vendredi 21 septembre 2007

Le risque d'un enfant

L'autre jour, alors que l'on célébrait mon anniversaire en pique-niquant sur la prairie des filtres, ta mère n'eut pas le temps de mouiller ses lèvres dans un verre de vin qu'il s'est aussitôt trouvé vingt voix pour avertir du danger imminent qu'elle courait. L'alcool est interdit ! Selon les médecins, toute déviation créerait le risque d'une déformation ou d'une maladie.
Cris aurait-elle pu boire une gorgée de vin pour mes trente ans ?

J'en suis convaincu, néanmoins elle n'a pas osé avaler une goutte et a posé le verre : au cas où...

Progressivement, nous découvrons l'insoupçonnable totalitarisme de la fonction parentale. Il s'agit pas seulement de te protéger, mais également de nous protéger, nous sommes en effet une sorte caution à ta vie. Et pour Cristina, c'est au sens propre du terme que tu fais corps avec elle : il faut vivre à deux dans un seul corps.

De nombreux gloseurs, théoriciens et conseillers surgis de toutes part, nous livrent leur version de ce qui est bon et mal pour toi. Spécialistes, docteurs, amis, collègues, parents, la liste est longue... En se penchant sur ton berceau, chacun y va de ses recommandations. Pourtant, si nous appliquions à la lettre chacune de ces consignes, je crois que nous deviendrions fous. De mon côté, avec deux fois plus de raison de m'inquiéter qu'auparavant. J'ai peur pour toi lorsque Cristina est en retard, j'imagine le pire et cela ne me ressemble pas.

Au fond, je regrette qu'on te traite comme un fétu, en te réservant tant d'égards, je fini par croire que tu n'es qu'un hasard, une chance, aussi inutile qu'un bijou : « N'y touchez pas il est brisé ». De tous côtés, on te protège car on t'aime tellement déjà ! Mais, présenté si fragile, on pourrait croire que tu ne nous survivras pas, c'est pourtant tout l'inverse qui est vrai.

Est-ce être un parent indigne que de t'enseigner la vie dans ses grandes dimensions ? Il m'entre trop de remords à être le conservateur d'une vie bien rangée pour tenir longtemps ce rôle. La vie est une fièvre, une maladie, elle te fera danser et courir sur tous les endroits de la terre. Partout, tu n'en aura jamais assez. Alors, il faut faire son sort à cette prétendue sécurité qu'on voudrait acheter pour toi et apprendre à nous contenter de notre seule foi. Je suis certain que tu vivras. Nous ne serons jamais propriétaires de quoique ce soit, tout au plus sommes nous des locataires de notre vie. Et si nous avions voulu que tu sois en sécurité, nous ne t'aurions pas conçu et ç'aurait été beaucoup plus simple. Il y a tellement à apprendre à propos de la liberté et du risque qu'il me semble parfois que j'ai raison d'être si égoïste.

Aucun commentaire: