En matière d'historiographie, on aime souvent illustrer ses propos à la lumière de la grande Histoire et à se raccrocher à des grands courants de pensées pour expliquer les idées et les actions de chacun. Cela a deux avantages, la pédagogie d'abord, grâce au illustrations de l'imagination populaire, il n'est plus besoin d'aller en profondeur, et puis l'utilisation d'archétypes qui donnent un petit cachet romantique à l'histoire qu'on raconte. Malheureusement, je ne pourrais pas avoir recours à ces artifices, puisque mes parents ne furent pas soixante-huitard, puisque mon papy n'a pasfait de la résistance, puisque personne n'est morts à la guerre. Dans notre cas particulier, simplifier c'est s'égarer, et radicaliser, coloriser pour se conformer à l'Histoire ne donnerait pas une image conforme à la réalité, car enfin, notre petite histoire aura été largement indépendante des turpitudes de l'époque. Cette imperméabilité aux modes se vérifie également dans la manière de penser de famille, sans doute à cause d'un vieil héritage paysan renaclant à toute forme d'idéologie, il n'y au pas non plus de communiste, ni de capitaliste, il est donc difficile de faire des paralèle avec les mouvements artificiels qui traversèrent le temps.
En fait, les idéologues sont assez rares dans ma famille et la politique est un sujet de conversation qu'on tente d'éviter pour ne pas risquer de facheries. Quand un amateur de polémique s'invite à table, il est rapidement désarmé, soit on l'ignore, soit il est approuvé de manière si débonnaire qu'il n'a pas le temps d'exposer son argumentaire. Ainsi, la controverse est rapidement neutralisée, gentiment désarmée. On écoute avec scepticisme, mais poliment, les idées neuves des révolutionnaires et des radicaux. A chaque fois qu'un politique se fait traiter de fripouille, il s'en trouve un certain nombre pour dire que la carrière des hommes politiques n'est pas si facile. Et, à l'inverse, s'il s'en trouve à brosser des portraits trop idéaux, on tempère. Finalement, on ne pense pas qu'il existe de manière simple d'expliquer le monde, on se contente d'expliquer le nouveau monde par l'ancien et surtout, se garder de pérorer. Nous sommes donc une famille réactionnaire et conservatrice, mais surtout pas militante.
Même quand nous étions petits, les jours d'élections, mon père ne nous avouait pas son vote. Il se contentait de nous faire l'explication de ce que disaient les journalistes à la télévision. Quand il émettait des opinions ou des jugements de valeurs, il se gardait de les faire notre par anticipation. Peut-être à cause de sa double vocation, d'abord éclésiastique puis juridique, il pensait que le secret de l'isoloir n'était pas pour être divulgué, et la liberté de pensée devait se murer dans le silence. Il était si silencieux sur ce point que je ne suis même pas sur que ma mère ai connu les convictions de mon père à ce moment. Il est néamoins probable que le mystère qu'il entretenait autour de ses opinions, s'il avait été dévoilé, aurait constitué une bien tiède révélation. Puisqu'il n'aime simplement pas les extrêmes. Ma mère, par contre, se faisait plus entendre, elle se révoltait souvent contre le syndicalisme abruti de l'éducation nationale des années 90, pour autant, elle ne voyait pas la politique comme un moyen de changer le réel et s'y intéressait peu.
Pour ma part, malgré mes quelques idées sur la manière de créer un monde meilleur, j'ai du mal a être certain sur ce qu'il faut faire où ne pas faire et je ne suis pas un militant non plus. Jusqu'à présent, manquant à tous mes devoirs citoyens, je n'ai jamais voté. Je n'ai pourtant pas le sentiment d'avoir manqué d'être utile à mon pays. Je ne suis pas un désabusé de la politique, mais il me semble que la couleur politique, si importante en France, n'est pas aussi importante quand il s'agit de changer la réalité. L'économie, bien sur, est devenue de plus en plus mondiale qui fait perdre son sens à l'action individuelle des état, mais il y a surtout l'éternel humain, la cupidité et l'égoïsme qui sont des constantes tellement implantée que je ne crois pas que de simples discours parviendront à les changer. Les prétendues solutions politiques ont surtout vocation à animer les débats de machine à café et à faire fantasmer un monde qui s'ennuie de n'avoir plus de guerre. Ainsi, je perpétues à ma manière la tradition de neutralité, tentant de comprendre plutôt que de donner les solutions.
Au moment, où tu es né, nous avions un président phénoménal : Nicolas Sarkozi. Echappant à l'éternelle division droite/gauche, il était inclassable, un peu racaille et rentre-dedans dans ce qu'il entreprenait, il avait tout pour plaire aux tabloids : un brin libéral, un peu populiste, un peu étatiste, un peu tout en somme... sauf inabordable. Il était loin de pratiquer la langue de bois de ses prédecesseurs. Rempli de tics et nerveux, il s'emballait souvent quand il se trouvait face au peuple. Certaines de ses répliques étaient même devenues dignes d'entrer dans les pages rose, comme la fois où il avait dit : « Casse toi pauv'con » un type qui s'était dit sali de lui serrer la main, ou comme cette autre fois fois où il avait invectivé un pêcheur pas content à venir s'expliquer en face comme dans une cours d'école. Cela ne manquait pas de pitoresque, l'opposition recyclait ces frasques d'un président qui ne faisait pas dans la dentelle. Il concentrait à lui seul tous les amours et tout les haines de la France. Moi, j'aimais bien Sarko (comme on l'appelait) surtout parce qu'il dérangeait tous les donneurs de leçons. La moitié des gens était allergique à son hyperactivisme Napoléonien. Pour les ex-socialistes, les ex-communistes, les alter-mondialistes et tout se qui milite (à gauche), il était devenu une icône, le symbôle du mal, un fantasme de lutte. Sur les lampadaires, il fleurissait régulièrement des petite affiches avec un seul programme : tous contre Sarko. Sarko, c'était devenu l'alpha et l'omega de la vie politique française. Mais au delà de ces amusements, il était le premier président à s'être affranchi du poids de l'idéologie au profit d'un réalisme plus actuel.
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