Tout homme qui se respecte, un jour ou l'autre, souhaite devenir propriétaire : s'acheter une maison, avoir une voiture et un jardin etc. sont des pulsions humaine qui donne la voie à suivre : C'est une accumulation fatale. Ainsi, tout comme la naissance d'un enfant ou le mariage, l'accession à la propriété marque un accomplissement majeur de la vie des employés moyens que nous sommes. Ce changement de statut est une forme de promotion sociale et possède également le mérite d'occuper admirablement la lorsqu'elle fini par tourner en rond.
Afin d'« assurer l'avenir » vers la trentaine d'années, nous avons nous aussi décidé d'acheter un appartement. En effet, nous jugions comme tout le monde qu'il est scandaleux de se faire tondre chaque mois du prix d'un loyer alors que nous sommes d'honnêtes travailleurs. Aujourd'hui, notre tour est venu de faire comme tout le monde.
Nous avons donc pris rendez-vous avec des conseillers immobiliers pour nous informer. Derrière des bureau de verre, ceux-ci nous ont accueilli très cordialement et nous ont installés dans de confortables fauteuils. Portant des cravates lumineuses, un sourire impeccable vissé sur le visage, ils nous ont expliqués le parcours du futur propriétaire propriétaire, nous détaillant ce qu'il appelaient « le marché ». Ils nous parlèrent d'investissement, de prix et de financement tandis que des photos d'appartements défilaient sur l'écran de leurs ordinateur. Cristina, très attentive, était en arrêt tel un braque qui flairait l'arnaque, elle s'efforçait de ne rien perdre du discours de l'homme. Moi, au contraire, la concentration me manquait et je peinais à suivre la présentation bien rodée du vendeur, en effet, je luttais au même moment contre la diaphonie de ma conscience qui n'était pas assurée de vouloir s'encroûter dans l'immobilesque. Le charlatan versait sa billevesée dans mon oreille droite, tandis que mon oreille gauche entendait le glas de la jeunesse. Qui étais-je assis dans cette agence à faire comme tout le monde et et à signer une capitulation absurde devant un idéal tout fait ?
Depuis toujours, j'ai crains l'instant où je serais devenu un fat individu qui se ne se réalise plus qu'en s'enlisant dans la possession. Malheur à moi, qu'on voudrait responsable de famille et en charge du bon équilibre des comptes : l'inconséquence est le privilège de la jeunesse. Aurais-je trouvé ma place dans le puzzle de la vie, serais-je devenu ce Mr Toulemonde prié de ne plus faire de vague.
Je suis une brique qui n'attend plus que son mortier. Un nouveau Dieu intime son ordre. "Ménages, Unités élémentaires de consommation. Votre place dans l'économie mondiale est fondamentale. Vous pouvez vous enorgueillir d'être les organes les plus indispensables du système. Sans vous, aucune reproduction, aucun développement, aucune industrie n'est possible. Gagnez votre rang, achetez une maison, souriez et oubliez le temps qui passe. Votre amour sera répandu sur vos fils en devises convertibles ».
Les visites d'appartements se succédaient à un rythme effréné, et nous avons décidé de l'achat au 310 avenue de Muret. Une fois que je suis parvenu à dépasser les funestes considérations de l'entrée en âge de raison, mon irascible fougue était froissée, pourtant le jeu ne faisait que commencer. L'achat de la maison n'a en effet rien de simple. Comme de franchir le Rubicon, indépendamment de l'effort de guerre, aucune garantie n'était donnée nos objectifs restaient incertains : nous n'avions pas beaucoup d'argent. Il fallait affronter l'administration la plus tenace, barricadée derrière des montagnes de paperasse, elle testait notre abnégation, notre bestialité salariale, notre bêtise de somme. Banquiers, notaires et conseillers immobilier démontrèrent rapidement l'inanité de mes emportements. Ces faux innocents aux mains propres instrumentaient en secret notre lobotomie. Nous nous sommes donc soumis sans autre alternative à une invraisemblables collecte de papiers, attestations, dossiers etc.
Les premiers symptômes d'angoisse apparurent dans mon lit quand, au lieu de compter les moutons, je comptais les biftons. Sur mon plafond, défilaient des soustraction et des additions. Lorsque le matin, j'allais au travail, je déroulais sur mon vélo une série de scénarios financiers. Avec horreur je me suis aperçu que j'étais devenu comme ces rats perpétuels prisonnier de l'inventaire de leurs bien. Un soir, je me suis même fâché avec Cristina qui, ajoutant à la complexité du problème, me contrariait franchement.
Il fallait que je parle à quelqu'un. J'ai donc pris rendez-vous avec mon banquier, pour éclairer ces problèmes. Il me reçus dans son bureau très propre, et me demanda de me concentrer pour me projeter dans dix ans. Je lui avouai que tout cela me dépassais franchement. Il m'a dit avec l'air désolé, contrit, il compris mon désarrois et me demanda de prendre mon temps pour réfléchir. Le perfide banquier me renvoyait proprement à mes doutes sidéraux. Puis, j'ai commencé à faire des rêves étranges des employés de bureau papivore qui me poursuivaient en me réclamant une pièce manquante à leur dossier, lorsque épuisé, je tombais , les banquiers me jetaient vivant en pâture à leur ordinateur. Je me réveillais en sueur.
L'avertissement était clair. Mes craintes se réalisent. La page que je suis en train de tourner me fait basculer dans la non-histoire. Las ! plus de drame, il faut se contenter des aventures lues dans les écritures de comptables. Peut-être même qu'un jour, un soir d'hiver, assis sur mon trésor et me caressant la bedaine regrettant de n'avoir pas été plus brave. Alors, je suis triste, car je dois admettre que je ne suis plus jeune : je vais être Papa.
La question du banquier ne laissait pas de m'interroger : que serais-je dans dix ans ? A quarante ans, je ne serais plus là que pour le décorum, car tu seras la star et c'est justice. De grandeur, je n'aurais plus que celle d'être ton père. Vraisemblablement assagi, je n'aurais plus d'autre ambitions que de payer ma maison. Peut-être même que je travaillerai comme on me dira, sans penser à écrire, désintéressé de tout forme de subversion. En bref, il est possible que je sois devenu tout à fait mort dans dix ans et que je ne vivrai plus que par la procuration de ton génie. J'aurais aimé défié les loi de l'apesanteur et dire au moment d'acheter l'universel bonheur immobilier : "Pas pour moi !"
J'aimerais oublier ces responsabilités qu'on veut nous mettre sur le dos et ne pas m'allonger comme un cochon sur les rives de la plénitude familiale, mais il faut se résigner à la vie de famille. Ta mère, déjà, succombe aux sirènes d'IKEA. Ne crois-tu pas, cependant, que nous manquerions à tous mes devoirs si nous limitions nos ambitions à ta seule sécurité matérielle ?
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