lundi 5 mai 2008

Jour de pluie

Chacun possède ses passions, elles se reconnaissent souvent en ce qu'elles tiennent d'inexprimable. Ma passion à moi, c'est la pluie. Cette passion, contraire à la norme, dépasse les mots et je ne saurais t'expliquer exactement pourquoi les eaux du ciel me semblent si douillettes lorsqu'elles sont si froides, j'y trouve le réconfort d'une absolution.
J'avais composé, aux environs de vingt-cinq ans, une chanson pour mon futur fils. Mais je n'étais pas un fameux parolier et je me suis contenté d'un refrain obsessionnel qui me paraissait contenir une somme incroyable de non-dits, tout en les résumant admirablement bien : « Remember when I was your age, I loved the rain... I used to walk outside, and listen at the rain drop... Now I dream, as I'm watching you sleep »




J'avais à peu près dix ans. Depuis la fenêtre de ma chambre, j'écoutais l'eau goutter et produire des craquements dans la gouttière de zinc, et ces jours-là, alors qu'il n'y avait strictement rien à voir au dehors, j'ouvrais grand la fenêtre pour mieux entendre les flic-flac de la ville et je ressentais un profond frisson. Aujourd'hui, j'ai effectivement un fils, mais je m'aperçois que ce syncrétisme que je voudrais entre nous n'est pas aussi évident qu'il y paraît. Il est d'autant plus difficile que tu es le croisement d'une race solaire et d'une autre plus habituée au crachin. Je ne sais pas si tu seras en mesure de comprendre et la pluie et sa douce poésie. Mais, je me suis aperçu que depuis ta chambre, on entend craquer la rambarde lorsqu'il pleut et tu auras au moins l'occasion d'entendre cette musique pendant ton sommeil.
Seras-tu pluie ou soleil, radieux ou pluvieux ? Ta mère est une radieuse, je suis un pluvieux, et dans l'intervalle des deux, il y a toi.
Les radieux sont fondamentalement exothermes, ils aiment s'allonger dans l'évidence. Quand il fait beau, ils rient et quand le ciel est gris, ils sont tristes. Ils n'ont certes pas la peau épaisse et sont un peu trop sensibles. Amnésiques d'hier, agnostiques de demain, ils vivent de l'air du temps, ils en crèvent aussi, c'est ainsi. Leur sagesse est résumée lorsqu'il est constaté qu'après la pluie vient le beau temps. Ce sont des fatalistes, ces gens sont simples et clairs, ni mesquins, ni sophistiqués, ils n'ont aucun mouvement secret. Ils disent ce qu'ils croient et croient ce qu'ils disent, même leur mauvaise foi est sincère. L'ambition d'un solaire ce n'est pas de triompher – peut-on d'ailleurs parler d'ambition – il cherche juste à vivre et à vibrer aux puissantes énergies du monde.

Les pluvieux quant à eux sont des gens rares, ils ne se rencontrent pas en moissons sur les plages, mais ils se débusquent au hasard, c'est pour cela qu'ils sont précieux. Ils trouvent dans la solitude des promenades sous la pluie, l'espace nécessaire à leur imagination. Des tourments, ils font des dessins, trouvent de la beauté au tragique et aiment plus l'appétit que la satiété. Pour eux, la beauté et le bonheur, c'est comme le camembert et la mer : ça n'a rien à voir. Agissant seul, pensant seul, ils n'ont pas besoin d'église pour se confronter avec Dieu, pour un peu ils se passeraient même de morale puisque leur feu se trouve à l'intérieur.

Où se trouve ton soleil ?

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