samedi 29 novembre 2008

Embourgeoisement

Je crois que nous avons passé un cap important lorsque nous nous sommes acheté une grande télé pour regarder notre film du soir. Cet achat, sans en avoir l'air, symbolisait à lui seul le changement de notre point de vue sur la vie. En passant du 4/3 au 16/9, nous avons accepté non seulement de devenir moins acteurs et plus spectateurs, mais nous avons dépassionné le débat. Abandonnant nos idées de révolutions et de voyages au bout du monde, nous nous sommes assis dans le train de la vie. Le temps passe, on a l'impression qu'il s'accélère, le paysage défile sous nos yeux, mais, en première classe, nous n'avons pas de raison pour sauter en route à la recherche d'une nouvelle aventure. Mais après tout, nous aurions tort de ne pas nous en contenter de ce que nous avons. Ne sommes nous pas des gens heureux ?

Avec notre bébé, c'est vrai, il ne nous manque rien. Seul l'agrément -- c'est-à-dire l'inutile -- manque encore à ce cadre parfait : alors nous cherchons pacotilles, babioles, franfreluches... Le futile est devenu notre seule possibilité de développement, l'unique moyen de nous assurer qu'il n'existe rien pour améliorer encore notre sort.

Pour ma part, je suis devenu un excellent client de ce qu'on appelle les « produits culturel ». Acheteur compulsif, les disques, DVD, livres tombent en cascade dans ma besace. Parfois une vraie envie fait courir dans un magasin à la recherche d'un indispensable compilation d'Hoarace Silver, d'autre fois un coup de folie me fait acheter les Pensées de Paul Valery que je ne lirais jamais, mais souvent le jeu ne sert que pour tromper l'ennui des samedi matin. Les morceaux et les histoires s'accumulent, mais elles se distinguent rarement des précédentes, je continue néanmoins d'acheter parce que j'ai l'espoir de tirer encore un peu de neuf de cette société de consommation, même si je n'ai pas le temps de « consommer » mes choses.

Quant à Cristina, ses coquetteries se centrent principalement sur notre appartement, elle l'organise et le range avec goût, évitant le tape-à-l'oeil (C'est vulgaire), il faut ménager les espaces et la lumière. Elle collectionne les boîtes peintes, les figurines et les bijoux. Elle adore boire le thé s'il est versé avec la jolies théière dans les jolis verres, mais n'en boit pas dans du pirex. Elle est aussi devenue une cuisinière très consciencieuse et n'hésite plus à salir des batterie de casseroles pour concocter ses petits plats. Elle soigne toujours la présentation, mais ses papilles sont devenue plus exigeantes.

Enfin, nous voilà devenus bourgeois ! Un jour sans doute, nous finirons vautrés dans notre fate existence, ennuyeuse à mourir, mais d'ici à ces temps là, ta présence nous préserve de l'emmerdement. Cependant, je trouve maintenant la patience de remplir correctement mes déclarations de revenu, à gérer mon argent, de suivre mes contrats d'assurances et les révisions de ma voiture... Il me coûte d'avouer que ce genre de paperasserie fournit de quoi fournir de la nouveauté à mes journées, c'est pourtant de plus en plus avéré.

Notre nouvelle bourgeoisie se traduit aussi par ce que les prolétaires appellent péjorativement une « Bonne conscience bourgeoise ». Nous avons effectivement de moins en mois tendance à nous poser des questions. La paix avec sa conscience est signée, nous ne tourmentons plus à coup de « si... ».

Le bonheur permet d'apercevoir l'humanité sous un jour plus clair. D'autres couleurs et d'autres reliefs découvrent l'absurdité de l'angoisse et du malheur, ainsi je comprends de moins en moins ceux qui semble faire exprès de se détruire : ceux qui se droguent, ceux qui volent, ceux qui veulent être au chômage etc. Oui ! Ma tranquille petite famille a fait de moi un honnête homme, jusqu'à avoir développé ce fameux agapè. .

Aucun commentaire: