Maintenant que je possède l'information capitale de ton sexe, il m'a semblé te connaitre un peu. Et, fort d'une certaine expérience, j'ai pensé te donner ta première leçon afin de t'éviter les déceptions que j'ai subies et qui m'ont fait perdre beaucoup de temps. Je voulais te parler de solitude, de femmes, d'aventures, etc. Cependant, au moment de consigner mes recommandations par écrit, un doute m'a saisi : ces conseils sont inutiles et orgueilleux.
Jusqu'à présent, à travers ton prétexte, je t'ai surtout parlé de moi. Fort heureusement depuis ta cellule, tu n'as rien écouté et c'est tant mieux. Ne me blâme pas, il me semble que mon destin vit sa consécration en ce moment et je me berce de l'illusion d'être important et de pouvoir t'éviter le mal. En devenant père, j'atteins l'apogée de ma conséquence et j'imagine disposer d'un pouvoir quasi divin. Je joue au moraliste en dispensant les bases de ta téléologie et en bordant le monde comme s'il s'agissait d'une chose domestique, mais je t'ennuie feuillet après feuillet, je succombe comme les autres à l'orgueil. Ainsi, je fais mienne cette illusion que tu seras un prolongement de Cristina et moi... Je me trompe.
Il est aussi stupide de vouloir t'éviter de te tromper que de croire que je sais tout. En vérité, la vie ne m'a appris qu'une seule leçon : je suis ignorant de tout, c'est-à-dire que je ne suis pas à même de prodiguer des conseils valables. Dieu est un meilleur conseil, et parfois il est déraisonnable d'être raisonnable. Tes bêtises t'apprendront mieux que l'expérience des autres, alors pas besoin d'anticiper ni de prendre de l'avance. Je te rends le chapitre.
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