mardi 4 septembre 2007

Le miracle de la vie (II)

Avec mes seuls souvenirs d'enfance du pays Valencais, l'Espagne s'assimilait à une image idéale située entre l'olivier et l'oranger, c'était en résumé le pays où l'on vendait des chouchous sur le plages. C'était à peu près comme de ne rien savoir, en réalité, je n'avais même pas eu de réel désir d'Espagne, mais une simple nostalgie à attribuer à l'enfance. Quant à l'apprentissage de la langue, le peu d'espagnol qui me restait de l'école ne valait plus rien et je dû repartir à zéro. Ces éléments ajoutait donc la touche qu'il fallait de stupidité dans l'héroïsme. A l'aide d'une méthode de langue sur CD-ROM, je réappris à parler l'espagnol, les exercices, scolaires, consistaient essentiellement à annoner longuement devant mon ordinateur ce qui fit qu'à la fin, je parvins à dire pajaro rojo sans me tromper et c'est à peu près tout. Ce prérequis en poche, je commençais à chercher du travail par le réseau de mon entreprise. J'obtins assez rapidement quelques entretiens pour une embauche, mais il était nécessaire de se rendre sur place. C'est ainsi que j'ai découvert ma nouvelle ville. Par l'intermédiaire d'une amie, j'obtins l'adresse de quelqu'un qui louait une chambre à la semaine.

Finalement, je n'ai vraiment douté qu'à l'instant où j'ai pris ce premier avion. A ce moment, j'ai trouvé Paris superbe. A la porte Maillot, en attendant l'autobus qui me conduirait à l'aérogare, je regardais les trottoirs laqués de pluie refléter la lumière de la rue des lampadaires, ici il y avait toute la magie romantique qu'on prête à cette ville mais que j'avais oublié. Je posais ma tête contre la vitre du car et me laissais hypnotiser par le ballet des phares de voitures, sans trop penser, j'allais être un peu joueur, je savais ce que je risquais de perdre, mais pas ce que je pouvais gagner.

Sous les lumières des néons de l'aérogare, les passagers étaient proprement dispersés dans des espaces immenses. Et nous hallucinions ensemble et dans le silence dans des fauteuils tous identiques. Les voyageurs sont des patients qui attendent leur traitement. L'opération se nomme translation : dans quelques heures on sera loin et plus rien ne sera comme avant.

Minuit était passé quand j'atterris pour la première fois à Barcelone, mon avion avait du retard. J'interpellais un taxi auquel je bredouillait l'adresse que j'avais notée sur un bout de papier, ne faisant aucun cas de mon espagnol débutant, il se saisit du papier pour lire lui même où il devait se rendre. Une fois mes bagages descendus, j'étais débarqué dans une ville noire et sonnais à l'interphone en priant de ne m'être pas trompé. Personne ne me répondit ! Je rééssayais plusieurs fois avant qu'une voix ensommeillée daigne me répondre à l'interphone. Après quelques explications que je ne compris qu'à moitié, le propriétaire me fit monter et m'accueillit en caleçon. Il se nommait Aziz, il était kurde et possédait un fort accent. Un peu confus, il m'expliquait à voix basse qu'il avait déjà louée la chambre à une fille, gêné de la situation il me proposait de dormir dans la canapé.

Je n'ai découvert Barcelone que le lendemain. Sans savoir par quel bout prendre cette ville, j'ai commencé par m'acquitter consciencieusement de mes devoirs de touriste : la Sagrada Familia, le parc Grüel, etc. Je prenais des photos pour avoir des preuves. En parallèle de ces activités, je passais des entretiens d'embauche. J'arpentais donc les rues en costume, traversant Barcelone à pied. J'étais si fatigué de mes excursions que lors de mon premier entretien, n'y tenant plus, je me suis endormi dans la salle d'attente. Je me suis réveillé en sursaut lorsque la porte du bureau s'est ouverte et tentant d'improviser dignement, je me suis présenté en Anglais.

Le soir même Aziz se frottait les mains avec l'air entendu d'un conspirateur, il avait invité en effet deux amies de la fille qui m'avait pris ma place. Elles était deux soeurs, il les fit asseoir dans son canapé en leur proposant des rafraichissement. Ce n'est que parce que j'étais présent à ce moment, que je me suis joins à la conversation. Le lendemain, peut-être par désarroi, j'appellais une de ces fille et je l'ai invité à sortir. Sans avoir beaucoup de temps à me consacrer, elle me proposait de l'accompagner. Nous primes primes un café. De long silence s'invitaient à notre table, gêné je meublais la conversation comme je pouvais, ne sachant trop quoi inventer. Elle me posait des questions incisives. Pour la faire taire je l'ai embrassé.

Le soir venu, installé dans le canapé et je n'ai pas bougé. Extatique, non pas béat, devant ces aventures si étranges, je ne parvenais pas à croire qu'il était si simple de trouver l'aventure. Barcelone est comme un champignon halucinogène, les règles et les conventions se brouillaient dans un maelstrum indistinct, les possibles et les interdits se confondaient.

Je suis rentré à Paris un peu hébété de mes frasques. Il y avait longtemps que j'avais eu de femme dans ma vie et cela me bousculait un peu. Pur elle, je précipitais un peu mon retour à Barcelone. Toute une semaine d'octobre, je suis resté chez elle, mais j'avais la singulière sensation d'être un animal adopté pour tromper la solitude.
Dans l'avion du retour, songeur, je me demandais à quoi rimait l'histoire abracadabrantesque que j'étais en train de vivre. Une fille s'est installée à coté de moi et j'eu terriblement envie de lui parler de cette étrange vie qui ressemble parfois à une succession de coups de théâtre aussi grotesques qu'improbables. Elle s'appelait Aïcha, l'espace de ce vol, je m'en fit une amie. Elle était le dernier maillon de la longue chaîne qui me permis de connaître ta mère. Comme tu le vois, la succession de ces cascades ne procède pas de la romance la plus pure. En l'occurrence, ces aventures finirent par me paraitre suspectes et mes derniers jours à Paris se déroulèrent dans une ambiance paranormale. Les problèmes s'accumulaient de part et d'autres et j'étais épuisé, mais rien ne me freinais. J'avais rendez vous avec mon destin coûte que coûte. Une semaine avant la date prévue de mon départ je reçus mon contrat de travail et la machine était définitivement lancée. J'étais Rastignac, à nous deux Barna !

Aucun commentaire: