie distante, celle qu'il on laissé à la maison. Assis à ma table, j'ai le blues du businessman. Moi aussi, la solitude me pèse. Je remonte dans ma chambre, je regarde des films sur mon ordinateur, mais le temps passe lentement, trop lentement.
Pour avoir des émotions fortes, je décide d'aller me promener en ville. Je prends un des petits taxis rouge et demande d'aller la grande plage de Casablanca, "la corniche'. Le chauffeur ne parle pas très bien le français et n'a pas envie de communiquer, alors je me tais. Il est huit heure du soir, l'heure de la prière, sur la radio déglinguée j'entends les incantations du muezzin. Deux ou trois fois, nous frôlons l'accident, mais heureusement, Hallah est avec nous.
Sur la grande plage, les marocains sont de sortie. Dans cette foule énorme, je me sens encore plus seul et au lieu de tenter une expérience culinaire avec un plat typique, je me réfugie dans un Mac Donald. Je repars un peu sonné et regrette de n'être pas accompagné. Le taxi qui me raccompagne se rend compte de mon état et m'arnaque de 100 dirhams. Ca y est ! Me voilà baptisé !

Aucun commentaire: