Les bavards passent fréquemment pour être importuns car il ne savent pas se taire et réfléchir à ce qu'ils disent. Comme moi, les apprentis littérateurs, au mépris de toute retenue, recyclent tous les détails croustillants à leur cause romanesque, pourvu qu'ils montrent suffisamment d'esprit dans leur racontages, leur blabla dentellé manque de pudeur. Aussi, je reconnais être un peu exhibitionniste de porter le vice jusqu'à étaler mes conquêtes et mes procédés dans ce blog. Cependant, je ne saurais me contenter de raconter la lente inflation d'un ventre : c'est trop ennuyeux et trop commun ! Alors, je glose, dramatise, colorise, illustre et peut-être je manque l'essentiel pour me perdre dans des histoire de style. L'enrobage littéraire dissimule des secrets de famille, le cru des vérités se masque sous des ellipses sibyllines et des syntaxes tarabiscotées. Mais il demeure que les curieux : papy et mamy, tonton, tata liront tout de même !
Devant Cristina, je dois défendre cette publicité trop tapageuse ; elle m'adjure de distinguer la sphère privée de la sphère publique et de ne plus divulguer n'importe quoi sur la place publique. Elle aimerait filtrer les événements honteux, ou « pas heureux » pour ne laisser survivre dans ton journal que l'idéal. Au fond, Elle défend le mythe d'une genèse monolytique, affirmant qu'il faut laisser au passé ce qui appartient au passé, elle souhaiterait ranger mes amourettes dans le rayon des insignifiants.
A cela, j'oppose deux type d'arguments. D'abord, à quoi bon trafiquer la vérité puisque nous n'avons pas été des saints et que nous n'en seront jamais. Plutôt que de te laisser à l'ombre de la caverne, je préfère t'instruire vraiment du charlatan qui m'habite. Et puis surtout, je ne vois pas l'intérêt de nous auto-canoniser, l'hagiographie ne sert à la fin qu'à faire la promotion à l'imbécillité.
Indépendamment de ceci, un parent doit s'assumer entier, même dans ses errances et c'est aussi pour cela que je dois m'efforcer d'être un homme public. Pour ce que j'en sais, l'exercice est difficile ! La vie privée protège ce qui ne saurait pas être explicable, c'est à dire qu'il est utile à ceux qui ne savent pas se défendre. Regardons donc le passé sans baisser les yeux. Il sera toujours temps, quand tu sera grand, de t'amuser à l'exégèse : les paradoxes s'expliquent toujours moyennant un effort de compréhension.
L'histoire de notre vie doit être abordée avec le relativisme adéquat, c'est à dire avec dérision. Nos frasques et anecdotes valent autant que nos lents élans de coeurs en regard de l'Histoire. Les histoires de famille, une fois bien refroidies, ne seront jamais que des une bonnes tranches de rigolade.
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