dimanche 21 décembre 2008

A la découverte du monde

Arcbouté sur tes jambes raides comme des piquets, tu bandes orgueilleusement tes muscles et nous regardes en souriant. Fier de ton exploit, tes efforts se visent à un seul objectif : ne pas retomber sur le plancher des vaches ! exaspéré d'épouser les formes où l'on te dépose, celle du transat et de la poussette, de te conformer au paysages que l'on veut bien te montrer. Peu à peu, tu découvres que le monde est à conquérir, mais pour toi, le procédé reste à inventer. Tu as certes compris la nécessité de prendre un peu d'altitude, l'envie de t'élancer dans l'espace, mais lorsqu'il s'agit de coordonner le mouvement des jambes pour faire tes premiers pas, l'exercice est trop compliqué et tu restes indécis sur la suite de la manœuvre et nos encouragements ne t'éclairent pas plus : « Allez, va voir maman ! ».

Inconscient des risques de la hauteur, tu mets au point la technique de marche et ton numéro d'équilibriste s'améliore peu à peu. Pour maintenir l'équilibre tu fais osciller ton ventre oscille d'avant en arrière, le secret est de ne jamais rester immobile. Les premières scéances d'entrainement ont lieu avec moi, le soir quand je rentre du travail, je vais m'allonger avec toi pour me reposer un peu et te suspends par les aisselle, te découvrant une nouvelle perspective : et si c'était toi qui me découvrait en baissant la tête. Tu scrutes mon visage, et avec tes petites mains aux ongles pointus, tu enfonces dans ma bouche tes doigts pour expérimenter la texture intrigante de mes babines baveuses, observant mes dents, mes trous de nez, lorsque je dis « Aïe », tu délaisses cette lèvre molle pour triturer mes yeux. Qu'est ce donc que ces yeux, peuvent-t-ils s'arracher ? Et ces cheveux, peux-t-on s'y suspendre et s'y balancer ? Autant de questions mystérieuses qu'il faudra élucider.

Mais pour l'heure, le moment où tu t'élanceras sans soutien dans l'espace est encore lointain même si tu y travailles... d'arrache pied. Tandis que tes parents dégagent le chemin tous les dangers potentiels, tu esquisses des mouvements, bribes de pas, suspends en l'air une jambe pliée qui hésite à former un second pas. Il t'arrive parfois de tomber à la renverse, droit comme un i, la chute est magnifique d'un point de vue chorégraphique, un artiste y verrait une merveilleuse métaphore de l'innocence, absolument insouciante, alors que le corps dévisse, ton visage est détendu et résume la situation « jusqu'ici tout va bien ».
Heureusement, il se trouve des bras pour t'intercepter avant l'impact, t'épargnant un désagréable atterrissage, sans transition, tu fais une nouvelle tentative. Mais quand les vigies manquent à leur devoir, tu tombes lourdement. Il m'a fallu entendre deux ou trois fois le bruit mat de ta tête contre le sol pour comprendre que ton intrépidité n'autorisait pas de relâche de la surveillance. La première fois que je t'ai laissé chuté, trop pressé de te donner un biberon, je t'avais abandonné sur le canapé. Le temps de me rendre à la cuisine a suffit pour que je je te retrouves face contre terre, presque en train de méditer. Tu te demandais ce qui venait de se passer, un peu KO, les quelques étoiles qui butinaient autour de ta tête, il s'est écoulé plusieurs secondes avant que tu décides que la réaction la plus appropriée serait de crier : ça venait de la tête, c'était étourdissant et ... tu avais mal !

Crisitna est accourue en courant, affolée, « Que ha pasado a mi niño ? » pour vérifier qu'il n'y avait aucune bosse, elle a passé sa main sur ta tête et dit « Je savais que cela devait arriver ! ». Même si je me sentais coupable, je peux affirmer que l'accident était inévitable : un jour où l'autre, Shit happens ! L'essentiel étant de ne jamais tomber de si haut qu'il soit impossible de se relever pour en tirer les leçons.
La seconde fois c'était encore plus con, plein d'envie de te faire rire, je te projetait en l'air en plein dans le lustre.

Alors, nous assurons notre rôle de parent : apprendre à ne pas tomber, mais aussi apprendre à tomber. Le préventif et le curatif.

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