mercredi 31 octobre 2007

Dans l'eau du même fleuve

Décidément, la vie ne se conforme à rien, et surtout pas à l'imagination ! Le destin me mène finalement vers un pays bien différent que celui que je m'étais représenté. En devenant papa, je m'apercois qu'une bonne partie de mes jugements sont à reconsidérer. Comme tout le monde, je souhaite être un père droit, dévoué, aimant. Cependant, à la veille d'entreprendre ces choses, je crois qu'il serait fou de ne pas douter de moi-même. En me mettant maintenant à la place de mes parents, je réalise que l'éducation que j'ai reçue n'avait pas fonction d'absolu que je lui prêtais. A défaut de s'ériger en meilleur elle devait se défendre du pire. Devenir parent n'est pas aussi simple que d'enfiler un costume, il n'y a pas de mutation, on en reste humain à l'intérieur. Ce n'est que la même rengaine qu'il faut tourner encore et encore, et il ne me suffira pas de décréter que ton futur sera rayonnant pour qu'il le soit. Et pour tenir mon rang, je devrais être honnête, le temps des sacrifices arrivera. Finie la belle vie ! Il n'existe pas de formation à cette fonction, elle s'apprend sur le tas. J'ai été trop orgueilleux en oubliant que la responsabilité d'une famille survient en règle générale d'une coïncidence.

De fils en aiguilles, il me paru rassurant d'explorer un peu cette condition parentale et de faire l'inventaire de mes illustres ancêtres pour surnager cette vie qui m'emporte. Commençant une modeste généalogie, je suis remonté quelques générations en arrière.Je me suis posé trois questions seulement, car je n'avais pas de grande velléité historienne : qui , où, quand.... L'enquête est simple !
Pourtant, très rapidement je n'ai plus rien su de mes aïeux, réduits à rien par quelques années, ils avaient disparu dans la nuit du temps. Chacun cherche à sauver son âme, mais à quelques forces qu'on s'y emploie, toujours on se fait digérer par le monstre temps : tôt ou tard, ce n'est qu'une question de temps. Le nombre des ascendants croît rapidement, 2,4, 8, 16, 32..., 220 = 1,050,000. En vingt générations, la colossale somme de 1 million de parents est atteinte. Notre sang est baigné dans l'humanité entière. J'ai la troublante impression de n'être qu'une poussière de l'Histoire. J'aurais beau me débattre toute ma vie pour être quelqu'un, je ne suis qu'un atome. Tous, nous ne valons que par des anecdotes. À moins de s'appeler Napoléon ou Alexandre, un siècle plus tard, il ne restera rien. Quelle que soit la trempe de chacun, l'humanité s'écoule comme une rivière, elle suit la pente naturelle dessinée par Dieu, et seul le chemin des masses laissera sa trace. Alors, pourquoi être orgueilleux, pourquoi désirer : « Faire une carrière », pourquoi vouloir « Devenir propriétaire »et même pourquoi même désirer être ton père ? Tout est vain. Si je m'y conforme, c'est uniquement parce que j'ai l'impression qu'il n'y a pas de meilleure alternative que de se laisser aller à l'orgueil de vivre. C'est à dire agir, réaliser, concrétiser, amasser, quand bien même cela ne servirait à rien.

La vie propose deux alternatives, ou bien l'on est spectateur où l'on est acteur. Les choses étant égales, ne vaudrait-il mieux pas prendre le parti du moindre effort et aller sans faire d'histoire là où vont les pauvres types, endormir sa vie et filer droit, sans critiquer. Comme des moutons, agir par groupe et penser en groupe, les solutions sont alors immédiates, il n'y a qu'à copier son voisin.

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