jeudi 27 septembre 2007

Couvade

J'ai dormi une bonne partie de ce dimanche sans tristesse, ni joie particulière. Cristina est partie travailler, et m'a laissé seul à disposer de mon corps. La fatigue est amoureuse de moi, je suis collé au lit sans aucune envie d'action. Tel un matou sur un radiateur, une mutation est en train de se produire. Même si tu n'es pas encore là, mais je sens bien au désordre de nos comportement que tout bascule.

Cristina se transforme en fée du logis. Ne se lassant plus des fourneaux, elle passe de longue heures à mijoter des petits plats. Sa passion du ménage devient obcessionelle, elle brique et chasse la poussière sans relâche pour préparer le nid. Mais le changement le plus important se remarque surtout dans son appétit. Il y a trois mois seulement, se sustentait allégrement de trois petits pois, n'en pouvant plus ; aujourd'hui, c'est une véritable ogre qui vit avec moi. Jamais repue, son appétit n'a plus de limite : la viande et le fromage, les fruits, les légumes, le chocolat, tout y passe ! Parfois, des gourmandises subites accaparent ses pensées : elle a envie de banane ! Elle invente des nouvelles recette chaque jour et prend un plaisir coupable à m'engrossir, servant de cobaye à ses nouvelles expériences culinaires.
Je m'habitue doucement à cette paix ménagère et mon ventre enfle insensiblement. Je cède à l'empâtement sans lutter. Comme on dit : Je fais ma "Couvade".
La relaxation est globale. Le matin, mon train-train salarié ne me semble plus si pesant, je trouve même agréable de passer ma journée en travaillant avec application. Le bonheur me change, je me sens si bien que je trouve ça suspect. Souvent, des émerveillements enfantins me saisissent et me font fredonner, comme dans la chanson : « And I think to myself... What a wonderful word... »
La nuit, j'ai même du mal à m'endormir tellement ma tête s'abeillle. Je m'installe sur le canapé pour observer la lune à travers la fenêtre, sur le balcon la silhouette du vélo se détache. Allez savoir pourquoi ! Je trouve qu' un vélo au clair de lune est magnifiquement beau et je me trouve une chance inouïe de pouvoir observer ces ombres mystérieuses. Lorsque je rejoins le lit tout chaud, je dors comme un masse. Rien ne me fâche, j'avale tout, je digère tout.
Toute ma jeunesse, j'ai cru que l'ennui était ennuyeux. Aujourd'hui, j'ai presque envie de revoir les absolutismes de ce genre. Maintenant que je vais te connaitre, il me semble n'avoir plus besoin de me défendre d'une vie trop courte. Et tu semble comme une opportunité de vivre au quatre vents, toujours content.

La vie qu'est-ce que c'est ? Grâce à toi, ce vieux problème qui me turlupinait est résolu. Je sais désormais que c'est quelque chose qui possède un début et une fin et c'est à peu près tout. A part ce début et cette fin, rien n'étant certain, je laisse donc à chaque moment sa respiration, je vis comme on assiste à un spectacle.

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