GAGA, GADA, Bouhh, Pffrrr, Wiiii...
Allongés tous les deux sur le lit nous jouons à une sorte de roulez-boulez adapté à tes possibilités. Le thème et l'objectif du jeu sont assez flous, car il se base non pas sur des règles, mais sur des sensations : je te souleves par les aisselles, et te laisses brusquement retomber sur la couette. Tu pousses des cris surraigües chaque fois que tu t'aplatis sur le lit et tu ris comme un petit fou. Insistant pour que je continue l'exercice, tu souris aux chatouilles et aux grimaces quelles qu'elles soient. Bon public, trois petits tours sur toi suffisent à t'apporter l'extase et tu t'amuses, ivre de bonheur. En te familiarisant avec les possibilités de ton corps, tu apprends des trucs rigolos : utilisant tout l'oxygène de tes poumons tu pousses un grand cri, bavant plus qu'un un escargot, tu fais des bulles en tirant la langue, ou invente des variations sur le thème des vocalise DADA, DADA normal, DADA la langue en travers, DADA la main dans la bouche, toujours décoordonné mais pas fainéant, tu agites tes quatre membres en même temps. Tel un marionnettiste qui apprend les mouvements que peut faire son pantin. Tu sembles tellement heureux que j'ai envie de t'imiter et me rouler par terre avec toi, je me retiens cependant par pédance. Uses et abuses donc de tes singeries puisque pour le moment nul n'y trouve à redire.
De ce point de vue, c'est incontestable, le vieillissement marque la défaite de l'imagination. Quand tu sauras jouer au football ou aux petits chevaux, nos jeux seront probablement moins absurdes, mais aussi, ils seront moins drôles, ainsi en ira-t-il tout du long, de moins en moins drôle. Le délire forge l'imagination, le sérieux la défait.
J'avais oublié comme il était bon de ne suivre aucune règle, et la piqûre de rappel arrive à point nommé. Tous les coups sont donc resté permis, ce n'est pas comme d'avoir un emploi du temps : une heure ou se lever, une heure où se coucher, un travail, des activité, un plan, une ambition etc. Tu suis ton inspiration à longueur de journée, jamais encore tu n'a songé à pleuré alors que tu n'avais pas mal, jamais non plus tu n'a ri sans en avoir envie.
L'enfance est précieuse pour cela, parce qu'elle est juste par essence.
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