vendredi 22 août 2008

Emotion

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le retour au quotidien n'a pas été facile. Loin des deux familles, nous ne pouvons plus trainer au lit ni nous excuser le matin quand tu réclames ton déjeuner. Cristina retombe dans la routine aliénante des tâches domestiques, quant à moi, mon salariat abruti est reparti brutalement. Pour elle comme pour moi, il est difficile de relativiser ces brusque transposition de la réalité, la sagesse recommande d'oublier ces inconvénients matériels, mais il ne nous est pas aussi facile qu'à toi d'oublier où nous avons le cul posé pour reprendre l'ouvrage avec optimisme.

Les sentiments sont étranges, ils résistent à toute forme d'analyse, la joie et la tristesse sont incontrôlables. Même en s'entrainant beaucoup, s'émouvoir à volonté est impossible. Tout comme dans une potion magique, l'émotion ne se créé qu'après que quelques ingrédients évanescents aient été introduits, des pincées de je-ne-sais-quoi matinées de je-ne-sais-quoi-d'autre. Noter la recette ne servirait à rien, elle varie en permanence.

C'est seulement dans la mesure où ne nous ne nous comprenons pas nous même que nous aurons la chance d'être ému. Et donc, à mesure que l'on vieillit et que nous devenons conscient, un processus inéluctable s'engage et nous prive des joies rayonnante de la simplicité.

Aussi, lorsque tu souris le matin, sans savoir précisément ce à quoi tu souris, je ne peux m'empêcher de t'envier et de t'admirer. Car à toi, il n'est pas nécessaire de comprendre ce qui t'entoure pour être heureux, ressentir est bien suffisant. L'improvisation, ton seul guide, te permet de transformer des petits riens en grands événements.

Hier, pour évacuer une première journée oppressante (comme le sont tous les retours de vacances), nous sommes allés nous promener près de la Garonne, sur la prairie des Filtres. Maman t'avais allongé et elle jouait avec toi à te faire rire en éclat en te chatouillant les côtes et en enfonçant son visage sur ton ventre. Tu a bien ris. Lorsqu'ensuite, je quittais mes chaussures pour t'emmener pieds-nus à la rencontre d'un nouveau jardin. Tes yeux se sont fixés sur un arbre, tu semblais si fasciné par ce que tu voyais, que j'ai du t'approcher afin que tu caresses son écorce. Tu n'avais jamais touché d'écorce auparavant. Alors, tu cramponnais le bois séché, écoutant le bruit de tes ongles s'enfoncer dans la peau de l'arbre, tu ouvrais un bouche ronde d'où s'écoulait un filet de bave. C'est la même chose, lorsque tu contemplais les fleurs, où les voitures, la télé... Tu entreprends tout avec sincérité. La première fois tu t'es assis dans l'herbe, ton corps a semblé refroidi, impressionné et puis tu t'es rassuré. Tu as gouté ta première compote sans savoir ce que tu mangerais, mais tu as ouvert la bouche avec appétit.

Sans doute est-ce le début du naufrage d'un gâteux, mais il me semble essentiel de préserver le plus longtemps possible cette heureuse acception bienveillante du monde.

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