Enfin Noël ! Noël déjà ! Depuis le début du mois de décembre, les guirlandes suspendues aux réverbères illuminent le centre de Toulouse, la ville rose a pris des allures bourgeoises incongrues. Les samedis après-midi, la société de consommation exulte, avec une poussette, les trottoirs sont devenus infréquentables et les commerces sont tellement bondés que l'on doit y pénétrer en jouant des coudes. Alors, j'ai dû renoncer à passer par la place du Capitole lors de mes ballades avec toi. Je me contente de longer la Garonne, ou d'étrenner encore et encore, les allées de la prairie de Filtres. En fait, nos promenades ont surtout un caractère utilitaire, afin que tu te tiennes tranquille et que tu puisses respirer. Elles n'ont plus grand rapport avec les longues errances d'antan où j'allais de disquaire en disquaire, à la recherche du moyen de dépenser mon argent. Maintenant, il est seulement question de piloter un engin à roue et non pas de musarder et se perdre en méditation grave, je suis trop préoccupé par des questions matérielles pour cela.
Cette année, l'hiver est passé tellement rapidement que nous ne somme même pas rendu compte que les journées avaient raccourcies, le solstice d'hiver approche à grands pas et il me semble que nous venons de quitter l'été. Les eaux de novembre, assez exceptionnelles cette année, ne m'ont pas affligé, et je n'ai même pas éprouvé le frisson mélancolique de l'automne, mes chères émotions humides se sont évanouies dans l'affairisme familial. Adieu donc poésie.
En fait, la météo de ma vie s'est temporairement détournée de l'universel soleil pour utiliser un baromètre beaucoup plus changeant et irascible. César qui rit et César qui pleure : il n'y a plus de saison, rien que deux parents épuisés qui alternent chaud et froid sur un rythme accéléré. Nous nous efforçons de rester toujours patients et attentifs, et dès que tu souris nous oublions. Cependant, nous sommes éprouvés, beaucoup de nos forces y sont passées et cela ne semble pas suffisant. Un enfant est une chose qui se commence, mais qui ne se termine jamais. Alors, l'effet de nouveauté estompé, la vie de famille s'organise vers plus d'efficacité et de rationalité, comme tout autre travail. Les velléités d'ubiquité de Cristina sont déjà soldées. Épuisée par des jérémiades, elle ignore aujourd'hui certains de tes caprices qui semblent échapper à toute causalité. Quitte à passer des dimanches sous la couette jusqu'à midi.
Quant à moi, également stressé de voir se rétrécir tellement mon temps libre, je perds des cheveux, leur croissance ralentit, une tonsure héréditaire est en train de naitre au sommet du crâne, la coiffeuse désespérait de ne pouvoir rabibocher les sarts de mon front. Lorsque je suis au travail, j'ai parfois l'envie effrayante de rester tard au bureau, pour me relaxer dans un monde où, chaque événement est relativement prévisible.
Après avoir lutté quelque temps pour ne pas remiser trop brusquement notre jeunesse, nous avons fini par nous coucher tôt, ne plus sortir et ne plus beaucoup voyager, nous contentant d'allumer la télé au hasard pour nous arrêter au hasard des programmes.
Bientôt, nous partirons pour quinze jours de voyage, au Mans et à Valladolid. Notre programme est simple : nous ne ferions rien, ou plus exactement, nous ne ferons rien ayant un rapport direct avec toi. Dormir et vagabonder. Nous sommes pressés de pouvoir te confier aux grands-parents, oncles et tantes pour pouvoir se sentir libre à nouveau.
Jamais nous n'avons été si heureux de passer les fêtes en famille près d'un feu de cheminée. Ces vacances, nous n'avons pas d'autres fantasmes que d'être en paix dans un intérieur chaud.
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