Pour la grand-mère – l'arrière-grand-mère qui ne te connaissait pas encore – ce dut être une étrange sensation de voir se perpétuer encore la vie. Elle n'avait que peu de commentaires à faire, car son quotidien était trop éloigné du nôtre, mais elle tenait ta tétine et t'observait attentivement, presque fixement, toi qui étais distrait de tout. Il y avait une sorte d'intensité à cette conversation silencieuse dont personne ne pouvait deviner le contenu. Ce qui s'échange entre celui qui n'attend presque plus rien de la vie et celui qui en attend presque tout est probablement au-delà des mots.
Les autres avaient des tracas plus ordinaires, Annick déclarait qu'il ne fallait pas l'appeler mamie, elle préférait qu'on l'appelle yaya comme en Espagne. En effet, ce titre aurait eu le double intérêt d'être exotique et de ne pas expliquer trop clairement qu'elle était grand-mère. Elle aurait mieux fait de taire cette coquetterie puisque ces protestations n'eurent d'autre effet que de déclencher les sarcasmes de mon cousin Romain qui proposait que tu l'appelles « grand-maman » ! Quant à Christian, lui se moque des pompes et autres titres honorifiques, il prenait des photos pour immortaliser l'événement et alimentait le feu du barbecue, mais ne cherchait pas à te changer les couches, je crois simplement qu'il lui tarde de pouvoir t'emmener à la pêche. Gilles, grand tonton Gilles, fut un peu déçu, car il voulait t'emmener jouer au foot, mais il n'a pas trouvé de chaussures à ta pointure.
Enfin, ce fut une très belle journée à quatre générations. Nous avons joué à la pétanque et à la belote, on s'est promené un peu après avoir mangé quelques saucisses grillées. C'était exactement comme ces journées que je trouvais si ennuyeuses quand j'étais enfant, mais il paraît que la perspective a changé !
Un peu plus tard, Étienne est descendu à Toulouse pour te visiter lui aussi. Il est arrivé de Paris avec son gros sac à dos sur lequel il avait accroché son ukulele de voyage. La température, agréable à son arrivée, nous permit de nous installer à une terrasse pour manger des tapas jusqu'à ce que tu commences à pleurer. Mais comme d'habitude, le temps aura passé vite entre les visites qu'il rendit à ses amies, l'enregistrement d'un clip pour le John Flugu International Guitar Show et deux trois gouzous-gouzous, avant d'avoir eu le temps de souffler, il était déjà repartit vers de nouvelles aventures. Il s'est d'ores et déjà trouvé le surnom de Tontienne mais je crois bien que nous l'appellerons bientôt tio Rock'n Roll.
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