Nous étions tous gagas devant tes progrès, sous les feu de la rampe et probablement stimulé par tant d'attentions, tu t'es considérablement éveillé, riant énormément au joie du mouvement. Reproduisant et améliorant tes gestes chaque jour, tes mains manœuvraient plus précisément et saisissaient qui se trouvait à ta portée, soit tu projetais les objets au sol, ou les approcher de ta bouche pour baver dessus. Ces séances amusaient énormément la gallerie et déclenchaient l'enthousiasme général. Riant à toutes les heures de la journée, tes délires favoris consistaient à chiffonner des papiers, à taper sur la table et à faire tomber ta boite à Meu.
De notre côté, enfin délestés temporairement d'un quotidien lourd, nous nous sommes senti quasi-obligés de profiter de ce répit pour regagner la vie débridée du « bon vieux temps » où nous étions amoureux. Las, il fallut d'abord réccupérer le lourd défficit de sommeil, et finalement je n'ai pas pu satisfaire l'envie qu'avait Cristina d'aller danser la salsa : J'étais vraiment trop fatigué !
Depuis toujours, l'entente entre les générations repose sur une partition bien équilibrée des rôles. Tandis que les parents éduquent, guident et marquent les frontières du bien et du mal, les grands parents sont les garants de valeurs à la fois plus larges et plus fondamentales, disposant du recul nécessaire, dispensent des vérités simples usant et abusant de gros bon sens. Mais, quand bien même, les priorités changent avec l'âge, il existe clairement un point commun entre les anciens et les nouveaux nés : l'affirmation d'un monde simple.
En cours de route, nous pourrions être égarés par des considérations apparemment sérieuses mais totalement futiles, trop occupés, trop fatigués, nous oublions que l'objectif de la vie n'est pas d'aller quelques part, mais de se distraire sur les chemins. Et c'est dans ce rôle que les grands parents sont les plus à l'aise. Lorsque le temps n'est plus précieux, plus minuté par les chronomètres, la patience est la vertu première d'un grand-père et d'une grand mère. Abandonnant leur fonctions de décideurs et d'exécuteurs, n'ayant plus de part active dans le « législatif », papys et mamies s'emploient exclusivement à des oeuvres bienveillantes avec une modestie épatantes. Libérés de leur anciens devoir d'éducation, leur droit de veto ne s'exerce désormais que dans les cas de crises. Les années font admettre que les oppositions entre personnes s'expliquent le plus souvent par une incompréhension plutôt que par un véritable schisme.
Est-il possible de dire à son fils que l'important n'est pas le travail qu'il fera, que l'argent qu'il gagnera, sa position sociale importent peu s'il réussit à obtenir assez de bonheur ? Un père un tant soit peu ordinaire ne dira pas à son fils que la culture et l'intelligence sont des vertus négligeables devant l'honnêteté et la générosité. Les vérités simples sont donc le privilèges des grands parents.
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